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Patrizia Di Fiore, Porte de Clichy, Série Étalements, 2017
© Patrizia DI FIORE / Commande photographique nationale des Regards du Grand Paris, Ateliers Médicis et Centre national des arts plastiques – ministère de la Culture et de la Communication, 2017
Tout au long de la journée d’inauguration de Chroniques de Clichy-Montfermeil en avril dernier [voir épisode précédent], deux mots n’ont cessé de revenir dans les discours officiels comme dans ceux des habitants croisés : fierté et dignité. La fierté de voir la cité des Bosquets accueillir le travail d’un artiste mondialement connu, et avec lui des visiteurs potentiels venus du monde entier ; et une dignité retrouvée : après de longues années de stigmatisation, les populations de ces deux villes se retrouvent au centre d’une attention politique et médiatique enfin bienveillante. Si pour quelques habitants croisés ce jour-là, l’événement a des allures de poudre aux yeux, d’autres y voient la première pierre d’une révolution culturelle…
Sous ses airs de coup de com’ réussi, l’installation de la fresque Chroniques de Clichy-Montfermeil à la lisière de la forêt départementale de Bondy n’a rien d’un one shot médiatique. Elle symbolise avant tout les vingt années de lutte menées par Ladj Ly et JR pour la reconnaissance de ce territoire. Mais plus que l’aboutissement du travail mené par les deux artistes, cet événement sonne aussi comme une annonce… Une transformation profonde en matière d’offre culturelle que s’apprêtent à connaître Clichy-sous-Bois et Montfermeil avec l’installation, en cours jusqu’en 2023, des Ateliers Médicis. Un nouvel équipement culturel de grande envergure, qui a co-produit la fresque de JR, et qui sera la figure de proue de l’opération de rénovation urbaine hors norme que connaissent les deux villes depuis 2004.
François Hollande lors du dévoilement de la fresque photographique des artistes JR et Ladj Ly. Des habitants lui offrent un portrait, 19 avril 2017
© Denis Allard / Réa
Quelques jours après le grand barnum de Clichy-Montfermeil, le rendez-vous est pris avec le directeur des Ateliers Médicis, Olivier Meneux. Dans une des pièces du bâtiment provisoire de Clichy-sous-Bois qu’il occupe avec son équipe, il scrute avec nous un plan qui détaille, stade après stade, l’évolution du territoire dans les prochaines années : en 2018, construction d’une structure éphémère de 800m2 qui accueillera les Ateliers Médicis jusqu’à l’implantation du bâtiment définitif cinq ans plus tard. En 2019, prolongement de la ligne 4 du tramway jusqu’à Montfermeil ; en 2023, ce sera une gare du Grand Paris Express… Tout semble parfaitement planifié pour que Clichy-sous-Bois et Montfermeil renaissent sous un jour nouveau d’ici six ans à peine.
Futur bâtiment des Ateliers Médicis (structure démontable prévue pour 2018 et définitive pour 2023).
© Agence Encore Heureux
Le regard tourné vers l’avenir, Olivier Meneux ne cache pas qu’il aura fallu de longues années pour que le projet soit finalement engagé. D’abord nommé « Villa Médicis » lorsqu’il émerge en 2007, c’est en 2011 que l’idée commence à trouver un réel engagement. Soutenue par le ministre de la Culture et par les villes de Clichy et Montfermeil, le projet reprend cette année-là avec l’achat de la tour Utrillo. Mais Médicis a du mal à prospérer. Le temps pour beaucoup de perdre de vue un projet taxé de trop ambitieux, et décrié en raison de son nom emprunté à la prestigieuse académie française à Rome… Il faudra alors attendre 2015 et la nomination de Fleur Pellerin au ministère de la Culture pour que le projet soit officiellement relancé, avec à sa tête Olivier Meneux. Cet ex-directeur de l’agence régionale Ciclic (Centre pour le livre, l’image et la culture numérique) connaît bien le territoire, étant passé, quelques années plus tôt, par la direction de la Culture en Seine-Saint-Denis : il ne lui faudra pas longtemps pour être convaincu par le projet Médicis. Début 2016, l’aventure est enfin bel et bien lancée.
Julie Balagué, Maladrerie, 2017
© Julie BALAGUÉ / Commande photographique nationale des Regards du Grand Paris, Ateliers Médicis et Centre national des arts plastiques – ministère de la Culture et de la Communication, 2017
Après un an et demi d’existence seulement, les projets développés par les Ateliers Médicis sont déjà extrêmement variés. Pas moins de trois promotions de recherche et de création, animées par plus de 150 artistes et chercheurs associés ont déjà été mises en place. À chaque promo son axe spécifique de développement. D’abord pour « faire lieu », il faut « prendre place ». Durant toute l’implantation, les Ateliers vont multiplier les échanges avec la population, au fil d’événements qui composent déjà une programmation artistique riche, dont l’inauguration de la fresque de JR est l’illustration.
À ce sujet, le directeur des Ateliers dit d’ailleurs ne pas avoir hésité une seconde : « La présence chronique de JR sur le territoire va de pair avec l’évolution de Clichy-Montfermeil. Il était évident qu’il fallait accompagner ce projet, qui rappelle toute la puissance et la jeunesse de ce territoire, au moment même où le ministère de la Culture nous confiait par ailleurs, avec le Cnap [Centre National des Arts Plastiques], la commande photographique « Les Regards du Grand Paris ». » Un projet en partie dévoilé en avril dernier dans le cadre du Mois de la photo du Grand Paris, dont Clichy-Montfermeil était d’ailleurs le point le plus excentré.
Julien Guinand, Sans titre, Série L’anticlinal, 2017
© Julien GUINAND / Commande photographique nationale des Regards du Grand Paris, Ateliers Médicis et Centre national des arts plastiques – ministère de la Culture et de la Communication, 2017
Pas encore construits, les Ateliers Médicis ont donc déjà tout d’un lieu culturel de plein exercice : centre de recherche, d’aide à la création, projets de démocratisation culturelle d’envergure, programmation artistique… Mais dans une ville chantier, accoutumée au son des bulldozers et des grands discours souvent restés sans lendemain, Olivier Meneux sait combien la prudence est une notion importante.
Raphael Dallaporta, La tour des Lilas vue depuis la tour Utrillo, Série Fantasmagorie, 2017
© Raphael DALLAPORTA / Commande photographique nationale des Regards du Grand Paris, Ateliers Médicis et Centre national des arts plastiques – ministère de la Culture et de la Communication, 2017
« Un projet au long cours comme celui-ci est forcément fragile. À chaque étape, nous devons donc construire quelque chose d’irréversible pour nous, comme pour l’imaginaire collectif de la population. »
Médicis à Montfermeil ? Peu de gens savent encore qu’un tel lieu est en cours d’élaboration dans leurs villes… Mais les événements qui se succèdent laissent déjà entrevoir la richesse de l’offre culturelle qui inondera bientôt le territoire. Comme ce fut le cas des « moments suspendus » où se mêlaient performances artistiques et discussions publiques lors du Mois de la photo, ou avec la fresque de JR. La facilité avec laquelle le public s’est approprié ces œuvres et l’engouement suscité laissent penser que la culture a un rôle énorme à jouer dans l’avenir de Clichy-Montfermeil. À suivre…
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