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REPORTAGE

Une journée avec les élèves amateurs des Beaux-Arts de Paris

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Publié le , mis à jour le
Si les cours publics sont une tradition ancestrale de l’École des beaux-arts de Paris, la Nouvelle Académie des Amateurs fait souffler depuis quelques mois un vent frais sur l’exercice. Nous nous sommes glissés dans une salle de cours, un mercredi après-midi. Récit.
La Nouvelle Académie des Amateurs à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris
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La Nouvelle Académie des Amateurs à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris

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© Adrien Thibault

Une journée de juin, étouffante avec ses 33 degrés précédant l’orage. Dans la chapelle de l’École des beaux-arts, l’atmosphère est bien plus douce qu’à l’extérieur. Un petit groupe (des jeunes filles, quelques retraités, un homme d’âge moyen) se prépare. L’une s’appuie sur un grand chevalet prêté par l’école, d’autres sortent de grandes feuilles d’un carton à dessin. Nous discutons un instant avec Maryline Genest, qui va diriger pendant deux heures ces quelques élèves amateurs. Déjà, la sérénité du lieu nous donne l’impression d’une bulle de calme, à l’écart du monde. La chapelle est superbe, ses murs sont couverts de toiles et de bas-reliefs, et ses sols de sculptures. Autant de copies d’œuvres célèbres, qui donnent l’impression que les grands maîtres français et italiens (Michel-Ange !) veillent sur les dessinateurs en herbe.

La Nouvelle Académie des Amateurs à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris
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© Adrien Thibault

Maryline, comme une grande partie des professeurs de la Nouvelle Académie des Amateurs, est elle-même passée par l’École, dont elle est sortie diplômée en 1991 ; elle a travaillé un peu en psychiatrie et forme depuis 20 ans les artistes amateurs. En deux mots, avant que le cours ne débute pour de bon, elle nous souffle son amour de la transmission, son plaisir de partager la « vie d’atelier » avec des adultes qui ont déjà un parcours, grâce à un « enseignement général et particulier ». L’objectif ? « Que chacun trouve son propre trait. » Et provoquer une prise de conscience : « C’est tout notre corps qui dessine : cette découverte va à l’encontre de tout ce qu’on apprend depuis l’école maternelle ! ».

Ici, on n’apprendra donc pas à faire un beau dessin, mais à se forger un style. Cette Nouvelle Académie des Amateurs veut se rapprocher au plus près du fonctionnement si singulier des Beaux-Arts, en s’inspirant à la fois de la variété de ses pratiques (dessin d’après modèle vivant, morphologie, portraits, paysages, storyboard…) et de son fonctionnement en atelier, dans ses plus belles salles (chapelle, amphithéâtres…). Certains cours profitent de l’exceptionnel fonds de 450 000 œuvres – dont la plus importante collection de dessins de France après celle du musée du Louvre. D’autres s’exportent en plein air, comme « Dessiner la ville » ; à la rentrée, le site de Saint-Ouen sera également investi.

La Nouvelle Académie des Amateurs à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris
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La Nouvelle Académie des Amateurs à l’École nationale des Beaux-Arts de Paris

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© Adrien Thibault

Mais chut, le cours va bientôt commencer. Le thème ? « Dessiner le corps en mouvement. » La modèle s’appelle Cosetta, elle est danseuse, porte une jupe vaporeuse, marche pieds nus sur le sol. Joyeuse, elle annonce une bonne nouvelle : dès demain, le port du masque ne sera plus obligatoire dans l’espace public. Ici, bien sûr, tout le monde le porte. Elle semble s’entendre à merveille avec Maryline, qui explique en préambule : « Saisir le fugitif, je ne peux pas vous apprendre ça. » En revanche, « apprendre à voir et prendre le temps de voir », voilà ce qu’on tentera d’apprivoiser durant deux heures. Elle parle des appuis du corps, du premier coup de crayon qu’il ne faut pas gommer, de cette légère caresse que « petit à petit, j’affirme ». C’est parti pour cinq minutes de pose, avec, pour fond sonore, une musique très douce qui encourage la concentration.

La grande verrière de l’école des Beaux-Arts
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La grande verrière de l’école des Beaux-Arts

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© Markus Schilder

Maryline s’approche de certains élèves, leur glisse quelques conseils, s’empare de leur crayon pour figurer en quelques traits une silhouette. Puis, la sonnerie d’un réveil résonne dans l’espace, il est temps de changer de pose. L’exercice évoluera au fur et à mesure du cours : il faudra dessiner un corps immobile, observer une pose sans crayon afin de faire travailler la mémoire, saisir une danse de plusieurs minutes. Et pendant le quart d’heure de pause de la modèle, les huit élèves dessineront les sculptures qui les entourent – à bien y regarder, ce ne sont ici encore que des corps, musculeux, nus, drapés, figés dans leur mouvement.

Si parfois les conseils nous semblent difficiles à suivre (« Il ne faut pas chercher à représenter mais à être avec le corps de l’autre »), l’ensemble est très porteur ; on observe, avec notre œil indiscret, que les traits s’affirment, les dessins sont de plus en plus maîtrisés. Et c’est déjà la fin. « La prochaine fois, je vous obligerai à bouger ! Parce que là, le modèle bouge mais vous ne bougez pas. » Nous saluons Maryline, puis courrons passer une tête dans l’atelier de morphologie, histoire de voir un autre prof’, un autre thème.

Ancien élève lui aussi, Laurent Okroglic fait cours face à un homme nu, tendu dans une longue pose de 15 minutes qui bande ses muscles. À une jeune femme, il remarque : « Vous avez pris un point de vue plus facile intellectuellement et vous avez cessé d’observer. » Il corrige, donne quelques conseils précis. Ici, l’atmosphère est plus studieuse, plus concentrée. À chacun son style, cela vaut aussi pour les profs ! En partant, retraversant la si belle cour de l’École, l’émotion créative demeure ; et c’est attentif aux corps des autres que l’on reprend, imprégné, le métro brinquebalant.

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