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Pijama Galerie

Kirkis Rrose : cinquante nuances d’une couleur pas si innocente

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Publié le , mis à jour le
La Pijama Galerie se laisse prendre d’assaut par la couleur rose, dont le kitsch et les nombreux symboles sont explorés avec panache par l’artiste Kirkis Rrose. Une visite plus engagée qu’il n’y paraît !
Kirkis Rrose, Dissolution (#2, #1, #3, #5)
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Kirkis Rrose, Dissolution (#2, #1, #3, #5), 2016-2017

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Photographies numériques sur plexiglass • © Kirkis Rrose / Courtesy Pijama Galerie, Paris

Puisque le « r » de son nom est doublé, doit-on le prononcer en rugissant légèrement ? Kirkis Rrose en serait certainement enchanté, lui dont la coupe punk et l’allure tatouée-percée donnent à ses 29 ans une apparence de conquérant adolescent. Pourtant, l’homme est sérieux : chercheur en études de genre et de sexualité à l’université de Paris VIII, après un Master à la Sorbonne où il a écrit sur le « corps modifié » (mettant le sien au service de sa science à travers tatouages, piercings et chirurgie), l’artiste a le don de mettre en pratique ses idées dans des gestes artistiques dont le kitsch avoué est la signature.

Portrait Kirkis Rrose
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Portrait Kirkis Rrose

Du 1er au 24 septembre, il invite donc sur les deux étages de la minuscule Pijama Galerie ses nombreux essais autour de la couleur rose, regroupés sous le nom « Név’Rose ». Lucide, l’artiste convoque cette couleur comme un élément de mauvais goût ultime ; la preuve en est avec ses couronnes funéraires de fleurs synthétiques, qui donneraient un mal de tête définitif au plus froid des macchabées. Défiant les conventions du bon goût jusqu’à y incorporer une guirlande clignotante, Kirkis Rrose nous invite avec une joie de vivre à peine morbide dans un cimetière clinquant (Ci-gît le bon goût, 2017).

Moins amusants mais plus sensibles, ses portraits photographiques sans visages troublent : dissimulé derrière un masque de lycra, des post-it accumulés ou une perruque à l’envers, le visage de l’artiste se dérobe au regard et s’incarne ainsi dans toute sa « névrose », qui apparaît par la couleur rose. Celle-ci, explique-t-il, « dessine les contours de nos phobies et de nos angoisses » en incarnant avec mépris le féminin, l’homosexuel, la maladie. Là se découvre le cœur du travail de Kirkis : le rose est maladif ; c’est pourquoi il est le symbole des luttes contre le cancer du sein et contre le SIDA. Le rose est l’indice du pire.

Kirkis Rrose, Métastase, 2017

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Test d’oursin, pâte polymère, acrylique, feuille d’or rose • Environ 6 cm • © Kirkis Rrose / Courtesy Pijama galerie, Paris

Kirkis Rrose, Mars I, 2016

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Paillettes et colle sur papier • 30 x 30 cm (polyptique de 9 unités) • © Kirkis Rrose / Courtesy Pijama Galerie, Paris

Ainsi, le sourire qu’il inspirait de prime abord disparaît : à travers des bijoux de poitrine et de petits oursins sous verres (l’oursin ayant aidé la recherche médicale), la deuxième partie de l’exposition se concentre sur le cancer du sein. Engagé auprès des prostituées et contre le VIH, l’artiste s’attèle cette fois-ci à un nouveau combat en concevant une sérigraphie représentant Sainte Agathe, martyre aux seins coupés, sur une carte à jouer.

Figure historique, celle-ci répond à une autre série d’images, apparitions subtiles d’Henri IV et de la planète Mars à travers des paillettes imprimées sur fond rose (référence à un célèbre portrait de Jacob Bunel (1606) où le roi « en Mars » porte des vêtements rose vif) : Kirkis Rrose prouve ainsi la faculté de cette couleur à traverser les siècles sans jamais revêtir la même signification. Autrefois symbole de virilité, dégradé par le sexisme du XXe siècle et récupéré par le mouvement punk, le rose apparaît comme la couleur la plus politique qui soit. Alors, affirmons-le avec une pointe de kitsch dans la voix : Rose is not dead !

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