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Reportage Grand Format

L’art peut-il transformer Clichy-Montfermeil ? Épisode 2 : Aux Bosquets, un vent de fierté et d’espoir

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Cette semaine, notre reportage vous emmène au cœur de la cité des Bosquets où s’est installée de manière pérenne, le 19 avril, la fresque de JR. Cette inauguration très officielle en présence des caméras, de l’artiste et des responsables politiques était aussi l’occasion de saisir le regard porté par les habitants du quartier sur cet événement hautement symbolique.
JR & Ladj Ly, Chroniques de Clichy-Montfermeil
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JR & Ladj Ly, Chroniques de Clichy-Montfermeil, 2017

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Fresque à la cité des Bosquets de Montfermeil • © JR-ART.NET

Il est 16 heures ce mercredi 19 avril et, sous un soleil de plomb, une atmosphère pour le moins électrique envahit les abords de la cité des Bosquets. Tireurs d’élite perchés sur les toits, quadrillage policier et barrages filtrants donneraient presque l’impression qu’un nouveau drame vient de secouer la ville, si l’ampleur du dispositif ne contrastait avec la quiétude des habitants. Peu se demandent ce qui se trame. Et si certains s’agacent d’avoir à faire un grand tour et subir quatre fouilles pour pouvoir simplement rejoindre le côté opposé de la rue, c’est enjoués que les habitants, venus par centaines, attendent l’heure fatidique. Celle où ils verront débarquer le président François Hollande et sa délégation pour une des dernières visites officielles de son mandat : l’inauguration de la fresque monumentale de JR, Chroniques de Clichy-Montfermeil. Un événement exceptionnel et hautement symbolique dans ce quartier où tout a commencé pour JR et Ladj Ly [voir épisode précédent], et qui n’a jamais vraiment cessé de susciter le fantasme d’un lieu de non-droit pour la plupart des médias français et internationaux.

Ce jour-là, c’est donc un vent de paix hautement sécurisé qui souffle sur Clichy-Montfermeil. Un vent d’amitié et de grande fierté aussi. Car, sur cette fresque photographique de 40 mètres de long, ce sont plus de 750 habitants des deux villes qui se retrouvent réunis. Non pas à la manière d’une photo de groupe comme le dira plus tard JR, mais comme « un groupe de photos » où chacun, chaque petit groupe, raconte quelque chose en soi. Et c’est cette proximité, ce sentiment d’appartenance, d’appropriation réelle de l’œuvre d’art qui suscite d’ailleurs tant l’admiration, ce jour-là, chez les habitants.

Des habitants de la cité des Bosquets lors de l’inauguration des Chroniques de Clichy-Montfermeil
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Des habitants de la cité des Bosquets lors de l’inauguration des Chroniques de Clichy-Montfermeil, 19 avril 2017

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© Denis Allard / Réa

« Je n’ai pas l’habitude de suivre des artistes, mais JR je l’admire. Je trouve son travail extraordinaire et on est tous hyper fiers que la fresque soit installée ici », nous dit Mehdi, un adolescent de Clichy-sous-Bois. Lui et son ami Mouderis connaissent déjà bien les projets du street artist. Et pour cause, grâce au coach de danse de l’un d’entre eux au centre social intercommunal de la Dhuys à Clichy, ils ont figuré l’an passé dans le film Les Bosquets : une sorte de poème visuel, réalisé par JR avec le New York City Ballet, qui narrait les liens profonds qu’entretient l’artiste de renommée internationale avec le quartier. Mais ce jour-là, l’occasion est plus spéciale encore pour les deux amis. Photographiés par JR quelques semaines auparavant, ils sont venus découvrir leur propre visage, leur propre posture, et l’assemblage dans lequel ils se retrouvent immortalisés aux côtés de leurs voisins, de leurs grands frères ou de simples connaissances.

JR & Ladj Ly, Détail de la fresque Chroniques de Clichy-Montfermeil
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JR & Ladj Ly, Détail de la fresque Chroniques de Clichy-Montfermeil, 2017

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Fresque à la cité des Bosquets de Montfermeil • © JR-ART.NET

Dans l’un des coins les plus percutants de la fresque, les deux jeunes hommes miment avec un groupe ce qui ressemble à une émeute. Non pas qu’ils aient participé, il y a douze ans, à celles qui ont marqué notre pays, mais « pour rappeler, explique Mouderis, à tout le monde ce qui s’est passé ici. Aujourd’hui, ajoute-t-il, il faut tourner la page des émeutes. Cette fresque valorise le quartier. Elle permettra peut-être aux gens de regarder différemment les banlieues. » La visite du chef de l’État et des maires des deux villes n’a d’ailleurs d’autre but que de clore symboliquement un chapitre douloureux et de célébrer l’écriture d’une nouvelle page, sereine et apaisée.

