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ARCHITECTURE

Timisoara fait parler l’architecture lors de la biennale d’art contemporain Art Encounters

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Dans la ville roumaine, où les palais baroques le disputent aux friches réhabilitées, l’architecture a magnifiquement servi la 6e biennale d’art contemporain Art Encounters, qui s’est appuyée sur ces sites marqués par les évolutions de la ville pour en explorer les traces et les échos.
À Faber, centre culturel installé dans une ancienne usine, les œuvres présentées retraçaient l’évolution du rôle des travailleurs et leurs rapports complexes avec la culture, l’industrie et les systèmes politiques.
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À Faber, centre culturel installé dans une ancienne usine, les œuvres présentées retraçaient l’évolution du rôle des travailleurs et leurs rapports complexes avec la culture, l’industrie et les systèmes politiques.

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© Faber

C’est dans ce joyau architectural d’inspiration austro-hongroise, qui fut capitale européenne de la culture en 2023, qu’a été présentée, du 30 mai au 13 juillet, en partenariat avec l’Institut français, la biennale Art Encounters (Rencontres artistiques). Avec un parti pris particulier : installer diverses expositions dans une série d’édifices à demi en ruine. L’effet était saisissant.

Dans l’ancienne caserne Garisson Command qui abrita l’armée austro-hongroise puis roumaine comme dans l’ex-bâtiment industriel devenu un centre culturel baptisé Faber ou bien encore au palais Stefania, les œuvres s’accrochaient à des cimaises au plâtre écaillé ou bien surgissaient dans des couloirs labyrinthiques.

Partout, le patrimoine devenait resserre à fantasmes, et devant ces architectures où les fissures sont en majesté, on aurait pu croire que la ville avait fait appel au duo français Lacaton & Vassal qui sut si bien sauver le Palais de Tokyo en le laissant brut de décoffrage.

Les dessins d’un artiste roumain cybernétique mis à l’honneur

Parmi la salve d’expositions, l’une d’elles, « In Tune With the World », avait pour commissaire l’ancien président du musée d’Art moderne du Centre Pompidou, Bernard Blistène. Surfant sur une vague qui veut que, datas aidant, les diagrammes, les épures, les figures géométriques et l’art cinétique soient de nouveau au cœur des préoccupations architecturales, l’accrochage a mis en lumière plus de 200 dessins de l’artiste roumain suractif dans les années 1970, Stefan Bertalan (1930–2014).

Dans la lignée des Vassily Kandinsky, Nicolas Schöffer, Buckminster Fuller, Yona Friedman ou encore Victor Vasarely, ses travaux capturent le dynamisme des formes et des forces dans une discipline, l’architecture, par essence statique. Inspirées par le Bauhaus ou les ramifications florales, ses œuvres s’inscrivent dans le courant cybernétique dont le déferlement de l’intelligence artificielle réanime aujourd’hui le corps défunt – on peut aussi le constater à la biennale d’architecture de Venise, où l’encodage et la cartographie du monde sont omniprésents dans les travaux présentés par les équipes internationales, le tout culminant avec « Diagrams », remarquable exposition signée par Rem Koolhaas et son agence AMO/OMA à la fondation Prada (jusqu’au 24 novembre).

Une architecture des peuples

L’intitulé de la biennale, « Bounding Histories, Whispering Tales », affiche l’extraordinaire complexité de ce territoire.

À Timisoara, cette volonté de tracer des lignes et de relier des points, de constituer sur des feuilles et des toiles des réseaux cartographiés, révélait les liens qui unissent non seulement les sites mais encore les peuples. L’intitulé de la biennale, « Bounding Histories, Whispering Tales » (« Histoires de proximité, récits chuchotés ») affiche l’extraordinaire complexité de ce territoire où se croisent Slovènes, Slovaques, Serbes, Ukrainiens, Hongrois, Kosovars… L’architecture devient alors le support d’une migration des récits bousculés.

La biennale a ainsi exhumé des pépites comme ce Healthy People for Fun (1971) du réalisateur yougoslave Karpo Godina, suite de films accolés l’un derrière l’autre où des paysans statiques devant des murs colorés chantent l’amour de leur pays – un Martin Parr surgi des campagnes soviétisées. Nombreuses furent les œuvres usant d’oriflammes et de drapeaux pour dénoncer, comme le fait la Biélorusse Marina Naprushkina, la propagande officielle ou donner naissance, à grand renfort de broderie, de couture, d’accumulation de trashs ou de design détourné, des nations inédites.

C’est de Timisoara que partit la révolution de 1989 qui devait renverser Nicolae Ceausescu ; de Timisoara encore que fusa la rumeur d’un charnier qui s’avéra une fake news avant la lettre. Avant-gardiste toujours, la ville, avec cette biennale Art Encounters, s’est affirmée comme le creuset d’un monde où patrimoine, architecture et libertés s’unissent.

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Art Encounters

Du 26 septembre 2025 au 10 janvier 2026

Plus d’informations sur le site d’Art Encounters

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