50 musées secrets à découvrir absolument, dans toute la France
50 musées secrets à découvrir absolument, dans toute la France
Beaux Arts a sillonné la France entière à la recherche de ces musées trop souvent ignorés qui, faute de moyens ou à l’écart des grands itinéraires touristiques, restent peu fréquentés. Châteaux fantastiques, collections de rêve, chefs-d’œuvre d’architectes ou lieux carrément insolites, voici 50 musées méconnus, de la Mayenne au Périgord, en passant par le Languedoc-Roussillon et l’Isère, qui méritent une visite. Une belle façon de (re)découvrir la France cet été, en empruntant ses chemins artistiques les plus inattendus.
Chefs-d’œuvre d’architectes, du nord au sud
Les plus beaux bâtiments conçus par des architectes de renom – moins célèbres que la Philharmonie ou que la Villa Majorelle, mais superbes dans leur attention aux détails.
1. Le Familistère de Guise : une utopie de briques et de vie
Il avait envie, pour ses ouvriers, d’un vaste « palais social » établi en contrebas de son usine : Jean-Baptiste André Godin a fait construire le Familistère entre 1859 et 1884, réalisant pour la seule et unique fois en France un bâtiment inspiré des utopies de Charles Fourier, initiateur du « phalanstère ». Jusqu’à 2000 personnes y vécurent simultanément, et une poignée de familles y habite encore aujourd’hui. L’idée est simple : que chaque foyer dispose de la même quantité d’espace, d’air, de lumière et d’eau. Ainsi, pour faire circuler la lumière naturelle de façon égalitaire, les habitants du rez-de-chaussée disposent d’une grande hauteur sous plafond, tandis que les étages supérieurs présentent des fenêtres plus petites. Les attentions de ce genre sont nombreuses : organisés autour d’une cour, les appartements sont liés entre eux par des coursives – parfait pour les enfants ou pour les conversations entre voisins… Une piscine et un théâtre apportent à cette vie communautaire une respiration nécessaire.
Le Familistère de Guise avec la place du Palais social (à gauche) et la cour du pavillon central du Palais social (à droite)
© Familistère de Guise / Photos Georges Fessy
2. La villa Demoiselle à Reims : rencontre entre l’Art nouveau et l’Art déco
Construite dans la période de transition entre les courbes sensuelles de l’Art nouveau et les formes géométriques de l’Art déco – c’est-à-dire entre 1904 et 1908 –, la villa Demoiselle signée par l’architecte Louis Sorel est remarquable à bien des égards. L’extérieur est construit avec sobriété selon les tout nouveaux préceptes de l’Art déco, sur une structure en béton – un choix particulièrement précoce, qui protégea, des années plus tard, la villa du souffle des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. L’intérieur déploie quant à lui toute la richesse de l’Art nouveau, grâce à la collaboration du célèbre ébéniste Émile Gallé et, probablement, de Louis Majorelle. La richesse décorative des cheminées, des encadrements de miroirs et des vitraux est aujourd’hui visible grâce à une importante restauration entreprise par la famille Vranken, propriétaire de la maison de champagne Pommery dont le domaine, qui accueille régulièrement d’excellentes expositions d’art contemporain, se visite de l’autre côté du boulevard. Étourdissant !
La Villa Demoiselle à Reims
© Fred Laures
3. La Fondation Arp à Clamart : de l’amour et des belles formes
Ce genre de détail nous étonnera toujours : pourquoi la Fondation Arp ne porte-t-elle pas plutôt le nom de son architecte, Sophie Taeuber (1889–1943) ? Compagne de l’artiste Jean Arp (1886–1966) de 1915 à sa mort, l’artiste a développé une pratique multiple : dessin, danse, design, sculpture… Et c’est tout naturellement elle qui a dessiné en 1927, sur un terrain voisin de la maison de Theo van Doesburg (à visiter également), un nid moderniste où Jean Arp et elle pourraient s’aimer et travailler, en bordure de la forêt de Meudon. Aujourd’hui, sculptures, dessins et meubles peuplent l’espace de vie et le petit jardin en étages. On observe de l’extérieur la simplicité des matériaux utilisés – pierre meulière pour s’inscrire au mieux dans le paysage de l’Île-de-France, et balcon en béton. Les chambranles des fenêtres, originellement pensés de façon extrêmement discrète pour ouvrir au maximum la façade sur la verdure, sont aujourd’hui peints en rouge, clin d’œil éloquent aux constructions dessinées de Sophie Taeuber.
