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Série - Être galeriste aujourd'hui

Ep.3 : Olivier Robert, contre vents et marées

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Publié le , mis à jour le
Qui sont les galeristes ? Des marchands du temple ? Ou simplement des passionnés d’art, souvent bricoleurs de génie ? À travers une série de cinq portraits, Beaux Arts donne la parole aux galeristes et raconte leur parcours singulier, loin des clichés. Cette semaine, rencontre avec Olivier Robert qui, malgré les aléas de la vie, tient le cap sans jamais céder à l’ennui.
Olivier Robert lors du montage de l’exposition de Valentin Dommanget. À gauche “Digital Stretcher Studies Infinite”
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Olivier Robert lors du montage de l’exposition de Valentin Dommanget. À gauche “Digital Stretcher Studies Infinite”, 2018

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Spray acrylique sur toile tendue sur châssis • 70 x 120 x 10 cm • Photo Maurine Tric

« Il faut que je bouge » s’est dit Olivier Robert, à un moment de sa carrière et de la vie de sa galerie, sise rue des Haudriettes, dans le Marais. « Mais au lieu de prendre un lieu plus petit, comme il aurait fallu, j’en ai pris un plus grand ». C’était en 2015. Deux ans après, il ne regrette pas cette décision paradoxale. Laquelle révèle le mode de fonctionnement de ce galeriste. Loin de se fier à des plans comptables, de se fixer un cap qui fait progresser sa petite entreprise, le type se fie à son instinct. Impulsif ? Versatile ? Un peu. Après tout, le métier appelle en partie ce genre de tempérament parce que les modes, les tendances y tournent autant que la chance. Mais surtout, Olivier Robert, grand impatient, a peur de s’ennuyer, de stagner, de ne pas franchir de paliers (commerciaux, mais aussi artistiques), de tomber dans la routine. Ce genre d’écueils que redoutent aussi les artistes. Toute sa carrière suit ainsi cette trajectoire tout sauf linéaire, suivant plutôt un cours zigzaguant entre moments d’extase et périodes de doute, entre les hauts et les bas.

« Dans les années 80, je travaille au Crédit municipal. C’est la période où il y a une bulle spéculative qui se forme autour d’artistes comme Basquiat. La période où des artistes contemporains commencent vraiment à faire parler d’eux ». Olivier Robert retourne alors en classe : il suit des cours en auditeur libre à l’École du Louvre et sent (l’intuition encore, plus que le calcul) qu’il y a un truc à faire. « Je me dis qu’au Crédit municipal, on pourrait montrer de l’art. Il y a un espace d’exposition juste à côté, rue des Blancs Manteaux. Dans le quartier, Fabienne Leclerc venait d’ouvrir sa galerie ainsi que Nathalie Obadia ».

Olivier Robert lors du montage de l’exposition Valentin Dommanget
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Olivier Robert lors du montage de l’exposition Valentin Dommanget, Février 2018

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Photo Maurine Tric

Bref, ça frémit. Ainsi ouvre la galerie Art et Patrimoine sous la double tutelle du ministère des Finances et de la mairie de Paris. Le public est éclectique. C’est un euphémisme. « C’était Dickens, se souvient Olivier Robert. Venaient là aussi bien de grands bourgeois du XVIe arrondissement que la bohème. C’était il y a très longtemps ». Dans une autre vie de l’art à Paris, une vie où tout le monde tâtonne. Ça n’a pas duré, pas plus que l’aventure d’Olivier Robert au Crédit municipal. Car, en 1999, il subit un « gros cassage de gueule en bécane ». Une fois remis sur pied, l’année d’après, il se laisse tenter par Internet et ses mirages, montant ce qu’on n’appelait pas encore une start-up, baptisé du nom (très années 2000) : « artcom ». Qui propose quoi ? « Une espèce de pool de curators et des expositions clé en main » à destination des entreprises. À l’époque, on y croit. Un peu. Puis plus du tout. « Ça a duré un an », jusqu’à ce que le galeriste Alain Le Gaillard, tourné plutôt vers l’art moderne l’invite à travailler avec lui et à présenter des artistes vivants. Rue Mazarine, Olivier Robert présente ainsi Pascal Marthine Tayou, rencontré à la 5e biennale de Lyon, Lionel Scoccimaro, Elodie Lesourd ou Julien Beneyton – autant d’artistes qu’il continue de représenter – mais aussi des artistes qu’il sort de plus loin, notamment la taïwanaise Chen Chieh-Jen, dont les vidéos seront par la suite diffusées à la Documenta.

