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SÉRIE – MÉTIERS DES COULISSES

Guide-conférencier : la passion de faire vivre les savoirs

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Publié le , mis à jour le
Dans une exposition, seuls l’artiste et ses pièces prennent la lumière. Soit. Pourtant, dans l’ombre, avant, pendant et après le show, une ribambelle de mains œuvrent, veillant au grain (de poussière compris) pour que tout se passe bien et que l’art se produise, infuse et se diffuse. Beaux Arts part à la rencontre de ces professionnels dévoués et indispensables. Aujourd’hui, Philippe Maillet nous raconte son quotidien trépidant de guide-conférencier indépendant, amoureux transi de Paris.
Philippe Maillet en visite à la BnF. Le point le plus important de son métier, ce qui le rend heureux : aller à la rencontre des autres, être curieux de leurs points de vue.
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Philippe Maillet en visite à la BnF. Le point le plus important de son métier, ce qui le rend heureux : aller à la rencontre des autres, être curieux de leurs points de vue.

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Photo Maurine Tric

Il a déjà eu en face de lui des prisonniers, une star de la chanson britannique, des patients hospitalisés, des familles royales, des comités d’entreprise, des « VIP »… Philippe Maillet (né en 1979) le dit volontiers : la première qualité, selon lui, pour être un bon guide-conférencier, est d’être curieux des autres. « Le piège, c’est de croire que ce sont les connaissances qui priment », nous explique le Parisien, élégant et droit dans son fauteuil moelleux. Car Philippe nous a donné rendez-vous à l’Hôtel du Louvre, un palace emblématique du centre de Paris – comme s’il ne pouvait, ne serait-ce que le temps d’un rendez-vous, se passer d’un peu de la beauté et de l’élégance de la ville. Amoureux transi de Paris et de ses environs, l’homme est avant tout un esthète, heureux de partager au quotidien son enthousiasme.

Philippe Maillet, guide-conférencier fier et passionné.
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Philippe Maillet, guide-conférencier fier et passionné.

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Photo Maurine Tric

Nantais d’origine, Philippe a commencé par suivre des études d’histoire de l’art à l’université et se spécialiser en arts de l’Islam ; il a ensuite travaillé un moment au Maroc, puis est revenu en France pour compléter son cursus à l’École du Louvre. Là, il tente une première fois le concours pour devenir guide-conférencier, le rate, et trouve un emploi dans une galerie qui promeut la démocratisation de l’art, où il reste 13 ans. Les années passent ; petit à petit lassé de son poste, il décide grâce à un coup de pouce de son employeur de retenter sa chance, et commence une formation pour devenir guide au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers). Un an plus tard, à peine diplômé, il est contacté par des agences, et se lance dans ses premières visites.

Jongler en permanence entre les sujets

Le marché de Rungis, d’abord, qui lui demande de se lever très tôt pour accueillir ses clients dès 4 heures du matin sur place. L’Opéra de Paris, aussi, et des expositions. Le rythme de travail est d’emblée très soutenu : parfois, il débute sa journée à Rungis et la finit sur une nocturne dans un musée, parlant debout jusqu’à 22, 23 heures. Mais il aime ça ! Son statut d’auto-entrepreneur permet à ce boulimique de travail de dire oui à la plupart des propositions qu’il reçoit des agences Cultival, Mon beau Paris ou encore Secrets of Paris, y compris évidemment le samedi et le dimanche. Philippe peut ainsi passer des semaines à travailler d’arrache-pied sans jour de congé, et résume sans esbroufe, précisant qu’il n’a pas de « vie de famille », qu’« il faut être prêt à se donner corps et âme à ce métier ». Cela posé, il temporise : parfois, il ne fait qu’une seule visite dans la journée et peut ensuite profiter tranquillement de la vie parisienne…

Philippe Maillet lors d’une visite guidée organisée pour le lycée International de l’Est Parisien de l’exposition « Baudelaire, la modernité mélancolique », à la BnF, Paris, décembre 2021
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Philippe Maillet lors d’une visite guidée organisée pour le lycée International de l’Est Parisien de l’exposition « Baudelaire, la modernité mélancolique », à la BnF, Paris, décembre 2021

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Photo Maurine Tric

Un an après avoir débuté son activité, Philippe contacte Point Parole (une entreprise du groupe Beaux Arts & Cie, dont fait partie BeauxArts.com), qui lui commande aujourd’hui 90 % de ses visites et lui ouvre les portes d’un public d’entreprises voulant offrir à leurs employés des moments de culture (Deloitte, LCL, Natixis…). Il visite avec eux les grandes expositions du moment, des portions du Louvre ou d’Orsay (il est d’ailleurs très attaché à ce dernier pour y avoir eu un job d’appoint de caissier-contrôleur pendant cinq années de sa jeunesse, l’occasion aussi de pratiquer son anglais).

