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MAMC+ de Saint-Étienne

Pourquoi faut-il (plus que jamais) s’inspirer de l’Arte Povera

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Des œuvres tissées de sublime, oui, mais surtout des actions poétiques, des nuits de fête et des célébrations du quotidien. L’Arte Povera, mouvement culte né dans l’Italie des années 60, est relu par le MAMC+ de Saint-Étienne à l’aune de ses (très) nombreuses archives. L’idée ? Mettre en valeur l’appétit pour l’expérience de ces artistes, qui nous incitent, aujourd’hui plus que jamais, à « entrer dans l’œuvre » et à restaurer un rapport poétique, actif, attentif au monde.
Giovanni Anselmo, Entrare nell’opera
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Giovanni Anselmo, Entrare nell’opera, 1971

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Tirage noir et blanc sur toile • 336 x 491 cm • Coll. Fundação de Serralves - Museu de Arte Contemporânea, Porto, Portugal • Courtesy & © Giovanni Anselmo / Photo Aurélien Mole

Il y a Marisa Merz qui tricote de tout petits chaussons, assise dans l’igloo de son célèbre mari Mario ; il y a Emilio Prini et ses gestes infimes, comme écrire sur la poussière, adopter quelques postures. Il y a aussi Giuseppe Penone, qui place une main sculptée sur un arbre, ou encore Eliseo Mattiacci qui organise un ballet de parapluies. Autant d’actions, plus ou moins modestes, abondamment documentées par les photographes qui suivaient de près les artistes de l’Arte Povera. Ces images en noir et blanc, qu’on appelle aujourd’hui archives, sont éclatantes de vie – et donnent à voir des performances entières, grâce à des prises de vue en séquence. Quelle émotion !

Difficile alors de ne pas se rendre compte d’une évidence : intimement liés aux arts du théâtre et de la danse qu’ils côtoyaient jusque dans l’espace de leurs galeries (le nom « Arte Povera » fut d’ailleurs emprunté par le critique d’art italien Germano Celant au théâtre de Jerzy Grotowski, maître du dénuement), les artistes de l’Arte Povera ont voulu privilégier l’action à l’œuvre marchande. Casser les hiérarchies entre les arts, travailler avec peu de moyens et interagir avec un public convié à toutes sortes d’événements : voilà ce qui constitue la sève brûlante des quatorze artistes de l’Arte Povera réunis par le MAMC+, certains devenus superstars de l’art – comme Jannis Kounellis, récemment exposé à la Fondation Prada de Venise –, d’autres tombés dans l’oubli.

Vues de l’exposition « Entrare nell’opera – Entrer dans l’œuvre » au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. De gauche à droite : Gilberto Zorio, “Odio” ; Gilberto Zorio, “Arco voltaico” ; Mario Merz, “Senza titolo” ; Michelangelo Pistoletto, “Mappamondo” ; Luciano Fabro, “Buco” ; Giuseppe Penone, “Albero di cinque metri”
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Vues de l’exposition « Entrare nell’opera – Entrer dans l’œuvre » au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. De gauche à droite : Gilberto Zorio, “Odio” ; Gilberto Zorio, “Arco voltaico” ; Mario Merz, “Senza titolo” ; Michelangelo Pistoletto, “Mappamondo” ; Luciano Fabro, “Buco” ; Giuseppe Penone, “Albero di cinque metri”

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© ADAGP Paris 2020 / Photo Aurélien Mole

Il y a chez ces artistes une soif d’expérimentations formelles qui s’exprime dans des travaux au processus simple, mais tissé de sublime.

