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L’expressionnisme en 2 minutes

En bref

Mouvement né en Allemagne et en Autriche au début du XXe siècle, l’expressionnisme est une réaction face à la modernité grandissante et aux incertitudes de l’avenir. Incarné par plusieurs groupes d’artistes (Die Brücke, Der Blaue Reiter, l’expressionnisme viennois), il se détache de la représentation réaliste pour exprimer les tensions et les angoisses intérieures, notamment par des couleurs vives, des contours marqués et anguleux, des compositions dynamiques. Opposé à tout académisme, l’expressionnisme est souvent perçu comme une lecture pessimiste et torturée du monde, versant parfois vers la satire sociale.

Gabriele Münter, Maria Marc, Bernhard Koehler senior, Thomas Von Hartmann, Heinrich Campendonk et (assis) Franz Marc, sur le balcon de l’appartement de Vassily Kandinsky et Gabriele Münter à Munich
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Gabriele Münter, Maria Marc, Bernhard Koehler senior, Thomas Von Hartmann, Heinrich Campendonk et (assis) Franz Marc, sur le balcon de l’appartement de Vassily Kandinsky et Gabriele Münter à Munich, 1911

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© akg-images

Histoire du mouvement

Le terme d’expressionnisme est formulé pour la première fois vers 1910, davantage en référence aux œuvres de Vincent Van Gogh que d’artistes contemporains. Mais très vite, il prend un sens lié à l’actualité artistique allemande. Le pays connaît une intense activité, tant dans le domaine industriel que culturel. Plusieurs groupes de peintres d’avant-garde se font connaître depuis quelques années en exposant leur vision inquiète du monde, inscrite dans l’héritage du postimpressionnisme, en particulier du fauvisme.

Le premier de ces groupes a pris le nom de Die Brücke (« Le Pont »). Formé en 1905 à Dresde, il se compose d’Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Karl Schmidt-Rottluff et Max Pechstein. Ces artistes, inspirés par la philosophie nietzschéenne, développent une esthétique anguleuse, nourrie par une palette proche de celle des fauves. Ces artistes recherchent une émotion nouvelle, basée sur l’exploration de leur intériorité, rejetant les règles académiques (la quête de la beauté, de la juste proportion). Leur style est jugé violent, et le nu (inspiré par le primitivisme) est le sujet de prédilection, sans oublier les scènes de la vie urbaine.

Le second groupe est celui du Blaue Reiter (le « Cavalier bleu »), emmené par Vassily Kandinsky. Formé en 1911 à Munich, il compte parmi ses adeptes Franz Marc, August Macke, Gabriele Münter, Alexej von Jawlensky, Paul Klee et Alfred Kubin. Unis autour de la constitution d’un almanach et d’une série d’expositions, ces peintres conçoivent aussi l’art comme une expression psychologique, émotive, comme peut l’être la musique. La durée d’existence du Blaue Reiter est brève puisque le groupe se dissout avec l’entrée dans la Grande Guerre.

Un autre versant de l’expressionnisme se développe en Autriche, autour du groupe de la Sécession formé par Gustav Klimt. Avec Egon Schiele, les deux artistes réinventent la représentation du corps, jouant sur les poses antinaturelles et complexes, exprimant les conflits intérieurs entre désirs et contraintes.

Comme un certain nombre d’avant-gardes européennes, les courants expressionnistes allemands et viennois exploseront dans le contexte de la Première Guerre mondiale, conflit d’une rare violence. Certains de ces artistes mourront sur le front, non sans avoir, dans un premier temps, jugé la guerre favorable à une renaissance de l’art ou exprimé leurs craintes quant à un avenir incertain dans une Europe en crise.

Des œuvres clés

Ernst Ludwig Kirchner, Trois baigneuses
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Ernst Ludwig Kirchner, Trois baigneuses, 1913

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Huile sur toile • 197,5 × 147,5 cm • Coll. Art Gallery of New South Wales, Sydney

Ernst Ludwig Kirchner, Trois baigneuses, 1913

Kirchner, co-fondateur de Die Brücke, s’est installé à Berlin en 1911. La découverte de la métropole inspire une dynamique nouvelle dans son travail. Souvent crues, ses œuvres représentant des nus féminins ne dégageant ni chaleur, ni tendresse. Pour autant, le peintre allemand traite avec une grande modernité ce sujet : sans réalisme, conduit par une quête de liberté, inspiré par l’art dit primitif et le souvenir de Paul Cézanne. Les traits sont simplifiés, la palette de couleurs réduite à l’essentiel, la gestuelle rapide, comme si l’artiste cherchait, avec urgence, à fixer sa vision avant qu’elle ne disparaisse.

Franz Marc, Destin d’animaux
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Franz Marc, Destin d’animaux, 1913

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Huile sur toile • 194,7 × 263,5 cm • Coll. Kunstmuseum, Bâles • © Bridgeman Images

Franz Marc, Destin d’animaux, 1913

Figure clé de l’expressionnisme allemand, Franz Marc se singularise par son goût pour la représentation animalière, en particulier équine. Entre figuration et abstraction, le peintre exprime une lecture symboliste et eschatologique du monde. Cette œuvre célèbre apparaît comme une vision prémonitoire de la guerre, qui va endeuiller l’Europe, mais dont l’artiste était partisan pour donner naissance à une société nouvelle. Engagé sur le front, il meurt en 1916 dans la région de Verdun.

Egon Schiele, Nu masculin assis, vu de dos
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Egon Schiele, Nu masculin assis, vu de dos, 1910

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Aquarelle, gouache et crayon noir sur papier • 43,8 × 31,1 cm • Coll. Neue Gallery, New York • © Hulya Kolabas for Neue Gallery New York

Egon Schiele, Nu masculin assis, vu de dos, 1910

L’Autrichien, influencé par Gustav Klimt, a marqué l’aventure expressionniste en s’attachant à la représentation du nu, féminin comme masculin. Les corps qu’il peint et dessine sont généralement anguleux et tendus, presque difformes, parfois obscènes, et ramassés dans l’espace contraint de la toile ou de la feuille de papier. Egon Schiele a également multiplié les autoportraits, dans lesquels il se représente, au bord de la folie.

Par • le 15 mars 2020

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