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PETIT PALAIS

Au Petit Palais, le génie de Charles Frederick Worth, père de la haute couture

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Publié le , mis à jour le
En plus de 400 œuvres, le Petit Palais met à l’honneur un pionnier qui donna naissance, en 1858, au métier de créateur de mode autant qu’à une entreprise familiale. Le premier grand hommage à ce maître du luxe, fort d’une devise : « Obtenir et tenir ».
Charles Fredereick Worth, Robe d’intérieur dite “Tea Gown”
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Charles Fredereick Worth, Robe d’intérieur dite “Tea Gown”, vers 1895

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© Stanislas Wolff

« Statuts, structures, concepts. Tout nous vient de Charles Frederick Worth ! Jusqu’à un certain processus de création, essentiellement nourri par les grands peintres, procédé qui fut le mien après avoir été celui de bien d’autres au XXe siècle. Et ce n’est pas fini. »

C’est ainsi que Christian Lacroix célébrait en 2017 le premier grand couturier de l’histoire. « En fait, qu’aurais-je été sans Worth ? Sans ses dentelles, déjà mécaniques, ses couleurs déjà industrielles, les silhouettes plongeantes ou ‘fouettées’ comme de la crème de ses crinolines et surtout de ses ‘tournures’, ses ‘poufs’ […] ? » Il aura fallu attendre 2025 pour qu’une rétrospective, la première, soit consacrée à Paris à l’inventeur de la haute couture.

Robes opulente et fastueuses

En 1885, Charles Frederick Worth fait réaliser sa carte de visite par Charles Reutlinger, photographe spécialisé dans le portrait des personnalités parisiennes.
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En 1885, Charles Frederick Worth fait réaliser sa carte de visite par Charles Reutlinger, photographe spécialisé dans le portrait des personnalités parisiennes.

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Coll. et CC0 Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris / Paris Musées

Sur 1 100 m2, voici que le Petit Palais célèbre à travers plus de 400 pièces – robes, accessoires, objets d’art, peintures et arts graphiques –, l’habilleur en chef du Tout-Paris impérial, auquel Émile Zola fit notamment référence dans la Curée (1871) avec la figure de « l’illustre Worms, le tailleur de génie, devant lequel les reines du second Empire se tenaient à genoux ».

Satin et mousseline de soie gris. Fleurs en toile de coton mauve et verte et fils métalliques gansés de soie. Soieries, dentelles, cachemire, fourrures. Tournures. Garnitures. Arabesques brodées. Taffetas de soie changeant et coupes « princesse » inédites pour mettre en valeur la minceur de ses clientes élues, esthètes, femmes d’esprit et de pouvoir. Les robes de Worth témoignent de son goût de l’opulence, de son sens du faste. Celui dont la réussite est associée au « mot » de Pauline de Metternich à l’impératrice Eugénie, qui deviendra l’une de ses plus fidèles clientes : « Un Anglais, Madame, une étoile qui se lève au firmament de la mode ! ».

Couturier des têtes couronnées et des divines

Premier à présenter des modèles originaux sur des mannequins vivants (qu’on appelait encore « sosies »), il est le couturier des têtes couronnées et des divines – le Palais Galliera a déjà exposé certains modèles en 2013, puis en 2016. On pense à la « robe aux lys » créée par Worth pour la comtesse Greffulhe, en référence au poème que lui avait dédié Robert de Montesquiou. Celle qui inspira le personnage de la duchesse de Guermantes à Marcel Proust s’était aussi liée d’amitié avec les plus grands peintres et sculpteurs de son temps, de Gustave Moreau à Rodin. Son salon de la rue d’Astorg, lieu de rencontre des artistes et des hommes politiques, était l’un de ceux dont Worth se vit ouvrir les portes en s’élevant au statut de créateur de mode, et non simple fournisseur.

« Arrivé d’Angleterre en 1846, Charles Frederick Worth s’est de fait rapidement imposé à Paris. Premier commis chez le très prestigieux marchand de nouveautés Charles Louis Gagelin, rue de Richelieu, il s’exerce à la vente des soieries, châles cachemire et ‘confections’ – robes, mantelets et manteaux de cour tout faits – qui contribuent à la renommée de l’enseigne, avant de s’associer en mai 1853 à ses deux dirigeants. Il joue notamment un rôle majeur à l’Exposition universelle de 1855  », rappelle Sophie Grossiord, l’une des trois commissaires scientifiques – s’ajoutant aux deux commissaires généraux – de l’exposition annoncée comme une « vaste fresque ».

Jean-Louis Forain, Le Buffet
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Jean-Louis Forain, Le Buffet, 1884

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À travers ses robes, Worth met en scène la théâtralité des fêtes d’une haute société dont il est le couturier chéri.

Huile sur toile • 93,5 × 148 cm • © Collection particulière

« Nous avons toutes rêvé cette robe-là sans le savoir. M. Worth, seul, a su créer une toilette aussi fugitive que nos pensées. »

Stéphane Mallarmé alias Miss Satin

À l’époque, les journaux s’enflamment : « La grande puissance du jour, celle à la porte de qui les plus élégantes voitures font file […] s’appelle Worth. […] C’est presque une faveur d’avoir de lui une robe et surtout un costume. Il a le génie de la mode et l’art du commandement. Le bataillon auquel il commande se compose de plus de 500 ouvrières qui ont à peine le temps de prendre un peu de repos, car il faut arriver pour les bals costumés : l’un qui doit être donné aux Tuileries le 9 février, et l’autre le surlendemain, mercredi 11, à l’ambassade d’Autriche. Personne ne veut d’un costume qui soit déjà connu », affirme la Presse le 28 janvier 1863, cinq ans seulement après la création de la maison de couture au 7, rue de la Paix. « Worth est une autorité, c’est le pouvoir absolu dans le royaume de la mode ; on accepte tout de lui et on imite tout ce qui vient de lui », renchérit le Monde illustré en 1868.

