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Vue du salon de l’Hôtel de Mercy-Argenteau, qui abrite à présent cours et conférences pour L’École des Arts Joailliers
© Benjamin Chelly
Y a-t-il un lien entre Marie-Antoinette, l’Amérique latine et l’escarboucle ? Oui, et il se trouve en plein Paris ! Bâti en 1778 pour le banquier et spéculateur Jean-Joseph de Laborde, l’hôtel de Mercy-Argenteau porte le nom de son premier occupant : le comte Florimond-Claude de Mercy-Argenteau, ambassadeur de Marie-Thérèse d’Autriche et confident de Marie-Antoinette. « C’est lui qui articule le mariage entre la jeune souveraine et Louis XVI, et c’est aussi à lui que la reine remet son coffre à joyaux lors de la fuite à Varennes. Il était son homme de confiance », explique Léonard Pouy, historien de l’art et enseignant-chercheur à L’École des Arts Joailliers.
Niché dans le quartier historique des théâtres de la capitale, l’édifice possède une discrète façade de style néoclassique. D’abord résidence du comte royal, il attire l’attention des investisseurs, intéressés par son potentiel locatif après la Révolution. À cette époque, les salles de spectacle, cafés et passages couverts se multiplient dans l’arrondissement. Le bâtiment subit alors de nombreuses transformations, comme la suppression du jardin et de la terrasse attenants au profit de deux immeubles de rapport venant l’entourer. S’y ajoutent aussi trois nouveaux étages.
Vue extérieure de la salle des fêtes de l’Hôtel de Mercy-Argenteau, nouveau lieu de L’École des arts Joailliers.
© Benjamin Chelly
Tout le long du XIXe siècle, il devient l’adresse de nombreux compositeurs et musiciens qui se présentent sur les scènes voisines. Les pièces de réception sont louées à différents cercles de jeux. En 1891, le Grand Cercle sollicite l’architecte Henri Fernoux pour la construction d’un espace destiné à accueillir l’Union latino-franco-américaine de Paris. C’est ainsi que voit le jour une splendide salle de fêtes ornée de colonnes corinthiennes, de figures allégoriques et de blasons dédiés à l’Équateur, l’Uruguay, le Honduras et la Bolivie. Désormais classé aux monuments historiques, « le décor était tellement somptueux que la salle fut longtemps attribuée à Charles Garnier ! », raconte Léonard Pouy.
Salle des fêtes de l’Hôtel de Mercy-Argenteau, ornée de blasons dédiés à l’Équateur, l’Uruguay, le Honduras et la Bolivie.
© Benjamin Chelly
Après une restauration en 2012 et des travaux d’aménagement en 2023, l’hôtel particulier s’ouvre au public pour la première fois de son histoire grâce à L’École des Arts Joailliers qui y installe son second site parisien – le premier se situant au 31 rue Danielle Casanova tout près de la place Vendôme. Se déployant sur deux étages, l’institution a fait appel à la célèbre architecte d’intérieur Constance Guisset pour la conduite du projet. L’enjeu ? Faire coexister le cadre historique et les œuvres présentées.
Le lustre de la designeuse Constance Guisset, dans le hall de l’Hôtel de Mercy-Argenteau, nouveau lieu de L’École des Arts Joailliers
© Benjamin Chelly
Au rez-de-chaussée, un luminaire sculptural en colimaçon vient ainsi émailler le majestueux escalier d’honneur. À l’étage, une zone d’accueil centrale relie les différents espaces. Avec son lustre aux lignes sobres et minimalistes, son tapis au subtil dégradé et son mobilier aux formes arrondies, la designer conçoit une atmosphère intimiste et confortable. « J’ai un rapport intuitif à l’espace. Là, je crée un retrait où l’on se sent protégé », explique Constance Guisset.
Le bleu profond qui domine cette pièce ponctue aussi d’autres éléments du nouveau décor. À côté, le grand salon blanc aux moulures dorées, cheminées, miroirs et faux camées aux déesses grecques [ill. en Une], est l’une des rares pièces ayant survécu aux différentes mutations. Tout comme la salle polyvalente attenante, il accueillera les cours et conférences de l’école. Les anciennes chambres du comte de Mercy-Argenteau abritent, quant à elles, la première bibliothèque au monde dédiée uniquement à l’art du bijou.
Espace librairie de L’École des Arts Joailliers au sein de Hôtel de Mercy-Argenteau
© Benjamin Chelly
Tel un cabinet de curiosités couronné de luminaires ronds et doté de larges hublots en guise de vitrine, s’ouvre également une librairie réunissant des ouvrages récents et anciens, centrée sur la même thématique. Baptisée l’Escarboucle, elle renvoie au terme autrefois donné aux gemmes d’un éclat rouge vif. Enfin, parée de grandes cimaises qui protègent les murs historiques, la salle de fêtes, à laquelle on accède par une passerelle vitrée, devient le nouvel espace d’exposition de L’École des Arts Joailliers. Pour son inauguration, une exposition consacrée aux bijoux de scène de la Comédie-Française réconcilie définitivement la demeure avec son éclatant passé.
Focus sur l'exposition inaugurale du nouvel espace de l'École des Arts joailliers "Bijoux de scène de la Comédie-Française" dans le dernier numéro de Beaux Arts Magazine
École des Arts Joailliers - Grands Boulevards
16 Boulevard Montmartre, Hotel de Mercy-Argenteau • 75009 Paris
www.lecolevancleefarpels.com
Bijoux de scène de la Comédie-Française
Du 13 juin 2024 au 13 octobre 2024
Hôtel de Mercy-Argenteau • 16 Bis Boulevard Montmartre • 75009 Paris
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