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L’hyperréalisme en 2 minutes

En bref

Tendance artistique et esthétique apparue dans les années 1960 aux États-Unis, l’hyperréalisme caractérise des artistes peintres ou sculpteurs développant une approche illusionniste du sujet, sans pour autant chercher un réalisme de situation (ils jouent avec les échelles, les effets, les couleurs, la surprise). Certains défendent en effet une posture post-moderniste, cultivant à travers leurs œuvres une critique de l’absurdité de la société de consommation ou de la vie contemporaine. Les œuvres hyperréalistes souvent fascinent autant qu’elles dérangent le spectateur dont les sens se trouvent trompés. Est-ce un personnage réel ou une sculpture ? Est-ce une peinture ou une photographie ? Ses représentants les plus célèbres dans le domaine de la sculpture sont John de Andrea, Duane Hanson et Ron Mueck ; et pour le domaine pictural, Chuck Close ou Malcolm Morley.

Histoire du mouvement

Héritier d’un certain goût pour l’illusionnisme dans la peinture américaine du début du XXe siècle, à l’instar de l’œuvre de Norman Rockwell, combiné à l’influence du pop art, l’hyperréalisme se développe aux États-Unis dans les années 1960. La réalité que ces artistes donnent à voir est souvent exagérée, critique, voire subversive ou ironique. Ceux-ci rebattent aussi les cartes entre ce qui relèverait de l’art (invention) et de l’artisanat ou du document. Ils rompent avec l’abstraction alors considérée comme l’art moderne et dominant de leur époque, en revenant vers une figuration assumée et exclusive.

Les artistes hyperréalistes ne forment pas une véritable école, ni un groupe distinct. Il s’agit plutôt d’une orientation esthétique. Celle-ci concerne des photographes, peintres ou sculpteurs. Le terme hyperréalisme est utilisé, quant à lui, pour la première fois en 1973 par le galeriste belge Isy Brachot.

Bien que renouant avec le réalisme, alors rejeté par les courants dominants de l’art contemporain tels que l’expressionnisme abstrait, les artistes hyperréalistes ne cultivent aucun académisme. Tous ont généralement en commun de cultiver une posture critique vis-à-vis de la société contemporaine, où la publicité domine, tout comme l’injonction à consommer. Il s’agit le plus souvent de portraits, ou de personnages saisis dans des activités anodines.

Ces artistes développent toutefois une grande virtuosité technique, car reproduire avec illusionnisme le réel demande un grand savoir-faire. Les peintres s’inspirent principalement de photographies projetées tandis que les sculpteurs ont recours au moulage sur nature. Leur but est de rendre avec exactitude et précision le monde tel qu’il le voit et non tel qu’il est idéalisé.

Dans les années 1990, les techniques se perfectionnent. Les artistes emploient des matériaux plus industriels (résine, silicone, fibre de verre…) et s’inspirent des effets spéciaux utilisés dans le cinéma.

L’hyperréalisme continue aujourd’hui d’inspirer des artistes contemporains, mais ces derniers jouent avec les codes du genre en modifiant les échelles, en procédant à des hybridations improbables ou étranges (à l’image de celles de Patricia Piccinini) et en créant des scènes intimes ou dérangeantes, comme Sam Jinks dont les œuvres renvoient au corps fragile, à la mort ou la vieillesse. C’est également le cas de Ron Mueck, sculpteur australien qui produit des œuvres hyperréalistes mais de taille surhumaine et presque monstrueuses.

Œuvres clés

Chuck Close, Phil
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Chuck Close, Phil, 1969

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Acrylique et crayon graphite sur toile • 275 × 213,4 cm • Coll. Whitney Museum Of American Art, New York • © Chuck Close, avec la permission de Pace Gallery

Phil, Chuck Close, 1969

Peintre et photographe américain, Chuck Close est connu pour ses portraits hyperréalistes en très grands formats, si détaillés qu’ils ressemblent à des photographies. D’abord abstrait, il passe à la figuration dans les années 1960. Ici, Chuck Close réalise le portrait du compositeur Philip Glass à partir d’une photographie. Plus tard, l’artiste développe un style et une méthode très particulière, composant une image hyperréaliste à l’aide de milliers de petits éléments abstraits comme autant de pixels. Un peu à la manière d’un tableau impressionniste, c’est l’œil humain qui recompose l’image en s’éloignant de l’œuvre.

Duane Hanson, Supermarket Lady
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Duane Hanson, Supermarket Lady, 1969

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Technique mixte • 166 × 65 cm • © Duane Hanson ADAGP, Paris 2023 / Académie De Versailles

Supermarket Lady, Duane Hanson, 1969

Réalisée à partir d’un modèle vivant, cette sculpture représente avec vérisme une Américaine moyenne des années 1960, obèse et à l’air hostile, poussant son caddie largement bondé de nourriture industrielle. Elle incarne la société de consommation, l’industrialisation croissante, la malbouffe qui gagne les classes populaires. Hanson habille ses personnages de véritables vêtements, et les expose souvent dans l’espace même du spectateur, sans mise à distance. L’artiste nous place face à sa vision critique de la condition humaine contemporaine.

Ron Mueck, The Mask II
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Ron Mueck, The Mask II, 2001–2002

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Technique mixte • Dimensions variables • Coll. Museum Of Modern Art, San Francisco • © Ron Mueck ADAGP, Paris 2023 / Museum Of Fine Arts, Houston

The Mask II, Ron Mueck, 2001

Maquettiste de formation, Ron Mueck développe une activité artistique depuis les années 1990. L’artiste déploie, à des échelles improbables, des corps nus et hyperréalistes dans des situations qui évoquent la mort, la solitude ou bien l’amour. Cet autoportrait, qui se présente sous la forme d’un masque (creux à l’arrière), est ainsi quatre fois plus grand que nature. Il semble plongé dans ses rêves, comme un géant endormi qu’il serait effrayant de voir s’éveiller. L’artiste cultive avec minutie la représentation du réel, mais ce décalage d’échelle produit un effet troublant et parfois dérangeant.

Par • le 11 septembre 2023
Retrouvez dans l’Encyclo : Hyperréalisme

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