Surréaliste britannico-mexicaine, Leonora Carrington (1917–2011) est une peintre, romancière, sculptrice, militante, qui laisse une œuvre riche et complexe. Sur un canevas largement autobiographique, l’artiste a développé une œuvre autant marquée par le rêve que par la tragédie. Elle met en scène sa douleur, son bonheur, la magie et le mystère de la vie dans des scènes pleine d’excentricité et de profondeur fantastique. Amante de Max Ernst dans les années 1930, Carrington s’est construit un destin personnel, refusant de devenir la muse de quiconque, échappant au rôle que les surréalistes accordaient le plus souvent aux femmes.
Leonora Carrington devant sa toile « La Tentation de Saint-Antoine », 1945
Coll. MoMA New York
« Je n’avais pas le temps d’être la muse de qui que ce soit… J’étais trop occupée à me rebeller contre ma famille et à apprendre à être une artiste. »
Une rebelle à la vocation précoce
Leonora Carrington est née en Angleterre dans une famille d’industriels d’origine irlandaise. Sa famille est riche et la jeune fille reçoit une excellente éducation, mais montre très jeune un caractère rebelle et indépendant. Rétive à l’enseignement catholique, elle est envoyée à Florence, en Italie, pour y suivre des cours dans une académie d’art. En effet, dès l’âge de dix ans, soutenue par sa mère, Leonora veut devenir artiste.
De l’Angleterre à la France : la rencontre avec les surréalistes
Revenue à Londres dans les années 1930, Leonora Carrington fréquente plusieurs écoles d’art. Elle se rapproche d’artistes et d’écrivains, en particulier surréalistes. En 1936, la jeune femme fait la connaissance de Max Ernst. Ils deviennent amis et amants, et s’installent tous les deux dans le sud de la France, produisant des œuvres communes, des sculptures notamment.
Un couple phare avec Max Ernst
Carrington, qui fréquente les amis de Ernst (Paul Éluard, Leonor Fini, André Breton…) aborde elle-même le surréalisme en 1937, en tant qu’artiste peintre à part entière. La Seconde Guerre mondiale sépare le couple. Carrington s’exile en Espagne et souffre de la fin de cette histoire d’amour. Elle subit une terrible dépression, traitée par des électrochocs. Des souffrances qu’elle rapportera dans un roman intitulé En bas (1973).
L’exil au Mexique
Grâce à un mariage blanc avec un ambassadeur, Carrington parvient à s’exiler au Mexique. Elle y passe la majeure partie de sa vie. Son œuvre est très largement d’inspiration biographique, mêlant des références à l’imaginaire, au symbolisme. À Mexico, elle se lie à la peintre Remedios Varo et à la photographe Kati Horna. À 28 ans, elle entame une relation avec le photographe hongrois Emeric « Chiki » Weisz qui deviendra son époux.
La reconnaissance
Dans les années 1960, Carrington devient une artiste reconnue et expose au musée national d’Art moderne de Mexico. Pour le musée national d’Anthropologie à Mexico, elle peint une grande fresque intitulée Le Monde magique des Mayas.
Une vie de militante
Tout en poursuivant son travail d’écriture, de sculpture et de peinture, elle s’investit, dans les années 1970, pour défendre le droit des femmes mexicaines. Elle devient mère de deux fils. Dans les années 2000, de grandes rétrospectives sont organisées à Londres, Mexico, Dallas…
Mort à 94 ans
Leonora Carrington décède à l’âge de 94 ans, après une longue bataille contre la pneumonie. En 2021, sa maison à Mexico a été convertie en musée.
Leonora Carrington, Autoportrait, vers 1937
Huile sur toile • 65 × 81,3 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Art, New York • © ADAGP, Paris 2023 / The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN Grand Palais / The MMA
Autoportrait, 1937–1938
Dans ce curieux autoportrait, Leonora Carrington se représente les cheveux hirsutes, assise sur un fauteuil, dans une pièce qui a tout d’une scène de théâtre. Une hyène caracole devant elle, un cheval à bascule vole derrière elle. Depuis la fenêtre, un cheval au galop semble exprimer ce désir de liberté dont la jeune femme est privée, comme prisonnière d’une réalité sclérosante, entre rêve et cauchemar.
Leonora Carrington, Pendule à la cuisine, 1943
Aquarelle, gouache et crayon sur papier de couleur • 41,9 × 35,2 cm • Coll. MoMA, New York • © Leonora Carrington / ADAGP, Paris 2023
Pendule à la cuisine, 1943
Cette œuvre graphique témoigne de la fascination de Carrington pour tout ce qui touche au domaine de l’alchimie, et par extension de l’art culinaire. Pour elle, la cuisine prenait l’allure d’un grand laboratoire, mêlant le vivant et la mort, l’univers domestique à celui du rêve. Un corbeau menaçant, une tête coupée, un nid d’œufs prêts à éclore illustrent le grand mélange fantastique, caractéristique du surréalisme de Carrington.
Leonora Carrington, Et puis nous avons vu la fille du Minotaure, 1953
Huile sur toile • 60 × 70 cm • Coll. MoMA, New York • © Leonora Carrington / ADAGP, Paris 2023
Et puis nous avons vu la fille du Minotaure, 1953
Adepte des personnages hybrides, du réalisme magique, de littérature fantastique, Carrington n’a jamais perdu le lien avec le thème de l’enfance. Lewis Carroll, notamment, est l’un de ses auteurs de prédilection. Dans cette toile surréaliste, elle représente ses deux jeunes enfants, entourés d’étranges personnages et fascinés par une scène de divination incarnée par les boules de cristal.
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