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On a testé « La Bibliothèque, la nuit », l’expérience de réalité virtuelle de la BnF

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Publié le , mis à jour le
Des bibliothèques de légende, une forêt mystérieuse et l’érudition d’Alberto Manguel comme fil d’Ariane… Plus qu’une simple exposition, c’est à un voyage imaginaire dans l’univers des bibliothèques qu’invite la BnF, jusqu’au 13 août. Un voyage rendu possible grâce à une savante combinaison de scénographie immersive et de réalité virtuelle. Récit de notre visite.
Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina, « La Bibliothèque, la nuit »
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Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina, « La Bibliothèque, la nuit », 2017

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Inspirée de l’ouvrage d’Alberto Manguel, installation et réalité virtuelle • © Stéphane Bourgeois

« Comme la plupart des amours, l’amour des bibliothèques s’apprend », écrivait Alberto Manguel dans son essai La Bibliothèque, la nuit. Car avant d’être le titre de l’exposition de la BnF, « La Bibliothèque, la nuit » est un livre paru en 2006, une réflexion passionnée et savante sur « l’idée même de bibliothèque » du grand écrivain argentin, disciple de Borges, Alberto Manguel. Partant de cet ouvrage qui a fait date, le metteur en scène Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina ont imaginé, d’abord pour le Québec, un dispositif décliné en deux volets. Le visiteur pénètre en premier lieu dans une bibliothèque plongée dans la pénombre, libre reconstitution de celle qu’Alberto Manguel a constitué amoureusement tout au long de sa vie. La pluie clapote sur la vitre. De sa voix chaleureuse et envoûtante, l’écrivain nous guide alors d’une étagère à l’autre, nous apprend l’amour de la bibliothèque, évoquant souvenirs intimes de lecture et références à l’Histoire. Le premier livre, offert par la nourrice, côtoie le tragique récit de la minuscule bibliothèque clandestine du camp de Birkenau et de ses huit livres.

Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina, « La Bibliothèque, la nuit », reconstitution de la bibliothèque d’Alberto Manguel
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Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina, « La Bibliothèque, la nuit », reconstitution de la bibliothèque d’Alberto Manguel, 2017

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Inspirée de l’ouvrage d’Alberto Manguel, installation et réalité virtuelle • © Stéphane Bourgeois

Une porte s’ouvre : nous quittons la maison de l’écrivain pour nous immerger dans une onirique forêt, où sont disposées des tables et des lampes en opaline verte, emblématiques luminaires des bibliothèques du siècle dernier. Munis de casques, les visiteurs sont invités à explorer en réalité virtuelle − et à 360° − dix bibliothèques remarquables : la bibliothèque José Vasconcelos de Mexico, la bibliothèque du Congrès à Washington, la bibliothèque du temple Hase-Dera au Japon… La poésie n’est jamais loin : à Ottawa, des volatiles colorés s’échappent des page des Oiseaux d’Amérique d’Audubon pour transformer le magnifique et célèbre volume en une volière fantastique. À Copenhague, étudiants d’aujourd’hui côtoient les fantômes des lecteurs des siècles passés, dans cette bibliothèque où les ouvrages − désormais numérisés − n’ont plus vocation à être physiquement consultés.

Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina, « La Bibliothèque, la nuit ». Bibliothèque d’Ottawa en réalité virtuelle, avec l’ouvrage « Les Oiseaux d’Amérique » d’Audubon
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Robert Lepage et sa compagnie Ex Machina, « La Bibliothèque, la nuit ». Bibliothèque d’Ottawa en réalité virtuelle, avec l’ouvrage « Les Oiseaux d’Amérique » d’Audubon, 2017

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Inspirée de l’ouvrage d’Alberto Manguel, installation et réalité virtuelle • Courtesy Ex Machina

Alberto Manguel nous plonge également dans des histoires tragiques, comme celle de la bibliothèque de Sarajevo que nous voyons disparaître dans les flammes d’un bombardement. Incendie que nous vivons de l’intérieur, au son d’un violoncelle, en hommage à Vedran Smailović, qui, en 1992, était venu jouer dans les ruines encore fumantes de l’édifice… Mais le voyage se fait aussi dans l’imaginaire : Alberto Manguel nous emmène à 20 000 lieux sous les mers pour une exploration de la bibliothèque du Nautilus, pièce majeure du célèbre roman de Jules Verne.

On aurait pu craindre que le propos, très savant, ne soit destiné qu’aux fins connaisseurs du monde des bibliothèques, mais l’approche poétique, en plus d’être érudite, de l’écrivain et l’apport des nouvelles technologies rendent l’expérience agréable et accessible à tous, lecteurs compulsifs ou occasionnels.

Pour beaucoup de visiteurs, cette exposition sera l’occasion de tester pour la première fois un casque de réalité virtuelle. Si le dispositif est nouveau et propose une expérience surprenante, on regrettera peut-être la faible résolution des écrans, qui gâche un peu l’expérience, à une époque où tous nos terminaux sont en Full HD. De même, si le casque permet une vision à 360° − et animée − des bibliothèques visitées, il n’offre pas au visiteur d’y circuler, le laissant parfois sur sa faim, aux portes d’un monde.

Une foultitude de personnages s’y active : lance à eau à la main, certains s’évertuent à étouffer les flammes, tandis que d’autres, parfaitement organisés, évacuent les livres et autres artéfacts des galeries présentées en coupe… Un accident dramatique qui ne s’est fort heureusement jamais produit !

On pourra regretter que cette partie de l’exposition − non contingentée par les impératifs de flux de visiteurs − ne soit pas en accès libre, ce qui aurait permis au plus grand nombre de profiter de ces trésors. Car c’est le conseil que nous donnons à nos lecteurs : réservez vite ! Pour des raisons pratiques, « La Bibliothèque, la nuit » ne se découvre que sur réservation préalable auprès de la FNAC ou via l’application « Affluences ».

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La Bibliothèque, la nuit. Bibliothèques mythiques en réalité virtuelle

Du 16 mai 2017 au 13 août 2017

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