Jan van Eyck, Sainte Barbe, 1437
huile sur panneau • 34 x 18,5 cm • Coll. musée royal des Beaux-Arts, Anvers
Léonard de Vinci, Saint Jérome, 1480-1482
Le plus troublant
C’est l’une des œuvres les plus troublantes de Léonard de Vinci. Pourquoi ? Parce que ce Saint Jérôme dans le désert, toile inachevée sur laquelle cohabitent plusieurs stades de réalisation, a récemment permis de lever le voile sur la technique du maître de la Renaissance. Pour ce faire, l’œuvre est passée entre les mains de scientifiques, qui ont réalisé une batterie d’analyses (prélèvements, réflectographie infrarouge, macrophotographie…). Ils ont ainsi pu démontrer, notamment grâce à la présence d’empreintes digitales, que l’artiste avait utilisé ses doigts et la paume de sa main pour étaler les pigments et créer de subtils effets de flou…
huile sur panneau de bois • 103 × 75 cm • Coll. Pinacothèque vaticane • © Bridgeman Images
Michel-Ange, Madone de Manchester, vers 1497
Le plus pieux
Autre merveilleux exemple de non finito de la Renaissance, cette Vierge à l’Enfant fait partie des joyaux de la National Gallery. Réalisée par Michel-Ange vers 1497, l’œuvre, également appelée la Madone de Manchester, figure Marie et Jésus entourés de Saint Jean-Baptiste et d’anges. La partie gauche de la composition, beaucoup moins aboutie, laisse apparaître deux mystérieuses silhouettes, laissées en réserve. Le maître de la Renaissance a aussi laissé derrière lui de nombreux marbres inachevés.
tempera sur bois • 105 x 76 cm • Coll. National Gallery, Londres
Antoni Gaudí, La Sagrada Família à Barcelone, 1882 - chantier en cours
Le plus monumental
Icône de la ville de Barcelone, la Sagrada Família est le grand chef-d’œuvre inachevé d’Antoni Gaudí, pape du modernisme catalan. Mélange d’Art nouveau et de gothique ibérique, son décor extravagant multiplie les références à la nature et les formes géométriques. En novembre dernier, l’Espagne célébrait l’achèvement des quatre tours des évangélistes. Initiée en 1882, la construction de cette folie architecturale devrait s’achever en 2026.
Béton, pierre, bois et verre. • 172 m de haut • © Ludovic Maisant / hémis
Horace Vernet, La Prise de Tanger, 1848
Le plus orientaliste
Cet hiver, le château de Versailles met à l’honneur le grand peintre d’histoire Horace Vernet et donne aux visiteurs l’occasion d’admirer, parmi près de 200 œuvres, cette monumentale toile inachevée : La Prise de Tanger. Commencée en 1847 après une commande du roi Louis-Philippe pour la salle du Maroc du château, la réalisation de cette œuvre n’a pas pu aboutir en raison de la révolution de 1848. Un tableau exceptionnel qui montre que l’artiste commençait toujours par peindre dans un coin ou un côté de la toile.
huile sur toile • 500 x 1 050 cm • Coll. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Jacques-Louis David, Portrait de madame Récamier, 1800
Le plus jaloux
L’aviez-vous remarqué ? Ce délicat portrait de madame Récamier par Jacques-Louis David, chef-d’œuvre des collections du musée du Louvre, est en fait inachevé ! La raison : piqué de jalousie, le peintre n’aurait pas apprécié que la jeune salonnière, réputée pour son esprit éclairé et sa beauté, fasse appel à François Gérard pour un autre portrait. « Madame, les femmes ont leurs caprices, les artistes aussi. Laissez-moi satisfaire le mien. Je laisse votre portrait dans l’état où il se trouve », aurait-il écrit à la jeune commanditaire !
huile sur toile • 174 × 224 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
Vincent van Gogh, Racines, 1890
Le plus émouvant
Le 27 juillet 1890, Vincent van Gogh, qui séjournait à Auvers-sur-Oise, se tire une balle dans le cœur. Quelques heures avant ce drame mortel, le peintre avait commencé une toile au motif plutôt inhabituel : des racines d’arbres noueuses, qui s’entremêlent parmi les feuillages et le taillis. Grâce au travail acharné de l’historien de l’art Wouter van der Veen, le site où a été peint le tableau a été redécouvert en 2020… Permettant ainsi d’éclairer sous un nouveau jour les derniers instants du peintre.
huile sur toile • 50 x 100 cm • Coll. musée Van Gogh, Amsterdam
Gustav Klimt, La Mariée, 1917-1918
Le plus Art nouveau
C’est le dernier grand chef-d’œuvre du maître de la Sécession viennoise. Restée inachevée, la Mariée fut retrouvée dans l’atelier du peintre après sa mort, survenue en 1918. L’œuvre, qui représente une jeune femme alanguie parmi un groupe de personnages enveloppés dans des étoffes colorées au motif Jugendstil, emblématiques de l’artiste, est le résultat de nombreux dessins et études, détaillés dans un carnet d’esquisses de 1917.
huile sur toile • 165 x 191 cm • Coll. particulière, Vienne • © Bridgeman Images
Édouard Manet, L’Enterrement, vers 1867
Le plus lugubre
Esquissée en larges coups de pinceaux, cette sinistre composition est certainement inspirée d’un triste épisode vécu par Édouard Manet : l’enterrement de son ami, le poète Charles Baudelaire, le 2 septembre 1867. Dans la partie inférieure du tableau, que l’artiste laissera inachevé, on devine le cortège funèbre, qui passe au pied d’arbres sombres sous un ciel des plus menaçants. La scène lugubre se déroule dans le quartier Mouffetard, à Paris : au loin, culmine la coupole du Panthéon, entourée par celle du Val-de-Grâce, de l’église Saint-Étienne-du-Mont et la tour Clovis du lycée Henri IV.
huile sur toile • 72,7 x 90,5 cm • Coll. & © The Metropolitan Museum of Art, New York
Keith Haring, Unfinished Painting, 1989
Le plus autobiographique
Lorsqu’il a entamé cette toile, Keith Haring le savait : ses jours étaient comptés. Mort quelque temps plus tard des complications liées au Sida, l’artiste engagé attire, avec Unfinished Painting, l’attention sur toutes les vies condamnées par cette épidémie dévastatrice. Seule une petite partie du tableau arbore les motifs graphiques caractéristiques de l’artiste, tandis que la peinture dégouline sur une large portion restée vierge : une œuvre déchirante, désarmante de pudeur face à la mort.
acrylique sur toile • 100 x 100 cm • Coll. particulière • © Keith Haring Foundation
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Le plus mystérieux
Aujourd’hui encore, le mystère reste entier. S’agit-il d’une œuvre inachevée ou bien d’une grisaille ? Jan van Eyck a emporté avec lui son secret… Réalisée en 1437 par le célèbre primitif flamand, cette œuvre délicate représente Barbe, vierge et martyre de l’Église catholique, lisant au pied d’une haute tour gothique en cours de construction. Il s’agit en fait de la prison dorée dans laquelle son père s’apprête à l’enfermer pour la préserver des regards et des convoitises. Dans sa main gauche, la jeune femme tient une palme, qui dans l’iconographie chrétienne est l’attribut des saints ayant subi le martyre.