« Faire revivre la mythique rue de la Paix »

Cape du soir
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Cape du soir, Vers 1898–1900

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Les citations historisantes de Worth sont multiples dans ses créations : col Médicis pour cette cape, manches bouffantes « à crevés » (fentes), guipure, jabots et manchettes, fichus, nœuds, ruchés et falbalas, basques, plis Watteau…

Velours et mousseline de soie rouges, dentelle noire, applications de rubans en organza noir ; doublure en cannelé de soie saumon. • Coll. et CC0 Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris / Paris Musées

Deux ans de restauration, quatre ans de travail, 450 modèles… Les « mensurations » de l’exposition sont impressionnantes. Des photos de Nadar et des tableaux signés Carolus-Duran, Antonio de La Gandara ou Louise Breslau ponctuent la présentation des robes, au fil d’un parcours conçu comme une « immersion totale dans l’histoire d’une institution mythique ». Au-delà du nombre de pièces réunies, provenant de nombreuses collections privées et de musées du monde entier – le Philadelphia Museum of Art, le Metropolitan Museum of Art, le Victoria and Albert Museum, le Palazzo Pitti –, toute la difficulté d’un tel projet est de séduire un public qui est aujourd’hui de plus en plus aimanté par les expositions liées à la mode tout en étant de moins en moins au fait de son histoire.

Le but de celle consacrée à Worth est de « faire revivre la mythique rue de la Paix », où Jeanne Paquin, Paul Poiret – bientôt à l’honneur au musée des Arts décoratifs et qui fut l’assistant de Worth –, Jacques Doucet – le premier collectionneur des Demoiselles d’Avignon de Picasso – ou Dœillet ouvrirent également leur maison de couture. L’immersion est-elle le gage de l’émotion ? « Nous avons toutes rêvé cette robe-là sans le savoir. M. Worth, seul, a su créer une toilette aussi fugitive que nos pensées », rappelait en 1874 Stéphane Mallarmé, alias Miss Satin, rédacteur en chef d’une revue mondaine.

Le drapage du corsage chez Worth, Paris (photographie de Jacques Boyer, 1907)
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Le drapage du corsage chez Worth, Paris (photographie de Jacques Boyer, 1907)

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© Jacques Boyer / Roger-Viollet

Et puis voilà bien longtemps que les crinolines ont déserté le monde des podiums. Les manteaux de cour à traîne de quatre mètres de long et les tea-gowns de Worth, vestiges d’une époque disparue, auront-ils suffisamment d’aura pour attirer les foules, comme en début d’année « Dolce & Gabbana – Du cœur à la main », au Grand Palais ?

« Bleu Worth » et inspirations Art déco

Georges Barbier, Alcyone – Robe et manteau du soir de Worth
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Georges Barbier, Alcyone – Robe et manteau du soir de Worth, Juin 1923

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À l’époque où paraît cette illustration dans une revue de mode des Années folles, Jean-Charles Worth, le petit-fils, est le créatif de la maison.

Planche de la Gazette du bon ton • Coll. Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris • © Roger-Viollet

L’aspect le plus innovant de l’exposition concerne les prolongements au-delà du second Empire et, après le décès du fondateur de la maison, les partenariats entre les familles Worth et Cartier, les Années folles avec la consécration des garçonnes. Au-delà des chefs-d’œuvre du style tapissier, sont ici explorés les liens avec Man Ray, les collaborations avec Raoul Dufy (dont les dessins textiles sont utilisés) ou Jean Dunand pour la robe Pré Catelan.

Les inspirations Art déco se retrouvent dans les robes à motifs en trompe-l’œil, l’avènement du « Bleu Worth », l’adaptation aux nouvelles exigences des villégiatures, avec des modèles « sport » (jupes-culottes, tenues d’équitation, maillots de bain…) puis les pyjamas du soir des années 1930. Sans compter l’âge d’or des parfums, dont l’emblématique floral « Je reviens » (1932).

Comme le souligne Sophie Grossiord, « de père en fils, puis en petits-fils et arrière-petits-fils, se transmet une tradition de luxe et de somptuosité. Au gré des décennies, une évolution d’abord timide, puis affirmée sous l’égide de Jean-Charles [le petit-fils de Charles Frederick Worth], guidera peu à peu la maison vers la modernité. » Cette dernière ferme définitivement ses portes en 1956. La question demeure de savoir comment traiter la « modernité » de manière contemporaine quand l’obsession reste celle de la reconstitution.

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Worth. Inventer la haute couture

Du 7 mai 2025 au 7 septembre 2025

www.petitpalais.paris.fr

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Catalogue de l'exposition

Sous la direction de Sophie Grossiord, Marine Kisiel et Raphaële Martin-Pigalle

Éd. Paris Musées • 248 p. • 45 €

« La mode du soir chez Worth garde un caractère somptueux », titrait Vogue France le 1er janvier 1925. L’exposition consacrée à la plus ancienne des maisons de couture parisiennes, fondée en 1858 par Charles Frederick Worth, est l’occasion de montrer combien celle-ci a su garder son statut de pionnière au XXe siècle sous la houlette de ses descendants. Des tenues d’intérieur pour les réceptions de l’après-midi aux robes de bal et manteaux d’opéra, pour habiller l’extraordinaire comtesse Greffulhe ou les élégantes des Années folles, une tradition s’est transmise à travers quatre générations.

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