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La folle histoire

Le Parthénon : l’un des monuments les plus martyrisés de l’histoire

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Incendie, explosion, vandalisme, pillages, tremblement de terre… Perché au sommet de l’Acropole d’Athènes, le Parthénon en a vu de toutes les couleurs au fil des siècles. La succession de mésaventures subies par ce magnifique temple de l’Antiquité grecque s’avère aussi spectaculaire que l’exploit de sa construction… Retour sur l’une des histoires les plus mouvementées du patrimoine mondial !
Ictinos et Callicratès, Le Parthénon sur l’Acropole d’Athènes
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Ictinos et Callicratès, Le Parthénon sur l’Acropole d’Athènes, Construit de 447 à 432 av. J.-C.

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Marbre Pentélique • 13,72 x 69,6 x 30,8 m • © Jon Arnold Images / hemis.fr (0627694)

Même martyrisé et dépouillé de ses ornements, le Parthénon en impose toujours au sommet de l’Acropole, plateau de roche calcaire qui surplombe la ville d’Athènes, dont il demeure la principale attraction, admirée par les touristes du monde entier. Perché 156 mètres au-dessus des rues de la capitale, ce temple en ruines de treize mètres de haut, trente de large et soixante-dix de long est en effet une véritable prouesse architecturale.

Construit de 447 à 432 avant J.-C. par les architectes Ictinos et Callicratès à la demande du stratège Périclès, le monument a nécessité les efforts de plus de 1 000 ouvriers et 22 000 tonnes de précieux marbre blanc. Premier exploit de taille, ce dernier a été extrait du mont Pentélique, situé à 700 mètres d’altitude et dix-sept kilomètres du chantier. Hormis sa charpente en bois de cyprès, la totalité du bâtiment était composée de ce marbre, y compris les 8 480 tuiles de son toit, pesant chacune cinquante kilos !

Achevé en moins de neuf ans

Réplique grandeur nature de statue colossale perdue de Phidias, « Athéna Parthénos » par Alan Lequire (1990) exposé au Parthénon de Centennial Park à Nashville
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Réplique grandeur nature de statue colossale perdue de Phidias, « Athéna Parthénos » par Alan Lequire (1990) exposé au Parthénon de Centennial Park à Nashville

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© Wikimedia Commons

Bien que très simple et dépouillée en apparence, l’architecture dorique du Parthénon est un bijou de précision et de sophistication. Entouré de rangées de colonnes, l’édifice est en effet truffé d’illusions d’optiques savamment calculées. Marches incurvées, colonnes renflées de quatre centimètres au tiers de leur hauteur, différence d’épaisseur entre les colonnes selon leur emplacement… Ses divers éléments ont été dessinés de façon à contrer les déformations visuelles dues à l’effet de perspective, afin de créer l’illusion d’une verticalité et d’une horizontalité parfaites. Si bien que les experts se demandent encore comment cette construction a pu être achevée en aussi peu d’années avec les outils de l’époque !

Son décor n’est pas en reste. En 432, le temple accueille une majestueuse statue d’Athéna (déesse de la guerre et de la sagesse, protectrice de la cité d’Athènes) en bois recouverte d’or et de plaques d’ivoire. Son auteur n’est autre que le sculpteur et orfèvre Phidias, maître d’œuvre du bâtiment et superviseur de tous ses ornements sculptés – et en particulier de la frise qui déroule, sur les deux frontons et les côtés (métopes) du bâtiment, une succession de scènes et de personnages en marbre, entièrement peints (ce qui se devine difficilement aujourd’hui) de mille couleurs chatoyantes…

Laurent Alma-Tadema, Phidias et la Frise du Parthénon
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Laurent Alma-Tadema, Phidias et la Frise du Parthénon, 1868

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Huile sur toile • 72 x 110,5 cm • Coll. Birmingham Museum and Art Gallery • © Wikimedia Commons

Mais la violence des mésaventures subies par le Parthénon sera à la hauteur de sa magnificence. Ses malheurs commencent dès l’Antiquité tardive par un incendie qui détruit sa charpente en bois et son toit. Puis, vers le Ve siècle, l’empereur romain Justinien s’empare de la statue d’Athéna pour l’emmener à Constantinople, où elle aurait été détruite lors du pillage de la ville par les Croisés en 1204. Quoi qu’il en soit, on ne l’a jamais revue…

Le diplomate obtient l’autorisation du sultan de découper en tranches l’essentiel de la frise du Parthénon à l’aide d’énormes scies…

Vers le VIIe siècle, le Parthénon est transformé en église, et ses sculptures partiellement détruites par des vandales chrétiens. Au XIIIe siècle, on y ajoute même un clocher… qui devient un minaret lorsque les Ottomans, suite à leur conquête d’Athènes en 1456, convertissent le bâtiment en mosquée ! En 1687, les Vénitiens attaquent Athènes et un tir de mortier touche le bâtiment, faisant exploser les poudres qu’y conservaient les Ottomans, ce qui provoque l’effondrement de son toit, de ses murs et de vingt-et-une colonnes, ainsi que l’endommagement de nombreuses sculptures.