L’ancien atelier de Jean Arp et Sophie Taeuber à Clamart, devenu aujourd’hui la Fondation Jean Arp
© Fondation Arp / Photo Sébastien Tardy
Fondation Arp
Ouvert les après-midi du jeudi au dimanche
21, rue des Châtaigniers • 92140 Clamart
www.culture.gouv.fr
4. La Maison Louis Carré à Bazoches-sur-Guyonne : un rêve de maison
Si vous cherchez la beauté pure, il est probable qu’elle se soit cachée là, dans ce coin perdu et campagnard des Yvelines, et plus exactement dans la seule et unique maison dessinée par l’architecte finlandais Alvar Aalto en France, en 1957–1959. « À visiter à genoux », conseillait l’architecte portugais Álvaro Siza, et nous ne le contredirons pas. De l’extérieur, les pentes du toit suivent la courbe naturelle du terrain, qui offrait autrefois une vue panoramique sur les alentours (aujourd’hui, la maison est entourée d’arbres). Un bassin en pierre où s’écoule un petit filet d’eau nous mène à la porte d’entrée. Le hall, surplombé d’un grand plafond en lattes de bois suivant la forme d’une vague, dessert les trois espaces de la maison : le salon (chaque meuble est à observer à la loupe, car les objet ont ici été dessinés par Alvar Aalto lui-même !), les chambres – dissimulées derrière des cimaises – et la cuisine, réservée au personnel, qui fait accéder par un escalier discret à trois chambres dédiées. On notera l’attention particulière de l’architecte à la collection de Louis Carré, galeriste et commanditaire de la maison : tout est fait pour que les œuvres soient correctement éclairées mais protégées des rayons violents, avec de petites astuces d’orientation. Du génie
Extérieur et salon de la maison Louis Carré de l’architecte Alvar Aalto
© Luxproductions. © Kaminoto
5. La Fondation Hartung Bergman à Antibes : page blanche pour un sculpteur
À Minorque, à Paris et à Antibes, il a dessiné ses lieux de vie et de travail, car Hans Hartung (1904–1989) avait certaines idées sur l’architecture, qu’il souhaitait géométrique et pure. Ici, sur les hauteurs d’Antibes et au beau milieu des pins, l’exceptionnelle lumière du sud lui inspire de grands murs blancs scandant trois espaces distincts : la vie, le travail, les dépendances. Il achète le terrain en 1961 et dessine dans la foulée les plans de l’édifice où il vivra jusqu’à sa mort, et où il emménage avec sa compagne Anna-Eva Bergman (1909–1987), peintre norvégienne. Aujourd’hui, la maison abrite une fondation dont la mission principale est la conservation, l’étude et le rayonnement du patrimoine du couple. Récemment ouverte au public, on peut y admirer le long bassin de la piscine, les façades éclatantes et les volumes dessinés par les ombres comme un manifeste moderne, l’atelier des artistes… Et s’attarder dans un poème de formes.
La Fondation Hartung-Bergman (à gauche) et l’atelier de Hans Hartung (à droite) à Antibes
© Fondation Hartung-Bergman
6. Le Cap Moderne à Roquebrune-Cap-Martin : havre de paix et d’architectes
Tout commence avec l’architecte irlandaise Eileen Gray, qui repère le terrain en 1926, juste au bord de l’eau. Pour elle et son compagnon Jean Badovici, architecte également, elle conçoit une maison intitulée E-1027 (le E d’Eileen, le 10 du J de son compagnon Jean, le 2 du B de Badovici et le 7 du G de Gray), ainsi que tout le mobilier qu’elle accueille. À côté de cet édifice sur pilotis toute en voiles (la faute au vent !) et en volumes modernistes, un plombier nommé Thomas Rebutato réalise son rêve et se fait construire un cabanon de pêcheur, qui deviendra rapidement un restaurant. Celui-ci a notamment pour client Le Corbusier en personne, qui peint sur les murs un portrait du plombier-restaurateur. Inspiré par l’endroit – il est vrai sublime –, l’architecte se dessinera un petit cabanon à l’espace optimisé, devenu culte. Voilà donc comment le Cap Moderne est devenu un lieu triple, riche en histoires d’architecture et d’amitiés.
Le site de Cap Moderne, avec la villa E-1027 (en bas), le restaurant « L’étoile de mer » (au centre) et le cabanon de Le Corbusier (à droite)
© Cap Moderne / Photo Manuel Bougot
Cap Moderne
Départ à l’esplanade de la gare SNCF de Roquebrune-Cap-Martin (autrefois gare de Cabbé)
Visites guidées uniquement : deux visites par jour en français et deux en anglais (selon la saison), visite en italien ou privée sur demande.
Le monument n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite, malvoyantes ou malentendantes.
Pour des raisons de sécurité, les enfants de 0 à 7 ans sont fortement déconseillés sur le site.
Chaussures plates vivement recommandées !
Avenue le Corbusier • 06190 Roquebrune-Cap-Martin
capmoderne.com
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