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Le perruquier Christophe Mecca entouré de ses créations à Paris en février 2025
© Irina Shkoda pour BeauxArts.com
Ses muses s’appellent Misty Phoenix, Plastique Tiara, Nicky Doll. Drag-queens, elles réinventent leur apparence au quotidien… Et confient à Christophe Mecca (né en 1992) la mission de leur créer des chevelures délirantes et démesurées, qui affirment leur identité à part, et surtout assument pleinement un sens affirmé du spectacle et de la mise en scène de soi. Pour ce faire, le jeune homme raconte utiliser « toutes sortes de matériaux, comme du plastique, du métal, de la mousse expansive, du papier bulle, du carton… Pour travailler, le magasin que je fréquente le plus, c’est Leroy Merlin ! »
Si nous nous sommes intéressés à lui, c’est parce que chacune de ses créations est unique – et éminemment sculpturale : « Je ne refais jamais la même perruque, je fais toujours du sur-mesure, c’est très important pour moi. » Sur-sollicité – il indique sur son compte Instagram ne plus pouvoir recevoir de commandes pour le moment –, Christophe Mecca parle de son travail comme d’un artisanat, lui qui s’est successivement échappé du monde de la coiffure puis du théâtre pour se faire un nom comme artiste-perruquier, créateur sans limite autre que « celle de l’imagination ».
Pour le comprendre, et parce que, comme l’écrit Jean Genet, « on n’est pas artiste sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé », il faut remonter à son enfance dans le sud de la France, « où les gens sont très conservateurs, classiques », et où il s’est « toujours senti différent ». Rejeté à la fin de l’adolescence par sa famille d’accueil qui trouve son « look trop extrême », avec ses cheveux bleus, ses chaussures compensées et ses bracelets à clous, le jeune homme se réfugie dans un idéal, celui de devenir perruquier, métier qu’il a découvert au hasard d’un blog. Pour le moment, il passe une bonne partie de son temps libre à dessiner, et travaille son apparence comme « seul moyen d’expression ».
Christophe Mecca parle de son travail comme d’un artisanat, 2025
© Irina Shkoda pour BeauxArts.com
Déterminé malgré tout, Christophe tâche dès la sortie du lycée d’entamer un CAP et de se faire embaucher comme coiffeur, « la case départ ». Mais les salons lui ferment la porte au nez, le forçant à changer un peu d’apparence pour se faire mieux accepter. Une coiffeuse d’Aix-en-Provence finit par l’embaucher, sensible à son « identité queer ». Mais elle ne le paie pas, et le licencie après deux années de travail. « J’ai beaucoup appris de cette période », conclut-il aujourd’hui, amer. Allant de déconvenue en déconvenue, le jeune homme finit par emménager à Paris, où il se débrouille pour se loger chez des amis. Il y trouve, enfin, un contrat dans un salon, afin d’obtenir les précieux diplômes (CAP puis brevet professionnel).
Enfin stable, il en profite pour se payer une formation de deux semaines au métier de perruquier au sein de l’atelier du Griffon, à Lyon, et s’approcher de son but. Peu après, « un ami me propose de le remplacer pour colorer et coiffer des perruques sur une comédie musicale, Hit Parade. C’était un job d’une journée, mais l’équipe m’a bien aimé et m’a dit que j’allais être rappelé. » En effet, quelques semaines plus tard, on lui propose d’intégrer un petit atelier de perruquiers et de travailler pour des spectacles. « Je n’avais pas pensé au théâtre car je rêvais plutôt de cinéma, mais j’ai accepté. »
« Je ne refais jamais la même perruque, je fais toujours du sur-mesure, c’est très important pour moi. », 2025
© Irina Shkoda pour BeauxArts.com
« Avec les drags, j’ai fait beaucoup d’expérimentations, ce qui m’a permis d’apprendre de mes erreurs et de développer des choses différentes. »
Là, les projets s’enchaînent. « C’est le boom des comédies musicales ! J’ai travaillé sur Le Rouge et le Noir, Priscilla, folle du désert, Jésus, La Famille Addams… » En journée, il s’attelle à la fabrication et au recoiffage des perruques, mises à rude épreuve et qu’il « faut maintenir comme neuves ». Certaines sont impressionnantes : « Au théâtre, les perruques doivent être visibles de loin, ce qui donne parfois des constructions comme des pièces montées. Entre la colle, les rajouts, les postiches, elles peuvent être si lourdes qu’il faut les porter avec un élastique sous le menton ! » Il crée aussi des moustaches, des favoris, des postiches… Le soir, il installe les coiffures sur les danseurs et les comédiens, qui changent parfois plusieurs fois de tête durant une représentation.