Réveil difficile

La collaboration avec Alain Le Gaillard, galeriste chevronné, est modulée en 2007. Dit autrement, Olivier Robert ouvre une galerie dans la galerie : la galerie Olivier Robert chez Le Gaillard. Et, sentant l’ennui le guetter, il organise une exposition d’un soir dans un hôtel voisin, à Saint-Germain, profitant de ce que le lieu se prépare à un lifting. Une expo avant travaux en forme de « Contest » comme l’indique son titre : une quinzaine de curateurs invitent un artiste à exposer une pièce dans une chambre. Il y a du beau monde (Camille Henrot en est, invitée par Fabrice Bousteau [directeur de la rédaction de Beaux Arts Magazine]). L’évènement – vite improvisé – est une manière de flamber et est complètement désintéressé (il ne rapporte rien à son organisateur). Personne n’est contre exposer dans ces conditions baroques et couche-tard.

« Pendant un moment je me retrouve sans lieu. J’ai la galerie dans la Safrane. »

Olivier Robert

Le réveil est difficile. Et le petit matin blafard. La collaboration avec Le Gaillard prend logiquement fin : Olivier Robert veut voler définitivement de ses propres ailes. Il aura sa vieille Safrane d’occasion comme nouveau tremplin. « Pendant un moment, dit-il, je me retrouve sans lieu. J’ai la galerie dans la Safrane ». Il faut comprendre qu’il a des œuvres à vendre, des artistes dans le coffre (et pas des moindres : Barry McGee, Tayou…) et va de salon en salon. Tout ce beau monde est « dans l’attente » cependant. Dans l’attente d’une adresse, d’un repère. « Je cherche un lieu, se rappelle Olivier Robert. Et, un matin, sur seloger.com, à 6h, je tombe sur une annonce : rue des Haudriettes, 1500 balles. Je me dis c’est parfait. J’appelle mon comptable. On monte le projet. On est en 2009 ». Et on est bien rue des Haudriettes, mais à l’ancienne adresse.

Valentin Dommanget, Tutorial Painting 1 et 2
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Valentin Dommanget, Tutorial Painting 1 et 2, 2016

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Acrylique sur toile • 180 c 160 cm • Courtesy Lily Robert, Paris

« Je parle comme les artistes me parlent. »

Olivier Robert

En 2015, quand Olivier Robert décide qu’il lui faut « bouger », c’est à la porte d’à côté, un lieu plus grand donc, mais à côté. « Je n’ai jamais vraiment su capitaliser, reconnaît-il, jamais su être gestionnaire ou stratège. Je suis porté par un rapport à l’artiste bêtement romantique. Je prends un artiste juste parce que je kiffe ses pièces ». Mais ce rapport à l’artiste n’explique pas tout. Olivier Robert aime l’autre côté, l’autre protagoniste : le collectionneur. Il aime pour de vrai. « J’aime cette connivence avec le collectionneur qui ne connaît rien et qui pourtant y va » (achète donc). « Le galeriste est le meilleur vecteur de l’artiste. J’adapte le discours. Je ne mens pas. Je parle comme les artistes me parlent. Il ne faut pas raconter de bobards et prétendre que l’œuvre va révolutionner la terre entière, même si tout acheteur a toujours l’espoir qu’il se passera un truc. Moi, j’aime cette intimité. Ils aiment entendre ce qu’ils ne peuvent pas entendre ailleurs ». Et, en conclusion, Olivier Robert de lâcher cette évidence qu’on tient pour l’essentiel du métier : « il faut faire en sorte que l’artiste soit heureux et que le collectionneur le soit aussi ».

Olivier Robert tenant l’oeuvre de Valentin Dommanget, Painting After
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Olivier Robert tenant l’oeuvre de Valentin Dommanget, Painting After, 2017

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Spray acrylique sur toile • 80 × 100 cm • Photo Maurine Tric

Il y a aussi le prix à payer pour tenir sa boutique et tenir la marée : les vents du marché, la veine et la déveine, le passage des Alpes… Galeriste, à un certain niveau, c’est aussi ces moments où « tu accroches, tu montes des cloisons, tu rebouches des trous ». Et où il faut franchir les Alpes, donc, comme ce jour où, pour aller monter un stand à la Foire d’art contemporain de Turin, au volant d’un véhicule de location « tu prends bien soin de rester dans les ornières tracées par le camion devant toi, surtout quand tu sens la bagnole qui chasse à mort ». Ces moments encore où « tu livres un tableau à un collectionneur qui habite au cinquième étage : ça ne passe pas dans la cage d’escalier, alors tu improvises une poulie et tu tentes de le hisser jusqu’à la fenêtre. Il y a du vent. Tu vois le tableau osciller… ». Mais ça passe toujours. Peut-être un peu moins aujourd’hui : « Le métier a changé, reconnaît Olivier Robert. Il faut faire des newsletters, avoir son compte Instagram, un site… On est bouffi d’infos ». Au bout de presque vingt ans dans le métier, Olivier Robert a rebaptisé sa galerie du nom de sa fille : Lily Robert, histoire d’en faire une entreprise pérenne, transmissible. Et après toutes ses péripéties (les Alpes, Internet, des lieux plus petits ou plus grands…), on voit mal comment la boutique pourrait ne pas durer. Paradoxalement.

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Galerie Lily Robert

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Valentin Dommanget

Du 1 février 2018 au 28 février 2018

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