La peinture en 2018 ? Débordements en tout genre
La peinture en 2018 ? Débordements en tout genre
Figurative ou abstraite, la peinture avance sur tous les fronts pour sortir du cadre et des conventions. À la conquête de nouveaux espaces ou d’une sexualité longtemps confisquée par les hommes, les artistes qui nous ont tapé dans l’œil cette année lui font reprendre du poil de la bête… et parfois perdre la tête. À tous les niveaux, la peinture se fait plus agressive sous des dehors faussement câlins. Explications.
4. Les pirates
Mi-hackers, mi-vampires, ils apportent du sang frais à la peinture en la nourrissant de sculpture, de cinéma ou encore de nouvelles technologies. Sans complexe et avec un aplomb extraordinaire.
De la peinture aux mots, de la peinture à la sculpture, de la peinture au cinéma… Rien n’est désormais plus étranger à la peinture que l’entre-soi. Les artistes regardent au-delà du domaine pictural, de ses références historiques et de son imagerie, pour tenter d’écrire leur petite prose peinte (« poésure », avait proposé comme mot-valise Kurt Schwitters, avant que Bernard Blistène ne reprenne le terme dans son exposition « Poésure et peintrie – D’un art, l’autre », en 1998, à Marseille) : les tableaux de Camila Oliveira-Fairclough font sauter les lettres comme des crêpes et qui viennent titiller l’esprit à coups de bons mots visuels, tandis que, chez Christian Robert-Tissot, le texte se fait bref et laconique, mais redoutablement efficace.
D’autres tentent de représenter les formes sculpturales avec un aplomb et un modelé qui fait oublier que la peinture est et reste vouée à la planéité. À vrai dire, cette manière qu’a la peinture de rivaliser avec la sculpture n’est pas neuve et trouve ses origines dans la querelle qui opposait les tenants des deux arts pour savoir lequel était supérieur à l’autre. Dès le XVIe siècle, Titien avait lancé les hostilités et portraiturait une jeune femme deux fois sur la même toile. D’abord en la représentant de face, avec le rose aux joues et un habit coloré. Puis, de profil, comme gravée dans le marbre. Le sourire de la première versus la mine inerte de la seconde ne laissait aucun doute sur la suprématie de la peinture.
La Tête romaine de Coraline de Chiara, les toiles de Tim Eitel ou d’un des maîtres du genre, Michaël Borremans, ne poursuivent toutefois pas le même but belliqueux. Il s’agit plutôt de rendre plus étranges ces silhouettes qui gagnent sur la toile le droit à une identité vague : sont-ce des modèles de chair et d’os qui ont prêté leur image ou bien des créatures fantoches de marbre ou de porcelaine ? Et puis il y a ces œuvres qui s’imprègnent des images numériques, voire de leur texture liquide et de leur palette électrique. Ainsi Valentin Dommanget qui combine vieilles recettes (il recourt à la technique de la peinture sur l’eau, ou suminagashi, celle dont on fait les papiers marbrés) et nouveaux effets (ses tableaux semblent sortir du mur ou tomber de l’espace virtuel, n’avançant qu’à tâtons dans l’espace d’exposition). Enfin, la peinture fait régulièrement son cinéma en passant au crible, chez Nina Childress, les représentations du corps féminin sur le grand écran, dans des toiles baignant jusqu’à saturation dans la palette Technicolor des films des années 1970.
Coraline de Chiara – L’Antiquité fantôme
Née en 1982 à Jakarta. Vit et travaille en Seine-Saint-Denis.
Une peinture aimantée par le classicisme et l’Antiquité mais qui tire, de l’autre côté, du côté obscur, en mâtinant ses sujets d’un vernis fantastique.
Coraline de Chiara, Tête Romaine, 2017
Huile sur toile • 65 × 81 cm • Coll. particulière • © Coraline de Chiara
Valentin Dommanget – Peinture à cristaux liquides
Né en 1988 à Châlons-en-Champagne. Vit et travaille à Berlin. Représenté par Lily Robert (Paris).
Peignant sur une feuille de plastique qu’il suspend à un bloc de mousse synthétique grise, le jeune artiste travaille autant le support, acrobatique, que la surface, mauve et moirée, de son tableau pour en faire un attelage sculptural et une espèce de fenêtre sur le virtuel.
Valentin Dommanget, Snippet #1, 2016
Peinture sur blister transparent et mousse synthétique enduite de plâtre, soie, crochets en acier • 75 × 60 × 13 cm • Courtesy Valentin Dommanget et galerie Lily Robert, Paris / © Valentin Dommanget
Valentin Dommanget. ESC(ape)/CTRL
Du 1 février 2018 au 28 février 2018
Galerie Lily Robert • 3 Rue des Haudriettes • 75003 Paris
www.lilyrobert.com
Christian Robert-Tissot – En un mot comme en cent
Né en 1960 à Genève, où il vit et travaille. Représenté par la galerie Lange + Pult (Zurich).
Des mots ou parfois, comme ici, un seul mot dépeint en méthode syllabique : la peinture de Christian Robert-Tissot prend la forme d’une adresse au spectateur et d’une mise en forme du langage.
Christian Robert-Tissot, Painting, 2017
Acrylique sur toile • 140 × 89 cm • © Christian Robert-Tissot / Courtesy galerie Joy de Rouvre, Genève
Nina Childress – Electric Child
Née en 1961 à Pasadena (Californie). Vit et travaille à Paris, où elle est représentée par la galerie Bernard Jordan.
La meilleure d’entre tous (et toutes) : Nina Childress, qui fit ses armes (et les 400 coups) à l’époque de la Figuration libre, peint aujourd’hui des groupes de filles avec une palette vive qui électrise les silhouettes, les idées reçues et les situations compliquées.
Nina Childress, Twin Beds (967), 2017
Huile sur toile • 60 × 73 cm • Courtesy Bernard Jordan, Paris / © Thierry Dana
Libres Figurations – Années 80
Du 11 juin 2021 au 2 janvier 2022
Musée des Beaux-Arts de Calais • 25 Rue Richelieu • 62100 Calais
mba.calais.fr
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