Des journées entières à changer constamment de langue, de lieu et même de vêtements.

Il y a, explique-t-il, plusieurs manières d’exercer le métier de guide-conférencier : certains passent leur vie entière à faire visiter cinq fois par jour l’Opéra, connaissant le bâtiment dans ses moindres nuances.« C’est vrai que chaque sujet est inépuisable ! Les collègues qui font ça se sont bâti un monument intellectuel. » Mais lui préfère la « souplesse », courir d’un musée à l’autre, « jongler » d’une époque à l’autre, d’une visite de Versailles avec deux Américains à un parcours au musée des Arts déco avec une vingtaine d’employés français, en finissant la journée avec une princesse à Orsay… Et le lendemain, recommencer, en allant discuter dans une prison de chefs-d’œuvre du Louvre (qui lui prête différents supports visuels, sonores et même olfactifs), puis en faisant découvrir la nouvelle expo du Centre Pompidou à des Émiratis ou celle de la BnF sur Baudelaire à des lycéens [voir les illustrations]. Des journées entières à changer constamment de langue, de lieu et même de vêtements (les Français préfèrent, nous dit-il, que les guides soient habillés de façon élégante, quand les Américains sont à l’aise avec les vêtements décontractés !).

L’exigence face au savoir, le respect des sensibilités

Philippe Maillet peut aller au Louvre ou au Centre Pompidou sans préparation, connaissant sur le bout des doigts leurs collections respectives.
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Philippe Maillet peut aller au Louvre ou au Centre Pompidou sans préparation, connaissant sur le bout des doigts leurs collections respectives.

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Photo Maurine Tric

À l’écouter, le mystère s’épaissit : comment peut-il préparer toutes ces visites, retenir autant d’informations, de dates, de noms ? Là, il faut un don, et il l’a : son excellente mémoire l’aide à retenir ce qu’il lit des catalogues d’exposition et des dossiers de presse, ce qu’il entend dans les visites des commissaires réservées aux professionnels. Et puis, après tant d’années, il peut aller au Louvre ou au Centre Pompidou sans préparation, connaissant sur le bout des doigts leurs collections respectives. Ses petits trucs à lui ? « Ne pas tomber dans la facilité de l’anecdote, car ce n’est pas mon rôle, pas ma plus-value », mais rester exigeant face au savoir, qui « ne rebute pas les gens, bien au contraire ». Venir sans support, jamais, car « ça fausserait l’échange en lui donnant un côté professoral ». Ne pas heurter les sensibilités de chacun, ni les convictions – comme lorsqu’un homme lui affirme que les pyramides d’Égypte ont été bâties par des géants, car c’est écrit ainsi dans le Coran –, mais respecter ses auditeurs et dialoguer.

C’est là, il insiste, le point le plus important de son métier, ce qui le rend heureux : aller à la rencontre des autres, être curieux de leurs points de vue. Lui-même se livre, d’une certaine façon, à travers ses visites, dont l’angle lui est forcément personnel, dépendant de l’étendue de son savoir bien sûr, mais aussi de ses goûts. Et s’il ne dit jamais « je » dans ses visites, ne donnant pas son avis sur des questions muséales (en respectant par exemple le discours de l’institution sur les attributions d’œuvres), il lui arrive de se mettre à converser (surtout en petit groupe) avec des clients particulièrement amicaux : « J’en viens à parler de ma mère dans la Galerie des Glaces ! » Exercer un métier « hyper-valorisant » comme le sien lui permet de créer, et de partager, des moments uniques, dont certains sont inoubliables pour lui comme pour ses clients. À mille lieues des médiateurs employés pour pas cher par des « grands groupes qui contrôlent leur communication jusque dans leurs fondations d’art », lui n’est donc pas là pour « faire passer un discours »… mais pour faire vivre le savoir.

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