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Récemment, elle a été sélectionnée pour représenter la région des Hauts-de-France dans l’élection du « monument préféré des Français » (une émission de télévision présentée par le défenseur du patrimoine Stéphane Bern, dont les votes sont ouverts jusqu’au 26 juillet). Cet engouement, un peu moins d’un siècle après sa livraison en 1932 par l’architecte Robert Mallet-Stevens (1886–1945) pour l’industriel Paul Cavrois, en dit long sur l’importance et l’inventivité de cette œuvre d’art total. Gigantesque, la villa est habitable sur plus de 1 800 mètres carrés et dispose de terrasses de 830 mètres carrés et de près de deux hectares de parc ouvert à la visite. Son étonnante façade de briques, exemplaire de ce que le modernisme a pu faire de mieux (volumes géométriques, larges baies, toit-terrasse), émerveille aussi bien que les meubles, horloges, panneaux de bois et bureaux qui, du hall-salon aux chambres, décline l’esthétique de Mallet-Stevens jusque dans les moindres détails. Un régal.
Villa Cavois à Croix par l’architecte Robert Mallet-Stevens. Inaugurée en 1932, elle fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 12 décembre 1990.
Courtesy CMN / Photo Jean Luc Paillé
Ici encore, le bâtiment est un manifeste. Cette fois-ci signé Le Corbusier (1887–1965), pape suisse naturalisé français de l’architecture moderne, pour la riche famille Savoye. Construite entre 1928 et 1931, cette villa blanche de béton peut se lire comme un manuel des cinq principes fondateurs conçus par l’architecte aux lunettes rondes, qu’il ne cessera d’explorer ensuite : les pilotis, qui soutiennent l’édifice, les toits-terrasses utilisables car plats, la fenêtre en bandeau, horizontale et large pour faire entrer le plus de lumière possible, le plan libre, qui remplace les murs porteurs, trop encombrants, par des poteaux, et la façade libre, autrement dit libérée des poteaux et des planchers, placés en porte-à-faux. Rendue plus légère, la structure de cette « machine à habiter » ou « boîte en l’air » apparaît aussi avant-gardiste aujourd’hui qu’hier : l’air, la lumière, la transparence y sont roi et reines d’un espace sans ornement, sans affect, qui impulse une nouvelle façon de vivre. Bon à savoir : de temps à autre, des spectacles de danse y ont lieu dans le cadre de la programmation « Monuments en mouvement ».
Le Corbusier et Pierre Jeanneret, Villa Savoye, 1931
Universal Images Group North America LLC / Photo Bildarchiv Monheim GmbH / De Agostini /Alamy / Hemis
Le saviez-vous ? Installé à quelques minutes de la fière tour Eiffel, l’Unesco abrite depuis 1958 pas moins de six cents œuvres d’art signées Pablo Picasso, Joan Miró, Alexander Calder, Erró, Alberto Giacometti, Eduardo Chillida ou Henry Moore, ainsi qu’une chapelle de Tadao Ando, un jardin japonais d’Isamu Noguchi et une grande tapisserie de Jean Lurçat intitulée la Tour du Soleil. L’édifice, qui s’ouvre régulièrement gratuitement au public (ne manquez pas la Nuit de la philosophie qui s’y tient chaque année et qui permet d’arpenter ses couloirs à minuit passé !), vaut aussi le détour pour son architecture conçue par trois grands noms internationaux : l’Américain Marcel Breuer, le Français Bernard Zehrfuss et l’Italien Pier Luigi Nervi. Surveillés et validés par un comité 5 étoiles (Le Corbusier, Walter Gropius…), les architectes ont conçu un bâtiment principal en forme d’étoile à trois branches, posé sur soixante-douze pilotis, qui donne le ton des lignes modernistes se déployant dans ses intérieurs. Ici encore, tout fait œuvre et se regarde à la loupe : salles de conférences, halls, escaliers…
Siège de l’Unesco situé place de Fontenoy à Paris, inauguré le 3 novembre 1958
Courtesy UNESCO / Photo Ignacio Marin / © Joan Miró
Certains froncent le nez en évoquant les rues droites et les bâtiments répétitifs de la ville du Havre. Et pourtant : chef-d’œuvre total de l’architecte Auguste Perret (1874–1954), sa visite attentive vaut le détour à bien des égards. Déjà, pour le béton. Il s’agissait ici de reconstruire rapidement (de 1945 à 1964) une ville détruite à 82 % par les bombardements de septembre 1944. Perret, pionnier dans le choix d’employer ce matériau d’ordinaire prisé des ingénieurs pour construire des immeubles, l’utilise depuis le tout début du XXe siècle avec brio, et illustre ici la palette de ses savoir-faire. Grâce à des procédés comme le burinage, le polissage ou le bouchardage, il le décline sous différentes formes, l’anoblit, l’habille, le colore… et diversifie, plus qu’on ne le croit au premier regard, les façades. À visiter pour compléter la visite de la ville : l’église Saint-Joseph, superbe tour lanterne hexagonale envahie d’une lumière multicolore ainsi que l’appartement-témoin Perret, qui restitue avec exactitude les plans conçus par l’architecte, avec mobilier et décorations. Du soleil, de l’air et du confort : on sort de la visite forcément conquis !
