Agathe Brahami-Ferron, Bains (détail), 2019
Photo Antoine Dumont / © Agathe Brahami Ferron
Aussi haute que les visiteurs, une femme en céramique s’apprête à s’installer pour une séance de yoga. « Une Parisienne typique, trentenaire, célibataire… », sourit Agathe Brahami-Ferron, l’artiste (née en 1992) lauréate de la 12e Biennale de la jeune création. La peau émaillée et le regard fixe de la statue répondent à l’étrangeté de deux animaux qui lui font face – une panthère et un singe, également sculptés en terre cuite. Les murs sont peints d’un bleu évanescent, qui évoque volontiers les vacances… Une intuition confirmée par un néon rose en arrière-plan, indiquant la destination où nous venons de mettre les pieds : Woolloomooloo Bay. L’atmosphère est étrange, et s’intensifie dans la deuxième pièce de l’exposition, inondée de lumière. Des femmes à la peau brillante prennent le soleil dans des bains de graviers façon jacuzzi. Au centre de la pièce, un homme découpé en morceaux. On frémit.
Pour sa première grande exposition monographique, la céramiste investit les 300 mètres carrés de la Graineterie de Houilles (Yvelines) et creuse les thèmes qui l’obsèdent depuis quelque temps : la notion occidentalo-centrée de l’exotisme, la transformation systématique du tourisme en « voyage » et le devoir de bien-être. Soyez beaux et bronzés en partant à l’autre bout du monde, soyez détendus et sportifs, soyez spirituels… Autant d’injonctions qu’elle met en scène avec une ironie piquante.
Le spectateur est activement sollicité par la visite de cet « univers sous cloche » : la deuxième salle est habitée par une chaleur épaisse, due à la verrière qui la surplombe, puis la troisième et dernière salle est plongée dans une douce obscurité. Une femme évoquant une déesse siège sur un trône de plâtre, coloré avec plusieurs sortes d’épices (paprika, piment, colombo…), qui diffusent une odeur musquée. « J’avais l’idée d’une pièce organique, qui englobe le spectateur et évoque la spiritualité », précise l’artiste. Avec, dans les oreilles, une bande-son signée David Block, qui entrecoupe des chants d’oiseaux de bruits parasites. Et une « boutique de souvenirs », où de petites œuvres d’artistes invités (parmi lesquels Yoann Estevenin, Florian Viel et Elsa Guillaume) sont présentées sur des étagères et dans des vitrines. De quoi faire le tour complet d’un Woolloomooloo Bay qu’on n’oubliera pas de si tôt.
Woolloomooloo Bay
Du 6 avril 2019 au 25 mai 2019
La Graineterie - Centre d’art municipal • 27 Rue Gabriel Péri • 78800 Houilles
lagraineterie.ville-houilles.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique