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Marie Baloup présentant l’exposition collective “Foncteur d’oubli” au FRAC Île-de-France à une classe de seconde du lycée André Malraux
© Maurine Tric
À peine le seuil d’une exposition d’art contemporain franchi, ils s’approchent de vous avec diligence et vous tendent la main, se proposant de répondre, si vous le souhaitez, aux questions qui vous brûleraient les lèvres devant des œuvres un peu rétives à votre perspicacité. Les médiateurs, repérables à leur amabilité, à un badge ou un gilet selon les institutions, sont devenus les anges gardiens des spectateurs autant que ceux des œuvres. Ils sont les intermédiaires entre les uns et les autres, et font tout pour qu’il n’y ait pas de friture sur la ligne, longtemps brouillée quand l’art contemporain, réputé au mieux abscons et élitiste, restait inabordable au grand public. C’est à cette période-là, à la fin des années 90, que Marie Baloup, cheffe adjointe au service du public du FRAC Île-de-France, chargée de l’action éducative, a fait ses études en muséologie, spécialité médiation, à l’École du Louvre. Depuis, elle a pu mesurer comme la réception de la création d’aujourd’hui a pu changer.
L’intervention de Marie Baloup vise en effet autant à solliciter les réactions et les réflexions des lycéens qu’à leur détailler les tenants et les aboutissants de huit œuvres choisies parmi la quarantaine présentées.
© Maurine Tric
« Nous recevons environ 40 groupes par exposition », se réjouit-elle. Des groupes d’écoliers, de collégiens, de lycéens et d’étudiants surtout. Le 12 novembre dernier, Marie Baloup a ainsi accueilli une classe de seconde du lycée André Malraux, lycée des métiers de la maintenance – des industries et design graphiques, de Montereau Fault, dans L’Yonne, pour une visite de l’exposition collective « Foncteur d’oubli ». Pas tant pour une visite, d’ailleurs, que pour un échange. Son intervention vise en effet autant à solliciter les réactions et les réflexions des lycéens qu’à leur détailler les tenants et les aboutissants de huit œuvres choisies parmi la quarantaine présentées. « J’ai insisté sur la matérialité des pièces et sur leur mise en espace en posant des questions et en rebondissant sur leurs réponses. Ensuite, je leur ai laissé un petit temps pour déambuler. Avec eux, cela a bien marché. »
« Nous nous adressons à un champ social plus large, qui va des hôpitaux aux EHPAD, en passant par les prisons et des quartiers d’habitation. »
Marie Baloup
Certes, ce n’est pas toujours le cas, l’attention et la participation n’étant pas moins fluctuantes au sein d’un centre d’art qu’en classe, selon l’humeur et la motivation du jeune… De même, certains prennent des notes, font des croquis, ou ni l’un ni l’autre, en fonction des consignes du professeur. Mais, à chaque fois, ils repartent avec le petit journal de l’expo rédigé par l’équipe des publics. Laquelle s’est sensiblement agrandie depuis que Marie Baloup a commencé à travailler au FRAC (son premier emploi après une série de stages au Centre Pompidou, au musée d’Orsay, au musée des Arts de Nantes et à la Fondation Cartier). En 2002, elles étaient seulement deux à être en poste. Aujourd’hui, ils sont treize. Cet accroissement tient notamment à la démultiplication des services proposés. Car le rayon d’action des médiateurs se porte désormais bien au-delà des murs de l’institution. Le FRAC va chercher son public sur son terrain. Ainsi, une médiatrice du FRAC, collaboratrice de Marie Baloup, s’est déplacée dans le lycée de Montereau Fault emportant avec elle une valise à roulette, magique dispositif d’exposition de poche, recelant six œuvres originales de la collection du FRAC que les jeunes peuvent observer et étudier dans leur propre salle de classe.
Les missions des médiateurs, en même temps que le public, se démultiplient.
© Maurine Tric
Nommé « Flash collection », le programme touche quelque 50 classes de lycéens à qui le Conseil régional d’Île-de-France paie ensuite le bus pour venir au FRAC, si le cœur leur en dit. S’ajoute à cela le fait que les scolaires ne constituent qu’une partie (certes la majeure) des interlocuteurs de Marie Baloup. « Nous nous adressons à un champ social plus large, qui va des hôpitaux aux EHPAD, en passant par les prisons et des quartiers d’habitation. Ainsi, Paris Habitat nous a sollicité pour mener une action sur un ensemble d’habitations, si bien que nous avons proposé à deux artistes d’y séjourner en résidence, de novembre à mars prochain, et d’y ouvrir leur pratique aux habitants. » S’ajoute encore à cela l’ouverture prochaine des nouvelles réserves du FRAC à Romainville, où une salle sera mise à disposition du public (encadrée par les médiateurs) pour accrocher des œuvres puisées dans la collection. Les missions, en même temps que le public, se démultiplient donc.
Vue de l’exposition collective “Foncteur d’oubli” au FRAC Île-de-France
© Maurine Tric
« Quand j’ai commencé, je me doutais que ce métier prendrait de l’ampleur. Mais à ce point là… », avoue Marie Baloup. Une des raisons de l’essor du secteur ? Les politiques ont été convaincus des bienfaits de cette mission éducative et mettent désormais la main à la poche. N’empêche, il reste des esprits chagrins à convaincre : ceux qui, au sein même de l’art contemporain, regardent d’un peu haut ces services de médiation. Car « travailler avec le public n’est pas forcément très valorisé. Certains ont l’impression que tout le monde peut le faire, et la médiation en tant que champ d’expertise ne me paraît pas encore très reconnue ». Un snobisme dont on ose espérer qu’il est en passe d’être marginalisé : les médiateurs s’organisent, débattent et mettent en commun leurs expériences au sein d’associations (l’une d’elles, BLA, tenait ainsi cet été ses assises à La Villa Arson de Nice) pour tenir bon dans leur louable mission. Qui, rappelle Marie Baloup, consiste à « permettre à chacun de s’approprier les œuvres, de former les individus à une prise de parole, à développer un esprit critique ».
Foncteur d’oubli
Du 19 septembre 2019 au 8 décembre 2019
Frac Île-de-France - Le Plateau • 22 Rue des Alouettes • 75019 Paris
www.fraciledefrance.com
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