Sur certaines productions, comme Priscilla, folle du désert, il faut s’occuper de « plus d’une centaine de perruques » ; et le rythme est intense : « on n’arrêtait pas ! » Finalement, Christophe se décide à monter sa propre entreprise, pour passer d’exécutant à créateur. Instagram lui sert de vitrine ; il commence à recevoir des commandes de drag-queens françaises, qui lui permettent de concevoir des perruques au style débridé et inventif, et de façonner petit à petit sa propre signature. « En parallèle, je me suis créé moi-même un personnage, je me faisais des coiffures gender fluid, non genrées, pas des perruques de femmes mais de créature. Ça m’a beaucoup fait avancer de travailler sur moi ! »
Cela dit, les drag-queens n’hésitent pas à le laisser très libre de ses choix, lui indiquant simplement un thème, une direction. « Au théâtre, je faisais appel à des techniques assez classiques, mais avec les drags, j’ai fait beaucoup plus d’expérimentations, ce qui m’a permis d’apprendre de mes erreurs et de développer des choses différentes. » Se mêlent alors des cordes, des fils de fer, des structures « comme à l’époque de Marie-Antoinette pour faire des montées de cheveux vertigineuses, des paniers dans lesquels il n’y a rien », des postiches en crin synthétiques… S’il utilise parfois des cheveux naturels pour des perruques qu’il pourra réutiliser et recoiffer, il préfère façonner pour les drags « des créations durables dans le temps » avec des cheveux synthétiques : plus résistantes, posées directement sur la tête « comme des chapeaux », celles-ci pourront voyager, subir des performances à répétition.
« Pour le magazine allemand Tush, Christophe Mecca a ainsi collaboré avec le photographe Ali Mahdavi et créé des perruques en forme de seins, de pénis et de vagin. »
« Mon but, c’est que les gens se demandent : mais comment ça tient ? » Il y a en effet un peu de magie et de mystère dans ces chevelures qui défient la gravité pour orner les visages ultra-maquillés. Très minutieux, l’artiste tient à ce que ses perruques soient aussi bluffantes de loin que de près, et que ses secrets restent soigneusement dissimulés sous les cascades de boucles ou dans les chignons prodigieux. « Je ne mets jamais de pinces, je ne supporte pas l’idée qu’elles puissent se voir, ou même tomber ! » D’ailleurs, il considère chacune comme une œuvre d’art à part entière. « Ce sont des perruques, mais aussi des casques, des créations fragiles. On les regarde, mais on ne les manipule pas. Certes, ce sont des perruques pour des drags qui performent, mais il y a tout de même quelque chose de contemplatif. »
Pour le magazine allemand Tush, Christophe Mecca a ainsi collaboré avec le photographe Ali Mahdavi et créé des perruques en forme de seins, de pénis et de vagin. Baptisé « Hairotica » (2023), le projet – remarqué « par Snoop Dogg et copié par une chanteuse russe » – marque à la fois le potentiel sculptural illimité des perruques et leur rôle dans l’affirmation des identités sexuelles. Dis-moi comment tu te coiffes, je te dirai qui tu es…
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