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Anish Kapoor, Leviathan, 2011
Installation gonflable pour Monumenta au Grand Palais, Paris • © Adagp, Paris 2021 / © Didier Plowy / Tous droits réservés Monumenta 2011 , ministère de la Culture et de la Communication
Olafur Eliasson, The Weather Project, 2003
La plus crépusculaire
En 2003, un soleil géant, incandescent, irradie le Turbine Hall de la Tate Modern. Amplifié par un miroir installé au plafond, un demi-disque rougeoyant de quinze mètres de diamètre diffuse une lueur irréelle mêlée à une légère brume… plongeant les visiteurs dans une expérience sidérale ! Beaucoup s’allongent sur le sol, comme en apesanteur, ou terrassés par une puissance mystique. Apaisant ou apocalyptique ? Entre coucher de soleil de carte postale et atmosphère de fin de monde – les effets du réchauffement climatique ? –, l’artiste danois Olafur Eliasson (né en 1967), fasciné par les phénomènes naturels et les jeux de lumière, laisse chacun vivre sa propre expérience sensorielle !
Installation à la Tate Modern, Londres • © Olafur Eliasson
Leandro Erlich, The Swimming pool, 2004
La plus illusionniste
Déambuler, l’air de rien, au fond d’une piscine remplie d’eau en saluant ses amis restés au bord ? C’est possible grâce à l’astucieux Leandro Erlich (né 1973) ! As de l’illusion, l’artiste argentin attire les foules avec son bassin qui défie les lois de la physique. L’astuce ? Des parois et un sol peints en bleus, puis, en guise de « surface », 30 centimètres d’eau entre deux plaques de verre, recouverts d’une fine pellicule de liquide… assez pour imiter à la perfection un bassin rempli et une ambiance subaquatique grâce à des jeux de lumière dus à la réfraction. Un moment de pure poésie surréaliste à découvrir en deux versions, au musée Voorlinden (Pays-Bas) ou au musée d’art contemporain du XXIe siècle (Japon).
installation • Courtesy Leandro Erlich
Ai Weiwei, Sunflower Seeds, 2008-2010
La plus collective
1600 artisans de la ville chinoise de Jingdezhen ont travaillé durant plus de deux ans pour fabriquer et peindre à la main ces 100 millions de graines de tournesol en porcelaine, toutes uniques, étalées en une couche de 10 cm sur 3 400 m² dans le Turbine Hall de la Tate Modern en 2010 – et sur laquelle les visiteurs pouvaient marcher avant que le musée ne renonce en raison de la poussière générée ! L’initiateur de ce projet fou ? L’artiste chinois dissident Ai Weiwei (né en 1957) qui, par cette mise en valeur de l’artisanat de son pays, réinterroge le phénomène du « Made in China ». Et surtout la place de l’individu dans cette nation de plus d’un milliard d’habitants, priés par leurs dirigeants de se fondre dans la masse…
installation comprenant 100 millions de graines de tournesol en porcelaine peintes à la main, empilées sur 10 cm de hauteur sur une surface de 3 400 m2 • © Tate Modern, Londres
Richard Serra, La Matière du Temps, 1994-2005
La plus labyrinthique
Seraient-ce les créations d’un chocolatier fou ? Ces hautes et fines cloisons brunes, qui serpentent en vagues et en spirales, sont en réalité des plaques d’acier oxydé, installées par Richard Serra (né en 1939) dans une longue et gigantesque salle du Guggenheim Bilbao. À l’architecture audacieuse du musée répond celle de cet élégant labyrinthe que l’on peut observer depuis un balcon ou arpenter au sol, en se laissant happer entre les parois, au fur et à mesure que les couloirs interminables ondulent, bifurquent et rétrécissent, pour un effet parfois légèrement oppressant… mais surtout hypnotique. L’espace prend alors une tout autre dimension.
acier patinable, huit sculptures • Coll. Guggenheim, Bilbao • © Hémis / © Adagp, Paris 2021
Christian Boltanski, Personnes, 2010
La plus glaçante
Présentée en hiver 2010 sous l’immense verrière du Grand Palais, cette œuvre de Christian Boltanski (né en 1944) hante encore les visiteurs de Monumenta. Des battements de cœur résonnent dans un froid polaire. Au sol, des carrés de vêtements, méthodiquement délimités par des poteaux métalliques, s’étendent à perte de vue. Au fond, une grue pioche dans un monticule d’habits de 25 mètres de haut. L’artiste français, dont le père a – contrairement à d’autres membres de sa famille – réchappé de peu à la Shoah, livre une évocation glaçante des objets pillés que les nazis empilaient avec la même froideur que les corps de leurs victimes… mais aussi une réflexion plus vaste sur l’absurdité de la mort, la perte, l’absence et la présence. Et, surtout, l’importance de la mémoire.
installation lors de Monumenta au Grand Palais, Paris • © Adagp, Paris 2021 / © Tous droits réservés Monumenta 2010, ministère de la Culture et de la Communication / photo Didier Plowy.
