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Le futurisme en 2 minutes

En bref

Mouvement d’avant-garde italien, le futurisme est contemporain du cubisme français et du constructivisme russe. Fondé en 1909 à l’instigation du poète Filippo Tommaso Marinetti, il a fait de la vie moderne, de la machine mais aussi de la guerre, ses sujets de prédilection. Fortement politisé et virulent, le futurisme réunit Giacomo Balla, Umberto Boccioni, Carlo Carrà, Luigi Russolo, Gino Severini et Antonio Sant’Elia qui partagent le combat anarchiste et social de Marinetti. Le futurisme italien se prolonge jusqu’en 1944, à la mort du poète, proche de Benito Mussolini.

Luigi Russolo, Carlo Carrà, Filippo Tommaso Marinetti, Umberto Boccioni et Gino Severini à Paris
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Luigi Russolo, Carlo Carrà, Filippo Tommaso Marinetti, Umberto Boccioni et Gino Severini à Paris, 1912

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© Costa/Leemage

« … notre art est ivre de spontanéité et de puissance. » – Le Manifeste des Peintres futuristes, 1910

Histoire du mouvement

Le futurisme italien est un mouvement qui s’exprime par voix de manifestes, une forme de discours associé aux avant-gardes historiques. Sa naissance n’est pas proclamée en Italie, mais à Paris, le 20 février 1909, par Marinetti dans Le Figaro. C’est le premier mouvement d’avant-garde du XXe siècle. Il affirme un programme, au croisement de l’esthétique et de la politique, dans une époque gagnée par le développement de la publicité et la conquête de l’opinion publique.

Marinetti est un écrivain et poète de langue française et italienne qui souhaite renouveler l’art. Il fédère un groupe d’artistes (Boccioni, Carrà, Russolo, Balla, Severini) qui, dès 1910, signent à Milan un manifeste des peintres futuristes. Il recrute également des poètes, des sculpteurs et des musiciens. En 1912, le groupe organise sa première exposition à Paris, à la galerie Bernheim-Jeune. Les années 1912–1917 constituent l’apogée de la création futuriste.

Le futurisme s’oppose à la tradition et au passé. Il promeut la novation et l’art moderne, en des termes originaux mais aussi très virulents. Marinetti affirme que le « futurisme (…) est la religion du nouveau », valorisant, par exemple, la ville contemporaine et la modernité technologique. Pour les futuristes, le moderne va de pair avec le renoncement à tout passéisme. Non sans provocation, ils disent vouloir se « débarrasser des musées innombrables », détruire les bibliothèques. Une citation de Marinetti est connue pour illustrer cet état d’esprit : « une automobile de course (…) est plus belle que la Victoire de Samothrace », faisant référence à la célèbre sculpture antique.

Le futurisme s’intéresse au mouvement, à la mobilité. Esthétiquement, il privilégie une géométrisation qui évoque parfois le cubisme. Le futurisme promeut le concept de « continuité », c’est-à-dire de « simultanéité », et propose une notion de temps comme expérience intuitive, un flux continu entre passé et présent, inspiré des théories d’Henri Bergson.

Les futuristes établissent une équation entre l’art et la vie, et sont impliqués politiquement. L’artiste doit, selon eux, détenir un pouvoir politique et social. Ils entretiennent une relation forte avec les idéologies révolutionnaires de l’époque.

Marinetti croyait au pouvoir régénérateur de la guerre. Il la pensait nécessaire pour assainir la politique et produire un monde nouveau. Fasciné par l’aviation, le poète s’engage en 1911 comme correspondant aux côtés des troupes italiennes dans la guerre qui oppose son pays à la Turquie. En 1914, Boccioni participe à des actions appelant à l’entrée en guerre de l’Italie. Mais le futurisme se retrouve rapidement en difficulté : Marinetti part sur le front en mai 1915, où il est blessé à deux reprises ; Boccioni meurt en 1916 à l’hôpital de Vérone, après une chute de cheval lors d’exercices militaires ; et Antonio Sant’Elia expire sur le front la même année.

En 1918, le futurisme se politise davantage. Marinetti lance le Manifeste du Parti politique futuriste, proche du Parti nationaliste italien et intègre les faisceaux de combats de Mussolini l’année suivante. Au cours des années 1920 et 1930, il reste proche du fascisme mais le Duce se montre méfiant vis-à-vis du futurisme dont il ne souhaite pas faire l’art officiel du régime. Toutefois, le futurisme des années 1930 reste fidèle – dans sa majorité – à la politique mussolinienne et au culte de son chef. En 1942, deux ans avant sa mort, Marinetti annonce une « nouvelle esthétique guerrière », qui est toujours une quête de puissance et de mécanisation.

Des œuvres clés

Umberto Boccioni, Formes uniques dans la continuité de l’espace
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Umberto Boccioni, Formes uniques dans la continuité de l’espace, 1913

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Bronze • 112 × 40 × 90 cm • Coll. Museo del Novecento, Milan • © Electa/Leemage

Umberto Boccioni, Formes uniques dans la continuité de l’espace, 1913

Le sculpteur, grand lecteur des théories de Bergson, s’intéresse à l’expression du mouvement dynamique au travers d’un art réputé statique. L’auteur du Manifeste technique de la sculpture futuriste (1912) était sensible à L’Homme qui marche (1907) d’Auguste Rodin, mais trouve sa propre manière d’exprimer la mobilité. Ici, rien de fluide ni de réaliste : le personnage, à l’allure puissante, semble affronter une force contraire. C’est moins le thème du mouvement que celui de l’énergie vitale qui est traité par Boccioni dans cette œuvre marquante du futurisme italien.

Luigi Russolo, Dynamisme d’une automobile
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Luigi Russolo, Dynamisme d’une automobile, 1912–1913

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Huile sur toile • 106 × 140 cm • Coll. musée national d’art moderne, Paris • © akg-images

Luigi Russolo, Dynamisme d’une automobile, 1912–1913

L’automobile rugissante est, pour les futuristes, le symbole d’une ère nouvelle, marquée par la modernité et l’effacement des traces du passé. L’automobile semble lancée dans l’espace, de la droite vers la gauche, au moyen d’une propulsion puissante. L’usage du rouge et du jaune traduit la sensation d’échauffement, tandis que des immeubles se dissolvent dans un fond géométrique et abstrait. Russolo fait usage du même principe dynamique d’emboitement des formes dans des œuvres à résonnance politique et révolutionnaire (La Révolte, 1911).

Gino Severini, Canon en action
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Gino Severini, Canon en action, 1915

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Huile sur toile • 50 × 61 cm • Coll. musée Ludwig, Cologne. • © Bridgeman Images

Gino Severini, Canon en action, 1915

Imaginé d’après les récits lus dans les journaux par Severini, futuriste réformé, ce tableau est exposé à Paris lors de la « Première exposition futuriste d’art plastique de la guerre » organisée par la galerie Boutet de Monvel en 1916. L’artiste y présente sa vision esthétique de la guerre moderne, dominée par les bruits assourdissants et les mouvements incessants des armes, tandis que les soldats semblent relégués à des rôles secondaires. Ce tableau-poème met en image les mots de la guerre, les ordres militaires et les bruits des machines.

Par • le 15 mars 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Futurisme

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