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Art vidéo : les femmes maudites de Lou Chenivesse

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Publié le , mis à jour le

Voilà une intrigue mordante : à l’aube, au milieu d’un champ, un étrange rituel se profile. Une femme nue étendue au sol se voit recouvrir de plâtre, transformée en gisant à l’antique. Au programme : ni thriller ni polar, mais une fiction expérimentale qui explore les thèmes de la maternité, des pulsions meurtrières et des rites funéraires.

Avec Je m’en vais aux portes de ton tombeau, Lou Chenivesse (née en 1994 à Paris) se glisse dans la peau de sa grand-mère, Hélène, dernière d’une lignée de femmes « maudites » condamnées pendant cinq générations à perdre leurs enfants en couche et à mourir jeunes.

Un mélange d’épouvante et d’envoûtement

Raconter une vie frappée de désespoir sans tomber dans le pathos n’est pas chose aisée. Pour que le charme opère, la réalisatrice a plongé son personnage dans la pénombre. Dans une scène, on s’étonne de la voir attablée seule au cœur de la forêt, quand dans une suivante, sa fausse couche sanglante provoque tristesse et haut-le-cœur. La particularité du film tient à son constant décalage entre horreur, beauté et légèreté, suggérés par des jeux de clair-obscur et des dédoublements obtenus par d’astucieux miroirs.

Tableaux vivants

Les multiples références esthétiques du film, des peintures préraphaélites aux tableaux les plus cinglants de la surréaliste Leonora Carrington, donnent aux scènes des airs de tableaux vivants. Nous ne sommes donc pas à une loufoquerie près : dans les dernières minutes du film, voilà que surgit l’exacte réplique de la protagoniste, reconstituée en 3D sous la forme d’un « gisant 2.0 ». Grâce à son genre inclassable – aux confluents du récit autobiographique, de la fiction et de l’expérimentation, le film parvient à toucher au-delà de son sujet, abordant aussi bien le deuil que le féminisme et les questions de genre.

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Je m’en vais aux portes de ton tombeau

réalisé par Lou Chenivesse

2024 · 20 min

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Panorama 26 - Toute ressemblance avec la réalité n'est pas une pure coïncidence

Du 20 septembre 2024 au 5 janvier 2025

www.lefresnoy.net

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