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Reportage

Mon expérience de bénévole sur un chantier archéologique

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Quand certains partent se prélasser sur les plages ou se mettre au frais dans les musées, notre journaliste passe, elle, ses vacances les mains dans la poussière et en costume sur un chantier d’archéologie médiévale. Bienvenue au château de Castelroc dans le Tarn.
Bénévoles sur le site de Castelroc
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Bénévoles sur le site de Castelroc

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© Castelroc / Mia Bergreen

Maçonnerie ? Charpente ? Vitrail ? Depuis un moment déjà, j’explorais le site du réseau Rempart, sans parvenir à me décider parmi la diversité de chantiers patrimoniaux proposés par plus de 180 associations membres… Quand une amie a fini par trancher pour moi. Nous voilà donc parties pour deux semaines, en plein mois de juillet, sur un chantier d’archéologie médiévale dans le Tarn. À nos côtés, une dizaine d’autres bénévoles prennent part à l’aventure, des femmes à une écrasante majorité, âgés de 16 à 27 ans, lycéens, étudiants en archéologie ou passionnés de patrimoine. Un groupe avec lequel nous allons devoir cohabiter, et partager les tâches ménagères, tout au long du séjour, dans un gîte au cœur du petit village de Saint-Antonin-de-Lacalme. La vie en communauté fait en effet souvent partie intégrante de ce type de chantiers.

Pour rejoindre le château de Castelroc, à trois kilomètres du gîte, il faut quitter le village et emprunter une longue pente sinueuse à travers champs et forêt. La dernière partie nous fait quitter la route pour s’enfoncer dans les bois, un léger bruit de rivière qui s’écoule en fond sonore. Et même là, difficile de croire qu’un édifice se cache derrière les arbres. Pourtant, après un dernier virage, la vaillante tour du XIIIe siècle du château de La Roque (surnommé « Castelroc » aujourd’hui) apparaît, presque intacte. Autour, en revanche, il ne reste que des murs en ruine délimitant diverses pièces du château, dont pour certaines, on ignore encore la fonction exacte.

Le lieu est en phase de « cristallisation ». Autrement dit, il s’agit de stopper la dégradation du château, ou de ce qu’il en reste, avant de songer à le reconstituer, tout ou partie. Le site est privé et est géré par une association depuis 2016 qui organise presque tout au long de l’année des chantiers dans cette optique de recherches et d’entretien. Il s’agit aussi de faire vivre le lieu qui est ouvert aux visites et où se déroulent de nombreuses animations autour de la thématique de l’histoire médiévale. Dans la cour attenante au château, deux-trois constructions ont déjà vu le jour grâce à de précédents chantiers de menuiserie, de maçonnerie, etc. La première fait office de « taverne », un point d’accueil, de ventes de boissons et de souvenirs pour les visiteurs, avec sur son flanc un début de fresque recréée à partir de techniques médiévales par d’autres bénévoles. En face, une forge a été reconstituée, offrant encore d’autres possibilités d’ateliers.

« Encourager l’immersion »

Cependant, ce n’est pas ce qui intéresse la majorité de notre groupe, venu pour entreprendre des fouilles archéologiques. Après un petit cours théorique sur la façon dont fonctionne le secteur de l’archéologie en général (réglementation, institutions, etc.), on nous remet notre costume « médiéval ». Nous sommes invités à porter sur le chantier une longue chemise (plus ou moins blanche) et une cordelette en guise de ceinture, « pour encourager l’immersion pour les bénévoles comme pour les touristes en visite et le côté égalitaire entre tous les participants », nous explique une des cinq jeunes en service civique du château. En réalité, cela nous servira surtout à nous protéger de la poussière et des ronces, car nous retournons en forêt, à quelques pas du château.

Maçonnerie d’un mur sur le chantier de Castelroc
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Maçonnerie d’un mur sur le chantier de Castelroc

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© Castelroc / Mia Bergreen

Au pied d’une motte, à l’ombre de grands arbres (bien utiles par la chaleur qui règne), Pierre, l’encadrant, nous explique qu’il pense qu’un bas fourneau se trouvait au sommet. Des fouilles y ont déjà été entreprises par de précédents groupes et « 50 kilos de scories [de petits cailloux noirs et lisses qui sont des résidus de fer, NDLR] ont été retrouvés ici depuis un an, ce n’est pas un hasard (…) Aucun bas fourneau datant du XI-XIIIe siècle n’a encore été retrouvé dans la région », précise-t-il. Si les fouilles apportent la preuve qu’on travaillait bien le fer à cet endroit, autour d’un bas fourneau, le site gagnerait en intérêt et son histoire méconnue s’éclaircirait un peu. Alors, pas de temps à perdre ! Nous apprenons rapidement à diviser la surface de fouille en carrés égaux puis, au fil du temps, à manier de mieux en mieux les coups de pioche, à tamiser des seaux et des seaux de terre et… à mieux supporter les ampoules aux mains. Un vrai travail de fourmi. Une autre partie du groupe s’attaque à une grotte, qui serait une ancienne veine d’extraction de fer, comme le laissent penser les nombreuses pierres orange (couleur due à du fer oxydé) que nous extrayions parfois tous ensemble à grand renfort d’huile de coude.

Des découvertes et des hypothèses…

Les jours s’enchaînent à un rythme soutenu, mais dans la bonne humeur. Les traces de poussière qui s’incrustent sur nos mains, nos jambes et nos visages sont de plus en plus difficiles à nettoyer ! Les découvertes sont modestes : des scories, de petits os d’animaux… Mais nos efforts finissent par payer. Le groupe de la grotte dégage des morceaux de roche très noire : du fer pur. L’hypothèse de départ se renforce.

Bénévoles en action sur le chantier du château de Castelroc
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Bénévoles en action sur le chantier du château de Castelroc

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© Castelroc / Mia Bergreen

Juste à côté, au pied de la motte, nous découvrons un angle de mur. Il nous faudra plusieurs jours pour le dégager, un groupe de scoutes de passage au château viendra d’ailleurs nous prêter main forte. N’étant que dans la phase de sondage du site (une première étape de recherche avant que des fouilles plus approfondies ne soient autorisées), notre espace d’exploration est limité. Impossible donc de savoir jusqu’où va ce mur, dont les deux parties semblent dater de deux époques distinctes, selon Pierre qui nous fait remarquer les différences de maçonnerie.

Les outils de l’apprenti-archéologue
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Les outils de l’apprenti-archéologue

S’agit-il d’un bâtiment entier dont les restes se cachent sous nos pieds ? Sa vocation était-elle défensive ? Les questions et les suppositions sont nombreuses. Pour le moment, nous ne pouvons que relever nos découvertes sur des croquis, nettoyer les pièces que nous avons trouvées et soigneusement rangées dans des sacs plastique numérotés. Le stage se termine les mains dans un seau d’eau, muni d’une brosse à dents… et avec une dernière surprise. Eva, l’une des bénévoles, trouve la forme d’une des pierres qu’elle nettoie étrange. Des scories semblent s’être agglomérées dessus. Notre encadrant est formel, il s’agit d’un morceau de l’intérieur du bas fourneau ! Mission accomplie. Un nouveau dossier pourra être envoyé pour demander d’élargir la surface de fouille. Un processus qui pourrait mettre au moins deux ans à aboutir… Pour percer les mystères du château de Castelroc, il faudra donc patienter et mobiliser encore pas mal de bénévoles !

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Château Castelroc

81120, Terre-de-Bancalié, Occitanie

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