L’empereur romain Justinien et sa suite
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L’empereur romain Justinien et sa suite, avant 547 ap. J.-C.

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Mosaïque • Basilique San Vitale, Ravenne, Italie • © Wikimedia Commons / Photo Roger Culos

Le doge de Venise, Francesco Morosini, en profite pour tenter de s’emparer des statues d’Athéna et de Poséidon situées sur le fronton ouest, qui tombe et se brise au cours de l’opération. Les dessins précis des sculptures réalisés en 1674 par un artiste français qui accompagnait un ambassadeur de Louis XIV vont donc se révéler précieux, d’autant que ces décors ne sont pas encore au bout de leurs peines…

Pillages, faveurs diplomatiques et tremblements de terre…

Les Vénitiens retirés, les Ottomans se réinstallent et utilisent des débris du monument pour construire des maisons. Au XVIIIe siècle, de nombreux Européens voyagent à Athènes pour admirer et dessiner les ruines du temple redevenu mosquée. En 1801–1802, un certain Lord Elgin (de son vrai nom Thomas Bruce), général écossais de 35 ans exerçant la fonction d’ambassadeur britannique à Constantinople, réalise des mesures, des moulages et des dessins du bâtiment. À force de négociations et de cadeaux envoyés à l’administration turque, le diplomate obtient l’autorisation du sultan Sélim III de découper en tranches l’essentiel de la frise du Parthénon à l’aide d’énormes scies, et d’envoyer les tronçons à Londres…

À gauche, Thomas Bruce dit Lord Elgin (1766-1841), ambassadeur britannique à Constantinople. À droite, morceaux découpés de la frise nord du Parthénon, conservés encore aujourd’hui au British Museum, Londres
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À gauche, Thomas Bruce dit Lord Elgin (1766-1841), ambassadeur britannique à Constantinople. À droite, morceaux découpés de la frise nord du Parthénon, conservés encore aujourd’hui au British Museum, Londres

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© Classic Image / Alamy / Hemis (2H376Y0) © Wikimedia Commons

Lord Elgin voulait-il réellement, comme il l’a affirmé plus tard, « sauver » la frise d’autres destructions éventuelles en ces temps troublés, marqués par l’occupation du Caire par Bonaparte, qui menaçait Constantinople avant que les forces turco-britanniques ne reprennent finalement la ville égyptienne ? Ou a-t-il simplement profité de l’instabilité politique pour se servir ? Probablement un peu des deux…

Depuis 1983, la Grèce demande à Londres que lui soient rendus les morceaux de la frise du Parthénon.

Quelle que soit la réponse, de nombreux marbres sont abîmés au cours de la découpe et du transport, et certains sont même perdus lors du naufrage en Méditerranée, au sud du Péloponnèse, du voilier Mentor, l’un des navires affrétés pour leur acheminement vers l’Angleterre. Elgin lance alors une expédition pour retrouver les marbres coulés, tout en affirmant, pour se prémunir de pillards concurrents, qu’il s’agit de « pierres sans valeur ». Alléchés, des pirates font route toutes voiles dehors vers l’épave. Mais des pêcheurs d’éponges de l’île de Kalymnos, appelés sur les lieux par Elgin, les devancent et parviennent à faire remonter à la surface seize caisses de marbres !

Dans un poème, l’écrivain Lord Byron déplore ce qu’il considère comme un pillage « profane ». Mais en 1816, les morceaux de la frise découpés par le diplomate sont acquis par le British Museum. En 1893, un tremblement de terre porte un nouveau coup dur au Parthénon, qui sera plusieurs fois restauré. C’est cependant le démantèlement d’Elgin qui reste le plus difficile à digérer pour la Grèce…

Les Cariatides de l’Érechthéion, temple au nord du Parthénon sur l’Acropole d’Athènes
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Les Cariatides de l’Érechthéion, temple au nord du Parthénon sur l’Acropole d’Athènes, Fin du Vème siècle av. J.-C

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© greekboston / Christian Offenberg

Depuis 1983, cette dernière demande à Londres que lui soient rendus ces morceaux de la frise du Parthénon, ainsi que l’une des cariatides de l’Érechthéion (petit temple antique situé sur l’Acropole à deux pas du Parthénon), également embarquée par l’ambassadeur anglais. Dans le musée de l’Acropole, inauguré en 2009 au pied de la fameuse colline, la muséographie fait ressentir l’absence douloureuse des pièces : les marbres tranchés sont exposés aux côtés d’une vidéo relatant les actes d’Elgin, tandis que les frises sont présentées sous la forme d’un vaste puzzle en attente d’être complété.

Alors que des rumeurs couraient fin 2022 concernant une éventuelle restitution sous la forme d’un prêt à long terme, des déclarations lapidaires de la ministre de la Culture britannique, Michelle Donelan, ont détruit les espoirs grecs. « Nous ne devrions pas les renvoyer. Elles appartiennent au Royaume-Uni », a-t-elle tranché en janvier 2023, ajoutant que le directeur du British Museum, George Osborne, n’avait aucun désir de rendre les pièces. Un acte qui, selon elle, reviendrait à « ouvrir la boîte de Pandore »…

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