Une manière pour eux de rappeler que réconciliation ne rimera jamais avec amnésie.

Pour autant, aucune forme d’angélisme ne règne cet après-midi-là aux Bosquets. Toujours en équilibre entre deux mondes réputés déconnectés − celui des laissés-pour-compte d’un côté et, de l’autre, de l’institution − JR et Ladj Ly ne manqueront pas de rappeler lors de leurs discours combien leurs travaux sont nourris par les événements survenus ici par le passé. « Dans cette fresque, dira JR, il y a 750 personnes, mais c’est aussi vous tous qui êtes dedans. Parce que ça représente tout le monde, tous ceux qui sont derrière ; les bâtiments, ceux qui sont encore debout et ceux qui sont tombés… » Une manière pour eux de rappeler que réconciliation ne rimera jamais avec amnésie.

JR lors de l’inauguration à la cité des Bosquets sous les caméras le 19 avril 2017
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JR lors de l’inauguration à la cité des Bosquets sous les caméras le 19 avril 2017

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© Adrien Pontet

Une évidence qui sera confirmée lorsque Xavier Lemoine, maire de Montfermeil depuis 2002, tentera de prendre la parole une fois la fresque dévoilée, sous les huées de la foule. Une trentaine de personnes se sont, en effet, réunies pour manifester leur incompréhension face au refus catégorique du maire de dialoguer quant à la fermeture de la mosquée de la ville pour des raisons de normes de sécurité non respectées. Lui qui s’apprêtait à dire à quel point cette fresque était à ses yeux « un symbole de la réconciliation » avec la population se retrouve alors dans une position pour le moins embarrassante. D’autant plus que le maire de Clichy, Olivier Klein, et François Hollande, prenant la parole tout de suite après Xavier Lemoine, seront tout deux ovationnés de manière unanime.

Ladj Ly, François Hollande (et Xavier Lemoine), cité des Bosquets de Montfermeil
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Ladj Ly, François Hollande (et Xavier Lemoine), cité des Bosquets de Montfermeil, 19 avril 2017

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© Stéphane de Sakutin / AP / Sipa

La gêne sera de courte durée. Quelques minutes plus tard, Ladj Ly, réalisateur et ami de JR, prend la parole de façon magistrale. Celui qui avait filmé de l’intérieur les émeutes de 2005 et le tir par la police d’une bombe lacrymogène dans la mosquée, pour son film 365 jours à Clichy-Montfermeil, va alors, en quelques mots, résumer la situation. En prenant le temps d’affirmer que le moment est venu de « faire la paix et d’avancer dans le bon sens », il se tourne vers le maire de Montfermeil et lui demande s’il ne serait pas préférable de profiter de ce genre d’occasion pour trouver ensemble des solutions aux problèmes qui persistent, au lieu de rester sourds les uns face aux autres.

Prouver que l’art peut être un instrument solide de médiation pouvant rétablir des liens brisés entre habitants du quartier et autorités.

Car, au fond, c’est là tout l’enjeu d’un projet comme celui-ci : prouver que l’art peut être un instrument solide de médiation pouvant rétablir des liens brisés entre habitants du quartier et autorités. Créer du dialogue entre population, politiques et institutions publiques pour permettre aux situations d’évoluer. Faire advenir de nouvelles perspectives d’entente et de collaboration. JR l’a suffisamment répété : si l’art ne peut changer le monde, il peut néanmoins changer la perception que l’on s’en fait et de ce que l’on peut y accomplir. Et, outre cet accrochage avec le maire qui rappelle le chemin qu’il reste à parcourir, force est d’avouer que cela fait sens pour la plupart des jeunes croisés ce jour-là. « JR est un modèle ici. On rêve tous de pouvoir faire les mêmes choses que lui. Là, ce que vous avez vu aujourd’hui, ce n’est que le début ! », nous dit un jeune habitant des Bosquets avant de partir en courant, trop excité d’avoir pu faire un selfie avec François Hollande…

Découvrez, dès mercredi prochain, le 3e épisode de notre reportage consacré à l’implantation des Ateliers Médicis à Clichy-Montfermeil, cet équipement culturel d’envergure qui aura mis du temps à voir le jour, mais qui semble bien parti pour faire bouger les choses…

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