Article réservé aux abonnés

Reportage

Au château du Feÿ, un cocktail énergisant d’art et de vie

Par

Publié le , mis à jour le
Il n’avait pas été ouvert au public depuis 400 ans. Quelle surprise, donc, pour le château du Feÿ, dans l’Yonne, d’accueillir le temps d’un week-end des centaines de visiteurs. Car les 5, 6 et 7 octobre 2018 ont eu lieu les premières Rencontres d’arts, mêlant expositions, performances, concerts, cinéma, gastronomie et même voyance… Un festival électrisant aux allures d’utopie. Visite.
Rencontres d’arts du château du Feÿ
voir toutes les images

Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

Samedi 6 octobre, 10 heures. Une cinquantaine de jeunes gens aux allures étudiées patientent sur un trottoir du 14e arrondissement, prêts à monter dans un car. Destination : Villecien, près de Joigny, en Bourgogne, où s’agitent déjà depuis vingt-quatre heures artistes et bénévoles. Tout le monde piaffe d’impatience : voilà quelques semaines que le festival Feÿ – Rencontres d’arts attise le désir sur Facebook et Instagram – seules et uniques publicités, d’où le très jeune âge des visiteurs, et leur dégaine tendance. Un peu plus de deux heures plus tard, telle une colonie de vacances, l’assemblée descend enfin du car pour pousser les portes du château. Il fait très beau, l’air est étonnamment estival pour ce début d’octobre. Dès l’entrée, le lieu semble un peu magique : des performeurs déguisés discutent sous les arbres, des sculptures colorées prennent le soleil, on voit au loin une fumée gourmande s’élever de grands barbecues – la viande et les légumes cuisent depuis plusieurs heures.

Une « Wish Room », un potager, une forêt…

Plantons le décor. Le château accueille une micro-bibliothèque de revues d’art indépendantes sélectionnées par une jeune éditrice ; dans les dépendances, une belle exposition, qui déborde également dans le jardin et jusque dans la forêt, où des œuvres attendent les promeneurs dans une allée bordée d’arbres. Un cinéma est installé dans un drôle de tunnel souterrain, façon champignonnière, et une toute petite pièce sert de « Wish Room » – on y allume de petites bougies en écoutant de la musique pop. Ajoutez à cela un potager, une grande tente, des bars (aux vins remarquables), plusieurs tables où papotent les touristes, et de temps à autre, une poignée d’artistes et de visiteurs qui improvisent des discussions en s’asseyant ensemble.

Performance aux Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

Performance aux Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

Conception artistique aux Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

Exposition de street art aux Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

Performance aux Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

Faire se rencontrer les gens, mais surtout les arts et la gastronomie.

 En y regardant de plus près, les visiteurs comptent quelques célébrités, des gens du coin (pour qui l’entrée était gratuite), des enfants. Une voyante officie dans une chambre aux allures de boudoir avec des cartes faites maison. Le soir, des concerts agitent le théâtre de verdure. La journée, on s’allonge volontiers dans la clairière : le château se trouvant en hauteur, la vue sur la vallée scintillante est imprenable.

Difficile de passer à côté de l’idée du festival : faire se rencontrer les gens, mais surtout les arts et la gastronomie. Le programme fait donc se côtoyer nombre d’artistes contemporains (parmi lesquels le fantasque Alex Cecchetti, l’artiste textile Bea Bonafini, ou encore le très numérique Valentin Dommanget), de musiciens (Maestro, Terekke, Tolouse Low Trax…) et de chefs cuisiniers (Romain Escoffier, Gareth Storey, Emmanuel Pena…). Avec, au risque de nous répéter, une moyenne d’âge très basse : c’était l’une des obsessions de Jessica Angel, directrice des Rencontres. Cette architecte de 27 ans a poussé ses parents à acheter le domaine du château du Feÿ – qu’elle a, soit dit en passant, admirablement rénové en ajoutant ici et là de nouvelles fenêtres élégantes, des sols de béton, un escalier –, avec l’envie très forte d’en faire quelque chose d’un peu plus ambitieux qu’une résidence secondaire.

Exposition aux Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

Expérience de la réalité virtuelle aux Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

Gastronomie aux Rencontres d’arts, 2018

i

Photo Quentin Tourbez

Conception artistique aux Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

Détente aux Rencontres d’arts du château du Feÿ, 2018

i

Photo Sharon Avraham - Feÿ Rencontres d'arts

« Ce n’est pas très grave d’avoir accès à un privilège ; le crime serait de ne pas l’utiliser pour en faire quelque chose de plus grand. »

Jessica Angel

Car après avoir passé quelque temps à San Francisco, où elle a goûté à l’énergie des start-ups californiennes, Jessica a eu envie d’insuffler un peu de l’ambition américaine dans ce coin perdu de la Bourgogne, en faisant place à la jeunesse – elle cite volontiers le classement du magazine Forbes 30 Under 30, qui récompense les entrepreneurs de moins de 30 ans, en ajoutant : « Quand on a tout dans nos mains pour faire quelque chose de génial, il faut y aller. » Tout dans les mains, oui, car Jessica est bien consciente de sa chance : « Ce n’est pas très grave d’avoir accès à un privilège ; le crime serait de ne pas l’utiliser pour en faire quelque chose de plus grand, et d’ouvert aux autres. »

Une envie de partage qui commence évidemment par un appel posté sur Facebook – comme toutes les grandes aventures du XXIe siècle. Rapidement, ses amis proches répondent présent, et Jessica se retrouve armée d’une vingtaine de curateurs en culotte courte fourmillant d’idées. Un an plus tard, après des nuits trop courtes, Jessica n’en revient toujours pas : en réunissant quelques amis, elle a réussi à monter tout un festival. Les bénévoles sont nombreux, motivés, les artistes enchantés. Et « pour une fois, ce ne sont pas les Bourguignons qui payent 25 euros de TER pour aller voir une exposition à Paris, mais le contraire ». Décentraliser la culture, la rajeunir, faire dialoguer les arts… Le pari est réussi, avec une élégance parfaite. Une deuxième édition en vue ? « Ça dépendra des subventions », nous répond Jessica. Mais une chose est sûre : la graine est plantée.

Arrow

Feÿ - Rencontres d'arts

Château du Feÿ

89300 Villecien

https://fey-arts.com/fr/

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi