Donald Judd et Guido Reni, « Untitled » et « Saint Jérôme », 1991 et vers 1605-1610
Huile sur contreplaqué et aluminium et Huile sur bois • 49,5 × 114,3 × 76,2 cm et 65,1 × 50 cm • © 2018 Judd Foundation / Artists Rights Society (ARS), New York / Photo Thomas Lannes / Courtesy Gagosian
390. C’est environ le nombre d’années qui séparent Untitled de Donald Judd (1991) et le Saint Jérôme de Guido Reni peint vers 1605–1610. Deux œuvres qu’a priori tout oppose, et pourtant. À y regarder de plus près, leurs différences deviennent fédératrices. La perfection des lignes minimalistes de Judd entre en résonance avec la finesse des traits du modèle de Reni, dont le visage semble surgir de la toile dans un accès de pénitence. De même, le rouge faussement uniforme d’Untitled, qui révèle en fait les nœuds et les veines du contreplaqué, rappelle l’aspect velouté de la cape du Saint. Le rouge, et plus précisément le rouge cadmium est pour l’Américain la couleur qui définit le mieux les formes. Il affirmera d’ailleurs dans ses écrits qu’« en tant que couleur il a la valeur exacte pour un objet à trois dimensions ».
« Critical Dictionary » se veut un hommage à Georges Bataille, qui, de 1929 à 1930 publie les entrées de son Dictionnaire critique dans la revue Documents, dont il était le secrétaire général. Dans la lignée du penseur, l’exposition fait dialoguer non seulement des œuvres anciennes et contemporaines – du IIe au XXIe siècle – mais aussi (et surtout) des artistes : Louise Bourgeois et Alberto Burri, Dan Flavin et Helen Frankenthaler ou encore Duane Hanson, René Magritte et Vassily Kandinsky. Sur l’une des cimaises de la galerie, ces derniers questionnent frontalement les rapports d’échelle et de forme entre abstraction et figuration. Car l’idée ici est moins de confronter différentes périodes de l’histoire de l’art que d’en révéler les héritages, selon le principe employé par Bataille dans son Dictionnaire, en s’appuyant sur la psychanalyse freudienne et notamment l’association libre. Un parti pris assumé par la commissaire de l’exposition Serena Cattaneo, qui insiste sur la démarche active du visiteur : trouver du contemporain dans l’ancien, de l’imaginaire dans le réel, du baroque dans le minimal… Bref, multiplier les points de vue pour mieux embrasser l’histoire de l’art et, finalement, par des chemins de traverse, se libérer d’une lecture linéaire du passé.
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