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Figure majeure de l’École de Paris, Ossip Zadkine (1890–1967) est un sculpteur cubiste. Il a principalement travaillé en taille directe le bois et la pierre, faisant entrer cette pratique ancestrale et rustique dans la modernité, à l’instar de Brancusi. Zadkine a également pratiqué la peinture et la gravure. Un musée monographique, ouvert à Paris depuis 1982 dans ses anciens ateliers, rend hommage à l’artiste.
Ossip Zadkine dans son atelier, Paris, 1956
Coll. privée • © Michel Sima / Bridgeman Images
« Le langage de la sculpture est un néant prétentieux s’il n’est pas composé de mots d’amour et de poésie. »
Né à Vitebsk, en Russie, Zadkine passe une partie de son adolescence en Angleterre où il apprend la sculpture sur bois. Il nourrit sa culture des classiques en visitant le British Museum, avant de s’installer à Paris en 1910.
L’artiste pose ses bagages à la Ruche, repaire d’artistes bohèmes dans le quartier de Montparnasse. Il fréquente alors Brancusi, Picasso, Bourdelle, Matisse, Modigliani. L’artiste est fasciné par la sculpture des temps médiévaux. Il commence à présenter son travail dans des salons d’art moderne comme le Salon d’Automne.
Pendant la Grande Guerre, Zadkine s’engage dans la Légion étrangère pour servir l’armée française. Il est rattaché au service sanitaire et réalise une série de gravures sur le thème des blessés de guerre. À son retour du conflit, il épouse Valentine Prax.
En 1928, Zadkine trouve enfin un atelier à sa mesure, sis rue d’Assas, dans le 6e arrondissement de Paris (qui deviendra le musée Zadkine). À partir des années 1930, l’artiste est couronné de succès. Il expose à l’international et reçoit des commandes publiques.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Zadkine se rend à New York. Là, il expose aux côtés d’autres artistes exilés comme Marc Chagall et Fernand Léger. Il est cependant profondément affecté par les nouvelles venues d’Europe.
Le monument qu’il conçoit pour Rotterdam, bombardée pendant la guerre, fait polémique. La Ville détruite (1953) est perçue comme une œuvre défaitiste alors que la ville tente de se reconstruite. En 1961, il réalise un Monument à Van Gogh, érigé à Auvers-sur-Oise.
Zadkine fut aussi professeur. Il enseigna l’art de la sculpture à New York et au sein de l’Académie de la Grande Chaumière, un lieu artistique incontournable du quartier de Montparnasse.
Après la grande rétrospective qui lui est consacrée de son vivant au Kunsthaus de Zürich, Zadkine s’éteint en 1967. Il est enterré au cimetière du Montparnasse.
Ossip Zadkine, Femme à l’éventail, 1920
Bronze • 85 × 34 × 27 cm • 85 × 34 × 27 cm • © Aisa / Leemage / ADAGP, Paris
Femme à l’éventail, 1920
Cette œuvre s’inscrit dans la pleine période cubiste de Zadkine. On remarque la géométrisation des formes, le jeu sur la profondeur, une approche désincarnée de son sujet. L’artiste fréquente à cette époque la bohème parisienne, et son œuvre fait écho à la Femme à l’éventail (1919) de son ami Modigliani. Dans la décennie suivante, Zadkine se détachera de la doctrine cubiste pour revenir vers des sources plus classiques et des thèmes mythologiques.
Ossip Zadkine, Le Sculpteur, 1939
Bois polychromé • 191 × 132 × 100 cm • Coll. musée d’Art Moderne de Saint-Etienne • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Bertrand Prévost / ADAGP, Paris
Le Sculpteur, 1939
Zadkine livre ici une représentation allégorique de la figure du sculpteur, occupé à tailler la pierre avec le maillet et le ciseau. On peut y voir une forme d’autoportrait. L’œuvre est réalisée en taille directe, c’est-à-dire que Zadkine a taillé le bois directement dans la masse. Il lui a ensuite apporté de légères touches de couleur en écho à la sculpture antique et médiévale, souvent polychrome. Cette figure massive et monumentale, taillée assez abruptement, préfigure l’esthétique expressionniste de Georg Baselitz.
Ossip Zadkine, La Ville détruite, 1953
Bronze • © Maisant Ludovic / Hemis
La Ville détruite, monument pour Rotterdam, 1953
En 1947, Rotterdam fut détruite par les bombardements allemands. L’artiste est très marqué par cette tragédie. Elle lui inspire un monument pour la ville. L’œuvre monumentale est une allégorie féminine, les bras levés, qui semble implorer la grâce tout en exprimant, dans un cri déchirant, un inconsolable désespoir. Cette œuvre fut mal perçue par la communauté locale, qui y vit une réminiscence de la guerre tandis que la ville engageait sa reconstruction. C’est l’une des œuvres des plus puissantes de l’artiste.
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