Auguste Perret, Hôtel de ville du Havre
© Auguste Perret, UFSE, SAIF, 2017 / akg-images / viennaslide / © Harald A. Jahn / © Auguste PERRET, UFSE, SAIF, 2017
Église Saint-Joseph - Le Havre
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h – Entrée libre
Boulevard François Ier • 76600 Le Havre
Appartement-témoin Perret - Le Havre
Ouvert toute l’année sur R.D.V – Tarif plein : 5 €. Tarif réduit : 3 €
181, rue de Paris • 76600 Le Havre
Régulièrement volées ou soigneusement dissimulées dans l’ombre des architectes hommes, les femmes ne sont pas absentes de l’histoire du modernisme, bien au contraire. Aujourd’hui, de nombreux ouvrages éclairent leur apport et leur importance – à glisser dans votre valise cet été, la bande dessinée que les autrices Charlotte Malterre-Barthes et Zosia Dzierżawska consacrent à Eileen Gray (1878–1976). Une visite s’impose ensuite : direction Roquebrune-Cap-Martin, et la splendide villa E-1027, construite de 1926 à 1929 par l’architecte irlandaise avec la collaboration de son compagnon Jean Badovici. Pilotis, toit-terrasse, larges baies vitrées horizontales, le tout entouré d’un jardin verdoyant et face à la mer… Le modernisme, tout en béton et façades blanches, apparaît ici comme la plus belle façon de répondre aux reliefs accidentés des paysages ainsi qu’à la mer immense et bleue. À l’intérieur, car la villa est petite, le mobilier déploie des trésors d’inventivité et d’astuces, à observer de près. Cinq fresques de Le Corbusier, invité par Jean Badovici à s’emparer de l’espace après sa rupture avec Eileen Gray, y sont également conservées.
Fresque de Le Corbusier, 1938 dans la Villa E-1027 construite par Eileen Gray pour l’architecte Jean Badovici
Photo Boigontier Pascale et Bruno / Hemis / © Eileen Gray / © Le Corbusier
Villa E-1027
Réouverture en avril 2023
Sentier Massolin • 06190 Roquebrune-Cap-Martin
capmoderne.monuments-nationaux.fr
Non loin de la fondation Arp – qui expose les sculptures du surréaliste dans la maison conçue par sa compagne Sophie Taeuber –, la maison-atelier du peintre et architecte Theo van Doesburg (1883–1931) est plus difficilement visitable mais tout aussi intéressante. Dessiné et construit de 1929 à 1931, le petit bâtiment blanc présente, à l’arrière, d’immenses verrières aux chambranles verticaux, et, côté rue, des fenêtres bandeaux. Minimaliste, cette déclinaison de cubes imbriqués évoque ses peintures de la même période. Mort avant la fin des travaux (c’est sa femme qui les dirigera ensuite d’après des croquis), Theo van Doesburg avait l’idéal d’une synthèse des arts et des champs de la connaissance (« réunir la société, l’industrie et les sciences »), qui semble ici trouver son illustration la plus éloquente.
La Maison-Atelier Van Doesburg à Meudon, dessinée par le peintre et architecte néerlandais Theo van Doesburg, et achevée en 1930
Courtesy Maison Van Doesburg / Photo de Jean-Michel Bale / © Theo van Doesburg
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