Yayoi Kusama, Infinity Mirror Room – Fireflies on Water, 2000
La plus féérique
Connue pour son obsession des pois, l’artiste japonaise Yayoi Kusama (née en 1929) a conquis le monde entier avec ses Infinity mirror rooms : de petites pièces entièrement tapissées de miroirs qui nous plongent dans un décor infini grâce à la magie de l’optique. La tout première, Phalli’s Field – d’étranges champignons gonflables à pois rouges répétés à perte de vue – date de 1965. Mais c’est en 2000 que le concept décolle avec ses Lucioles sur l’eau, désormais visibles au musée des beaux-arts de Nancy – quelques ampoules multicolores suspendues dans une pièce obscure et reflétées, au sol, sur une fine pellicule d’eau. Un rêve éveillé qui nous fait nous sentir bien petits, perdus au milieu d’une nuée d’étoiles scintillantes !
Installation, matériaux mixtes • Coll. musée des Beaux-Arts de Nancy, dépôt du FNAC • © Ville de Nancy / © Yayoi Kusama
Maurizio Cattelan, La Nona Ora, 1999
La plus insolente
Coup dur pour le pape et l’Église catholique. Allongé sur un tapis écarlate, un Jean-Paul II réaliste en cire, vêtu de sa soutane et férule à la main, vient de se faire écraser par une météorite ! La géniale simplicité de l’œuvre, présentée en 1999 dans l’exposition « Apocalypse » à la Royal Academy de Londres, fait l’effet d’une bombe. Fidèle à son goût pour l’humour noir et la provocation, l’artiste italien Maurizio Cattelan (né en 1960) représente la religion rattrapée par la science, frappée de plein fouet par la dureté prosaïque du réel. La spiritualité vit-elle ses dernières heures ? Pas forcément puisque certains, au nom de leur foi, nient toujours le véritable âge de la Terre ou l’existence des dinosaures…
Résine polyester, cheveux naturels, accessoires, pierre, moquette • dimensions variables • Courtesy Zeno Zotti & Perrotin, Paris-New York-Shanghaï
James Turrell, Meeting, 1980-1986 / 2016
La plus méditative
Isoler un échantillon de ciel et le présenter comme une œuvre artistique ? C’est le concept poétique (et culotté) des Skyspaces que l’artiste américain James Turrell (né en 1943) dissémine dans le monde entier depuis les années 1970 ! Proposant toutes une ambiance différente, ces pièces carrées, rectangulaires ou circulaires, tantôt monacales et tantôt colorées, possèdent un point commun : une ouverture au plafond pour contempler le ciel, ses nuages et ses variations chromatiques au fil du jour. De l’extérieur, certaines de ces constructions évoquent d’étranges temples mayas ou des vaisseaux spatiaux. Une capsule de méditation d’une fabuleuse simplicité !
installation • Photo Pablo Enrique / Courtesy MoMA PS1, New York
Christo & Jeanne-Claude, L’empaquetage du Reichstag à Berlin, 1995
La plus emballante
Christo (1935–2020) et Jeanne-Claude (1935–2009) sont entrés, en couple, dans la légende avec leurs gigantesques (et folles) réalisations éphémères et autofinancées : des jetées flottantes, une muraille de nylon de 37 kilomètres… et surtout leurs empaquetages de monuments ! Après le Pont Neuf à Paris (1985), la vision surréaliste du Reichstag de Berlin (1995), emballé comme un cadeau avec 100 000 m² de tissu argenté après 20 ans de pourparlers avec les autorités allemandes, attire des millions de personnes durant ses deux semaines de vie. Repoussé en raison de la pandémie, l’empaquetage de l’Arc de Triomphe devrait, lui, être réalisé de manière posthume à l’automne 2021.
polypropylène et aluminium • © Wolfgang Volz / LAIF-REA
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La plus gonflée
Comment oublier cette créature boursouflée qui a poussé sous la verrière du Grand Palais ? Malgré ses 13 000 m² et ses 45 mètres de haut, l’espace paraît soudain trop petit pour contenir les courbes de cette gigantesque structure gonflable couleur aubergine, introduite dans le bâtiment par Anish Kapoor (né en 1954) pour l’édition 2011 de Monumenta, qui permet régulièrement à un artiste d’en investir la nef ! En six semaines, 290 000 visiteurs ont afflué dans le ventre rouge et caverneux de cet étrange monstre qui, pour le plasticien d’origine indienne, représente une grande force archaïque et obscure. Et incarne, pour d’autres, la démesure des stars de l’art contemporain…