Nous sommes à la fin des années 60, auprès d’une génération de jeunes artistes nés sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale. Tous sont jeunes, ont des envies de fêtes, de réunions, et dédaignent les objets industriels si chers à leurs confrères du pop art. Alexandre Quoi, co-commissaire de l’exposition, parle avec animation d’une « émulation des arts », d’un « état d’esprit libertaire ». Il y a chez ces artistes une soif d’expérimentations formelles qui s’exprime dans des travaux au processus simple, mais tissé de sublime. C’est par exemple Alighiero Boetti qui, en 1972, confie à un homme et une femme le soin de recouvrir entièrement une surface blanche à l’aide d’un stylo à bille bleu (fastidieux !), et de simplement laisser apparaître quelques virgules sous un alphabet pour qu’apparaisse le message : « Mettere al mondo il mondo » (« Mettre au monde le monde »). Tout est dit : le rapport au temps long – même pour le spectateur, qui doit lentement déchiffrer la phrase éparse –, la poésie et la fécondité totale du propos. C’est aussi lui qui s’emploie à écrire avec les deux mains en même temps, formant ainsi une ligne de mots au bout de chacun de ses bras. Lui encore qui conçoit des robes en plastique où nagent des poissons pour des mannequins qui défilent au Piper Club, lieu fétiche des artistes de l’Arte Povera à Turin.

Vue de l’exposition « Entrare nell’opera – Entrer dans l’œuvre » au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. De gauche à droite : Eliseo Mattiacci, « Impatto » ; Pier Paolo Calzolari, « Un flauto dolce per farmi suonare » ; Alighiero Boetti, « Mettere al mondo il mondo »
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Vue de l’exposition « Entrare nell’opera – Entrer dans l’œuvre » au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. De gauche à droite : Eliseo Mattiacci, « Impatto » ; Pier Paolo Calzolari, « Un flauto dolce per farmi suonare » ; Alighiero Boetti, « Mettere al mondo il mondo »

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© ADAGP Paris 2020 / Photo Aurélien Mole

L’Arte Povera invite à « entrer dans l’œuvre », presque comme on entrerait en religion, c’est-à-dire en se laissant entièrement saisir.

Dans ce club à la durée éphémère (de 1966 à 1969), Michelangelo Pistoletto expose lors d’une performance ses fameux miroirs peints, dans lesquels les danseurs se mêlent aux figures figées. Le titre de l’exposition du MAMC+ prend alors tout son sens : l’Arte Povera invite à « entrer dans l’œuvre » (« Entrare nell’opera  »), presque comme on entrerait en religion, c’est-à-dire en se laissant entièrement saisir – cette fois-ci par la dimension performative de l’art et sa richesse sémantique. C’est pourquoi les deux dernières sections de l’exposition, après avoir exploré (dans une scénographie brillante et vivante) trois cents documents d’archives, permettent aux visiteurs d’entrer en interaction avec les œuvres.

Vue de l’exposition « Entrare nell’opera – Entrer dans l’œuvre » au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. De gauche à droite : Gilberto Zorio, “Microfoni” ; Luciano Fabro, “In cubo” ; Michelangelo Pistoletto, “Quadro da pranzo” ; Michelangelo Pistoletto, “Pozzo-cartone e specchio”
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Vue de l’exposition « Entrare nell’opera – Entrer dans l’œuvre » au musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. De gauche à droite : Gilberto Zorio, “Microfoni” ; Luciano Fabro, “In cubo” ; Michelangelo Pistoletto, “Quadro da pranzo” ; Michelangelo Pistoletto, “Pozzo-cartone e specchio”

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© ADAGP Paris 2020 / Photo Aurélien Mole

Pénétrer sous le cube blanc de Luciano Fabro pour se trouver, tout d’un coup, isolé du monde, seul avec ses pensées. Ou chuchoter dans les micros de Gilberto Zorio, pour entendre sa propre voix se répéter comme un écho et ainsi laisser traîner dans l’air « une trace de soi décuplée », souffle Alexandre Quoi. Ou encore frapper, à l’aide d’un marteau, une plaque de métal pour y imprimer le mot « essere » (« être ») d’Eliseo Mattiacci, s’asseoir un instant à une table pour discuter avec quelqu’un (Michelangelo Pistoletto)… Autant d’invitations à faire attention à soi et à son empreinte, à son voisin et à son environnement, pour restaurer un rapport au monde poétique, actif, attentif, qui se moque du monde marchand – nul doute, évidemment, que cet apprentissage fait encore sens aujourd’hui.

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Entrare nell’opera - Actions et processus dans l’Arte Povera

Du 30 novembre 2019 au 3 mai 2020

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