Actu

Surprise : le célèbre lion ailé de Venise aurait été fabriqué en Chine, selon une étude

Par • le
Le lion de saint Marc sur une colonne de la Piazzetta à Venise
voir toutes les images

Le lion de saint Marc sur une colonne de la Piazzetta à Venise

i

© Peregrine / Alamy / Hemis

Le fameux lion ailé en bronze de la place Saint-Marc à Venise serait-il « made in China » ? C’est l’hypothèse étonnante avancée par une équipe de chercheurs italiens dans une étude publiée ce jeudi 4 septembre dans la prestigieuse revue anglaise Antiquity. Selon eux, cet emblème de la cité des Doges, qui veille fièrement sur la lagune depuis le sommet d’une haute colonne en granit violet, toisant des millions de visiteurs chaque année, aurait été fabriqué en Chine entre le VIIe et le Xe siècle, puis « customisé » par les Vénitiens au XIIIe siècle.

Tout est parti d’un premier constat : le style de l’œuvre ne correspond pas aux sculptures habituelles de l’époque réalisées à Venise. De plus, des signes montrent que le lion a été modifié avant d’être installé sur la place : ses ailes ont été remplacées, ses oreilles ont été coupées et des cornes ont été retirées de sa tête.

Un minerai extrait en Chine

Le mystère est accentué par l’absence totale d’informations sur sa provenance. « Nous ne savons pas quand elle est arrivée à Venise, où elle a été retravaillée, qui l’a réalisée, ni quand elle a été érigée sur cette colonne » explique dans un communiqué le chercheur Massimo Vidale, co-auteur de l’étude et professeur d’archéologie à l’Université de Padoue. Une fonderie vénitienne au XIIe siècle, l’Anatolie du Nord de la Syrie à l’époque hellénistique… Des hypothèses très diverses ont été émises au fil des ans.

Un zhènmùshòu (ou gardien du tombeau) en faïence peinte et dorée, de la dynastie Tang, découvert dans la tombe M2 du village de Fujiagou, dans le comté de Lingtai (Gansu, Chine)
voir toutes les images

Un zhènmùshòu (ou gardien du tombeau) en faïence peinte et dorée, de la dynastie Tang, découvert dans la tombe M2 du village de Fujiagou, dans le comté de Lingtai (Gansu, Chine)

i

Provenance cambridge.org

Les chercheurs ont donc décidé d’examiner le plomb présent dans le bronze de la sculpture, car les isotopes de ce métal fonctionnent comme des traceurs géochimiques permettant d’identifier un gisement d’origine. Verdict : le minerai de cuivre utilisé pour ce lion a été extrait en Chine, le long du cours inférieur du fleuve Yangtsé, à 9 000 kilomètres de Venise !

Selon l’étude, ce lion était donc peut-être à l’origine un zhenmushou (« animal gardien de tombe ») de la période Tang (618–907) : une statuette funéraire chinoise censée symboliser le prestige du défunt et protéger ce dernier des esprits malveillants. Ces créatures souvent hybrides présentent les traits de divers animaux, dont le dragon, le cerf et le lion. Dotées de gueules féroces, elles affichent des « museaux léonins », des « crinières flamboyantes », des « ailes dressées » et des « oreilles pointues et relevées » notent les chercheurs.

Dans les bagages des marchands vénitiens

Ce zhenmushou serait donc peut-être, avancent les experts, arrivé à Venise dans les bagages des marchands vénitiens Niccolo Polo (1230–1294) et Matteo Polo (1230–1309), le père et l’oncle du célèbre explorateur Marco Polo, qui fréquentaient la cour de l’empereur mongol Kubilai Khan à Dadu (ou Khanbalik, actuelle Pékin) vers 1265, puis sont revenus à Venise, avant de retourner en Chine dans les années 1270, via la route de la soie, pour y rester pendant dix-sept ans.

Les deux voyageurs auraient pu avoir «  l’idée audacieuse » d’envoyer l’animal à Venise pour qu’il y soit transformé, puis installé sur la colonne, arrivée pour sa part vers 1261 dans la cité des Doges. Une hypothèse crédible car en réalité, adapter et se réapproprier un objet d’art venu de l’étranger était une pratique courante au XIIIe siècle en Europe, et en particulier à Venise, où se croisaient des navires commerciaux venus de nombreuses contrées lointaines. Cette forme de recyclage artistique était le signe à la fois d’une admiration face à l’habileté des artistes du pays d’origine de l’objet, et d’une volonté d’affirmer sa domination sur ce dernier. Un geste dont le lion de Venise pourrait être l’incarnation rugissante !

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi