La peinture en 2018 ? Débordements en tout genre
La peinture en 2018 ? Débordements en tout genre
Figurative ou abstraite, la peinture avance sur tous les fronts pour sortir du cadre et des conventions. À la conquête de nouveaux espaces ou d’une sexualité longtemps confisquée par les hommes, les artistes qui nous ont tapé dans l’œil cette année lui font reprendre du poil de la bête… et parfois perdre la tête. À tous les niveaux, la peinture se fait plus agressive sous des dehors faussement câlins. Explications.
Figurative ou abstraite, la peinture avance sur tous les fronts pour sortir du cadre et des conventions. À la conquête de nouveaux espaces ou d’une sexualité longtemps confisquée par les hommes, les artistes qui nous ont tapé dans l’œil cette année lui font reprendre du poil de la bête… et parfois perdre la tête. À tous les niveaux, la peinture se fait plus agressive sous des dehors faussement câlins. Explications.
1. Les envahissants
Ils déplacent avec eux leur atelier, quand ils ne partent pas à l’assaut de vos murs, de votre sol, et bientôt de toute votre maison. Mais ces peintres-là occuperont si bien votre espace et votre esprit qu’il vous sera impossible de revenir en arrière.
Les peintures murales se font un peu plus rares dans les centres d’art et les galeries. Cette raréfaction est peut-être une conséquence du retour en grâce de la peinture sur le marché : les wall paintings se vendant moins bien et étant éphémères, autant œuvrer dans des formats standards, se dit-on sûrement dans le milieu. Pourtant, des artistes restent fidèles aux murs et, au-delà, à une peinture qui vient glisser au sol, pense son environnement idéal ou reste hantée par l’atelier. En somme, une peinture excédant ses propres limites, mais non les règles de la diplomatie : elle négocie sa place, sans se l’arroger avec arrogance.
C’est peut-être là la différence : avec, d’une part, les muraux du duo suisse Lang/Baumann (qu’on adore) qui dynamisent la façade d’un immeuble poitevin d’une palette vive et de lignes fulgurantes, et, d’autre part, les peintures de Flora Moscovici. Si celle-ci ne rechigne pas à conquérir toute la place qu’on lui alloue (une galerie entière, ou tout un vieux mur de pierre), elle le fait avec une certaine discrétion, liée à l’aspect poudreux ou plutôt nébuleux de ses oeuvres. Il y a en elles quelque chose d’immatériel, dévoilant, telle une substance sympathique, les zones invisibles du support. Les peintures murales de Stéphane Dafflon, tout en dégradé et en subtiles trajectoires, se mêlent de montrer sous un jour nouveau l’architecture qu’elles investissent (en l’occurrence, cet hiver, celle du Plateau).
Enfin, quand Samuel Richardot dépose et déroule au sol comme une pelote les formes en papier découpé qu’il a peintes sur la toile, cela revient à ouvrir dans – ou à côté – des tableaux une espèce d’arrière-salle, où prendrait vie et consistance leur devenir en sculpture.
Lang/Baumann – Lignes en fuite
Sabina Lang est née en 1972, et Daniel Baumann, en 1967. Vivent à Berthoud (Suisse) et collaborent depuis 1990. Représentés par la galerie Loevenbruck (Paris).
Le duo verse la peinture géométrique dans l’espace public en adoptant une palette électrique et en laissant filer des lignes et des lignes droit devant : sur les murs, vers l’infini et au-delà.
Lang/Baumann, Beautiful House #2, 2017
Peinture murale • 1650 × 800 cm • Courtesy Ville de Poitiers / © Lang/Baumann
Flora Moscovici – Motifs de plinthe
Née en 1985. Vit et travaille à Paris.
Une découverte. Dans un champ déjà bien occupé et balisé (la peinture dans l’espace), la jeune Flora Moscovici réussit à se frayer un chemin avec ses bouffées de spray et sa palette à la fois vive et étouffée. Un all-over ayant on ne sait quoi de fantomatique – qui se serait attardé sur la queue de la comète picturale pour en recueillir ou en semer la poussière.
Flora Moscovici, Sous les couches elle restera, 2017
Pigments, liant, peinture acrylique sur murs • Photo Florence Meyssonnier / © Flora Moscovici
Samuel Richardot – Jamais sans son barda
Né en 1982, à Aurillac. Vit à Paris et en Auvergne.
Outre sa manière de déposer les armes (les outils qui ont servi à fabriquer ses tableaux), ce sont bel et bien ses nuées ordonnées et chaotiques, de formes abstraites et truculentes, qui ravissent chez cet artiste. Et à un moment, ça ne s’explique plus.
Samuel Richardot, 17/01/07, 2011
Acrylique sur toile • 56 × 45 cm • Photo Aurélien Mole / © Samuel Richardot / Courtesy fondation d’entreprise Ricard
Sarah Crowner – Une abstraction pimpante du sol au plafond
Née en 1974, à Philadelphie. Vit et travaille à New York. Représentée par la galerie Simon Lee (Londres).
Jamais présentée en France, la peinture de Sarah Crowner s’aventure vers la céramique, les pavements bariolés et les rideaux de théâtre bigarrés pour réattribuer au modernisme un optimisme pimpant.
Sarah Crowner, Untitled, 2017
Acrylique sur toile cousue • 76,2 × 61 cm • Courtesy Sarah Crowner & Simon Lee Gallery, Londres, Hong-Kong / Photo Saskia Wilson / © Sarah Crowner
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