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Répétitions de Marlène Saldana et Frank Willens pour “La Ronde” au Grand Palais
Photo © Marc Domage, Rmn – Grand Palais
« Que la maison est grande ! » L’exclamation de Marlène Saldana est d’autant plus justifiée que la nef du Grand Palais semble plus vide que jamais, seulement envahie par le froid de janvier. Pas de foire ou d’exposant, pas d’œuvre monumentale ou de décor de défilé… Juste des corps, des duos, qui s’agencent et se succèdent. La scène qu’interprète la comédienne avec Johan Leysen, « Le jeune monsieur et la jeune femme », est librement inspirée de La Ronde d’Arthur Schnitzler. Cette pièce, qui a aussi donné son nom à l’ensemble de la proposition de Boris Charmatz, est strictement contemporaine à la construction du Grand Palais en 1900. Composée de saynètes, elle raconte comment des personnages très différents, issus de toutes les classes de la société, sont liés entre eux à leur insu par des rapports amoureux. Si l’on voulait poursuivre le parallèle entre les deux époques, on rappellera qu’au début du XXe siècle, la syphilis faisait encore rage sans que l’on parvienne à enrayer les contaminations…
Le chorégraphe Boris Charmatz invité au Grand Palais
Photo © Marc Domage, Rmn – Grand Palais
L’édifice Belle Époque devient ainsi, selon les mots du chorégraphe, « un écrin gigantesque aux désirs les plus intimes ».
Pour le chorégraphe Boris Charmatz, habitué à faire entrer le spectacle vivant dans les musées et à occuper la place publique, le Grand Palais était un nouveau défi, d’autant plus dans un contexte sanitaire qui l’a poussé à revoir plusieurs fois ses plans. « La distanciation physique c’est l’inverse de la danse » explique-t-il avant de parler de la forme de sa proposition : une succession de 3h30 de duos joués et répétés sur une boucle de 11h. Le duo s’imposait d’autant plus dans une période où l’on est isolé, et où les contacts et effusions physiques sont proscrits. Comme une réponse vivante aux restrictions, on se court après, on se colle l’un contre l’autre, on fait des portées, voire on s’embrasse très longuement. L’édifice Belle Époque devient ainsi, selon les mots du chorégraphe, « un écrin gigantesque aux désirs les plus intimes ».
Le tournage débute en plein milieu de l’après-midi avec une interprétation de Herses par Boris Charmatz et Johanna Elisa Lemke ; la même pièce sur laquelle s’achèvera La Ronde sous une coupole illuminée. À cheval entre jour et nuit, les 20 interprètes à la fois musiciens, danseurs et comédiens nous entraînent dans les divers recoins du palais ; contre une porte dans une scène intime où il est question de désir ; dans les escaliers pour une escalade chantée. Toutes les démarches sont permises.
À gauche: Boris Charmatz et Emmanuelle Huynh. À droite : Boris Charmatz et Johanna Lemke au Grand Palais
© Damien Meyer
En associant ses propres créations aux répertoires classiques et modernes, avec des séquences signées Noureev ou Forsythe, Boris Charmatz propose un spectacle pluriel. Accentuées par le ballet mécanique des bras télescopiques et autres caméras de France Télévisions, les transitions entre les solos sont parfois abruptes. À chaque fois, un interprète part et l’autre reste, chassé par le nouveau venu. Ses moments induisent des ruptures de styles, qui musicalement nous amènent de Sexy Sushi à Bach et de la musique minimale au chant baroque. La proposition trouve toutefois son équilibre dans les continuités et les solidarités qu’elle invente.
De génération différentes, de pratiques différentes, les interprètes créent un riche maillage. On pourrait parler d’une dimension manifeste dans cette façon de mettre en scène une diversité ; rien n’est plus beau que la main tendue entre Letizia Galloni, danseuse à l’Opéra de Paris et Clément Delliaux de la Compagnie de l’Oiseau mouche, premier centre d’aide à des personnes en situation de handicap mental par le travail artistique. La Ronde montre que le spectacle continue et que l’art vivant se perpétue, même à destination des écrans.
"La Ronde" de Boris Charmatz
Spectacle diffusé le 12 mars 2021 à 20h50 sur France 5
En écho à La Ronde, Boris Charmatz a également pensé une proposition participative pour le Grand Palais Éphèmére installé sur le Champ-de-Mars. La Tempête devrait ainsi se tenir le 16 mai prochain – sous réserve des nouvelles mesures sanitaires.
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