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Entrée de l’École du Louvre donnant sur le jardin des Tuileries
© Majid Boustany
« C’est un établissement singulier, où on ne fait pas de l’histoire de l’art comme ailleurs. » Claire Barbillon, directrice de l’École du Louvre depuis 2017, a raison de le rappeler. Depuis sa fondation, la promesse de l’école est d’offrir aux étudiants un apprentissage au plus près de l’art. Avec, certes, des cours magistraux comme à l’université, mais surtout des « TDO », des travaux dirigés devant les œuvres. Les élèves, sélectionnés sur concours (20 % de taux de réussite), passent ainsi une bonne partie de leur temps dans les collections du musée du Louvre, du musée Guimet, du quai Branly, d’Orsay ou encore du Centre Pompidou… Observant à la loupe ce que la plupart des étudiants de France en histoire de l’art n’étudient qu’à travers des PowerPoint projetés sur des écrans dans des salles mal éclairées (et nous parlons en connaissance de cause).
Portrait de Claire Barbillon, directrice de l’École du Louvre
© Lola Meyrat
Une chance inouïe, donc, qui ne va pas sans une grande exigence. Avant la crise du Covid-19, 40 % des élèves de première année se voyaient refuser le passage en deuxième année. Un constat amer, signe selon la directrice de modes d’évaluation vieillissants (« les mêmes depuis 100 ans ! ») : trop d’épreuves écrites ou, plus exactement, pas assez d’épreuves orales, et surtout pas assez de contrôle continu – les professeurs étant choisis parmi les professionnels des musées, il est actuellement difficile de leur « demander de corriger des copies tous les 15 jours ». La directrice souhaite également améliorer le taux de professionnalisation post-diplôme (actuellement de 80 %), enrichir les cours avec des compléments numériques bien pensés (une personne vient d’être recrutée dans ce but), créer un nouveau diplôme post-master pour préparer en un an les futurs doctorants… Bref, de nombreux chantiers restent à mener, même si l’un d’entre eux vient tout juste de se terminer : la rénovation du sous-sol de l’aile de Flore, autrement dit de la bibliothèque.
Lorsqu’elle est arrivée à la direction de l’école il y a un peu plus de quatre ans, Claire Barbillon a « trouvé sur [s]on bureau » une enquête riche de trois réclamations concernant la bibliothèque de l’école : qu’elle offre plus de places assises, un accès direct aux livres (sans avoir à solliciter un employé pour qu’il aille chercher chaque ouvrage en réserve) et la fin de l’obligation au silence absolu, les élèves étant parfois amenés à travailler à plusieurs. Familière des libraries hybrides et stimulantes d’Amérique du Nord, la directrice s’est d’emblée enthousiasmée pour un projet de rénovation permettant des « lieux de lecture diversifiés » – assis à une table, installé dans un fauteuil, posé sur le rebord d’un gradin –, qui renforcerait le rôle des livres comme troisième pilier essentiel des études au Louvre, au même niveau que les cours et les visites de musées.
La bibliothèque où sont exposées les œuvres d’Antony Gormley (“Witness VIII et Witness VII”) et la cafétéria de l’École du Louvre
© Majid Boustany
Ce projet marque la volonté de l’école de s’inscrire dans une dynamique internationale.
Avec l’aide financière d’un précieux mécène nommé Majid Boustany (fan absolu du peintre Francis Bacon et fils d’un magnat de l’immobilier) qui a apporté 2,5 millions d’euros sur 2,7, le projet a pu s’étoffer, au fil des conversations, d’un centre de recherche. Destiné à accueillir non seulement les 72 doctorants de l’école, mais aussi les chercheurs permanents, les post-doctorants et des invités venus du monde entier, celui-ci marque la volonté de l’école de s’inscrire dans une dynamique toujours plus internationale, multipliant les partenariats avec des établissements européens, américains, asiatiques…
Chevalet de Francis Bacon provenant de son atelier parisien, présenté à l’École du Louvre
© The Estate of Francis Bacon, tous doits réservés / © Majid Boustany
Petit détail, mais non des moindres : Majid Boustany a également permis l’accrochage dans la bibliothèque d’une photo de Bacon dans son atelier et l’exposition de son chevalet en bois encore maculé de couleurs (!), auxquels s’ajoutent deux silhouettes en fer du sculpteur Antony Gormley.
Bibliothèque de l’École du Louvre, où sont exposées les oeuvres Witness VII et Witness VIII d’Antony Gormley
© Majid Boustany
Le projet global (qui inclut aussi la chaleureuse cafétéria du rez-de-chaussée) a été confié à l’architecte Heleen Hart. Et si le lieu est ultra-prestigieux, le contexte n’est pas évident, puisque la bibliothèque est installée en sous-sol de l’aile de Flore. Les voûtes sont certes très belles (le lieu servait autrefois de passage souterrain entre le palais des Tuileries et celui du Louvre), mais le manque de lumière est criant, sans parler des vues sur l’extérieur, qui donnent sur des murs. À cet espace très enclavé, Heleen Hart a voulu apporter plus de clarté, grâce à des miroirs. Presque tout le mobilier a été fait sur mesure en chêne clair, notamment de sublimes bibliothèques où, enfin, les étudiants peuvent se servir eux-mêmes. Différents coins sont désormais appropriables selon les besoins : isolé derrière un pan de bois, en groupe sur les gradins entre les volées d’escalier, en tailleur sur les fauteuils modulables…
Cette nouvelle bibliothèque témoigne ainsi du désir de l’École du Louvre de faire corps avec son temps. Après le choc du compte Instagram @OnLouvre, qui recensait durant la crise sanitaire des témoignages d’étudiants de l’école en souffrance, la directrice nous explique en avoir pris acte et vouloir bouleverser la pédagogie : elle a mis en place du tutorat (suivi par 200 élèves sur 300 en première année !) et créé une « Maison des élèves » en septembre 2021, pour héberger à bas coût et à quinze minutes de l’école les étudiants boursiers et/ou venant de loin, et ainsi tenter de leur épargner la corvée des petits boulots. Les lignes bougent, c’est désormais sûr, et ce sans céder un pouce aux ambitions d’excellence. Rendez-vous dans dix ans, pour un nouveau bilan à l’occasion des 150 ans !
École du Louvre
Cour Carrée, 2S Pl. du Carrousel Porte Jaujard • 75001 Paris
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