Kehinde Wiley, Portrait de Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigéria (détail), 2023
huile sur lin • 244 x 183 cm • Photo Tanguy Beurdeley / Courtesy Kehinde Wiley et TEMPLON, Paris-Bruxelles-New York
Chatoyantes, les couleurs explosent dans la pénombre. Un tissu chamarré à motifs géométriques, un fond floral psychédélique ou un trône encadré de rideaux rouges servent de décors à des regards sévères et des poses solennelles. Sur ces portraits inédits aux dimensions monumentales, exposés dans un sombre dédale au musée du quai Branly, onze chefs d’État africains nous toisent…
Ces derniers ont accepté de poser pour le peintre Kehinde Wiley qui, depuis 2012, a sillonné en secret le continent pour aller à leur rencontre. Né en 1977 à Los Angeles d’une mère afro-américaine et d’un père nigérian, cet artiste d’origine modeste est devenu une star mondiale grâce à ses représentations éclatantes de célébrités ou d’anonymes d’ascendance africaine (dont l’ancien président américain Barack Obama en 2018), dans des poses et des compositions inspirées de la peinture classique occidentale. On retrouve ici son style habituel : des visages hyperréalistes sur des fonds pop au kitsch décoratif qui accrochent et charment l’œil.
Kehinde Wiley, À gauche, le portrait de Nana Akufo-Addo, président du Ghana. À droite, le portrait de Hery Rajaonarimampianina, ancien président de Madagascar, 2023
huiles sur toile • 244,5 x 183 cm / 274 x 231 cm • Photo Tanguy Beurdeley / Courtesy Kehinde Wiley et TEMPLON, Paris-Bruxelles-New York
Sauf que cette fois, le sujet ne fait pas l’unanimité. Car tout en les adaptant aux tons flamboyants de l’Afrique contemporaine, Wiley reprend les codes pompeux et majestueux du portrait royal et militaire européen (y compris équestre) pour représenter des gouvernants dont plusieurs sont des dictateurs décriés. Parmi eux, Denis Sassou-Nguesso, à la tête du Congo-Brazzaville depuis près de 40 ans, Paul Kagame, au pouvoir au Rwanda depuis 1994, et Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo.
En suivant de trop près les codes glorificateurs du portrait officiel, l’ensemble donne l’impression d’une œuvre de propagande qui provoque le malaise. « Ce projet ne consiste pas à récompenser des comportements, se défend l’artiste dans le guide de visite. Je suis à la fois neutre et passionné par le pouvoir, par les façons dont il peut être séduisant et étendu ». Une chose est sûre, Wiley n’aura pas laissé les visiteurs indifférents… Mais ne les aura pas non plus convaincus.
Kehinde Wiley. Dédale du pouvoir
Du 26 septembre 2023 au 14 janvier 2024
Musée du quai Branly - Jacques Chirac • 37, quai Branly • 75007 Paris
www.quaibranly.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique