La peinture en 2018 ? Débordements en tout genre
La peinture en 2018 ? Débordements en tout genre
Figurative ou abstraite, la peinture avance sur tous les fronts pour sortir du cadre et des conventions. À la conquête de nouveaux espaces ou d’une sexualité longtemps confisquée par les hommes, les artistes qui nous ont tapé dans l’œil cette année lui font reprendre du poil de la bête… et parfois perdre la tête. À tous les niveaux, la peinture se fait plus agressive sous des dehors faussement câlins. Explications.
3. Les bêtes de scène
Qui a dit que la peinture était statique ? Verticale ? En deux dimensions ? Renouant avec les avant-gardes, de nombreux peintres contemporains conçoivent leur tableau à la manière d’un show, dont le public sera tout autant le spectateur que l’acteur. Voire le prestidigitateur.
Les peintres ne jouent pas toujours tout sur le tableau. Parfois, c’est au-devant de lui que s’étend son pouvoir d’attraction, sa mécanique narrative. Ces derniers temps, on a beaucoup vu des théâtres picturaux dans lesquels sont adaptés les ressorts des spectacles scéniques. Mises en scène comiques ou dramatiques, dignes d’une boîte à strip-tease de Las Vegas ou du répertoire de la commedia dell’arte, les shows où la peinture jouent les premiers rôles ne sont pas certes pas nés d’hier. Les avant-gardes du début du XXe siècle, dans leur désir de combiner toutes les pratiques artistiques, avaient déjà dévié la peinture de sa planéité en se donnant pour mission de tendre un décor scénique, de réaliser des accessoires ou de concevoir des costumes. C’est en se souvenant de cette veine très joueuse et live d’Oskar Schlemmer, de Fernand Léger ou de Kazimir Malevitch que Karina Bisch a pensé son exposition « Les tableaux vivants », l’an dernier, à Vélizy-Villacoublay : ses immenses toiles (4 mètres par 4) faisaient face à des tabourets aux motifs modernistes conçus par le Suisse Max Bill, associés à des coussins brodés par l’artiste.
La peinture quitte le cadre du tableau où elle se tenait un peu à part, sûre de dominer son sujet et le spectateur. Elle se risque dans l’espace de celui-ci, avec la promesse d’un dépaysement, tant pour elle que pour lui. À l’image des peintures en trompe- l’œil de Christian Hidaka, où se rejouent les espaces compliqués des romans à énigmes et où le spectateur devient un élément de l’intrigue visuelle qui s’y joue. À l’image encore, dans un tout autre registre de l’accrochage pimpant que les frères Quistrebert avaient osé au Palais de Tokyo, en plaçant leurs œuvres sur des poteaux métalliques qui tournaient sur eux-mêmes : les tableaux scintillant comme des néons de bars interlopes grâce aux leds incrustés dans leur pâte assuraient le spectacle en devenant en quelque sorte des pole dancers. Enfin, comment ne pas penser au duo We Are the Painters, dont le travail consiste désormais à peindre décors champêtres
et costumes pour des muses qui sont les têtes d’affiche d’un film à venir, une espèce de fable pastorale intitulée Paint for Ulma et dont les éléments sont semés de loin en loin au fil de leurs expositions (à Poitiers, Rennes et bientôt Nice).
Karina Bisch – Pour la joie de foncer dans le décor
Née en 1974. Vit et travaille à Paris.
Hantée par les formes modernistes, la peinture de Karina Bisch s’extirpe des limites du cadre du tableau pour tomber dans l’arène du design textile et du mobilier, poursuivant après coup l’utopie d’un art qui soit au contact du quotidien et l’embellisse.
Karina Bisch, Vue de l’exposition » Les Tableaux Vivants « , L’Onde, Vélizy-Villacoublay, 2017
Courtesy Karina Bisch / Photo Aurélien Mole
De-Formes
Du 12 janvier 2018 au 23 février 2018
Galerie 65 de l'ESADHaR • 65 Rue Demidoff • 76600 Le Havre
esadhar.fr
We Are the Painters – Une pastorale à rendre chèvre
Duo formé en 2004.
Lancés depuis trois ans dans la production d’une élégie peuplée de bergères (habillées de costumes peints sur toile rêche et coiffées de perruques caoutchouteuses) prenant soin d’une chèvre prénommée Ulma, Nicolas Beaumelle et Aurélien Porte exposent la peinture comme on raconte une histoire et comme on monte un spectacle.
We Are the Painters, Vue de l’exposition » Tainted Love « , Confort moderne, Poitiers, 2018
© Rebecca Fanuele / © We Are The Painters / Confort moderne, Poitiers
We Are the Painters. Whisper to the Landscape
Du 10 février 2018 au 28 avril 2018
40mcube • 128 Avenue Sergent Maginot • 35000 Rennes
www.40mcube.org
Tainted Love
Du 16 décembre 2017 au 4 mars 2018
Confort moderne • 185 Rue du Faubourg du Pont Neuf • 86000 Poitiers
www.confort-moderne.fr
Florian & Michael Quistrebert – Sous les feux de la rampe
Nés en 1982 et en 1976. Vivent et travaillent à Amsterdam. Représentés par la galerie Crèvecoeur (Paris).
De la peinture fautriesque qui manie la truelle, plutôt que le pinceau, et veut faire feu de tout bois : les frères Quistrebert fichent dans leurs tableaux des leds qui scintillent et surchargent les toiles d’une matière épaisse, qui, miracle, prend chair avec grâce.
Florian & Michael Quistrebert, Vu de l’exposition « The Light Of The Light », Palais de Tokyo, Paris, 2016
Courtesy Florian & Michael Quistrebert et Crèvecoeur, Paris / Photo Aurélien Mole.
Christian Hidaka – Le paradis d’un oiseau
Né en 1977 à Noda (Japon). Vit et travaille à Londres. Représenté par la galerie Michel Rein (Paris).
Le paon, le dallage, le patio au loin : on dirait le décor d’une scène de théâtre ou une maquette dessinée par un architecte ourdissant de sombres intrigues, rapts ou complots. Autant de chausse-trappes que la peinture de Christian Hidaka emplit en outre de sa puissance illusionniste.
Christian Hidaka, Vue de l’exposition « Desert Stafe », Grand Café, Saint Nazaire, 2016
Photo Marc Domage / Courtesy Christian Hidaka et Galerie Michel Rein, Paris-Bruxelles
Flatland / Abstractions Narratives #2
Du 7 octobre 2017 au 2 avril 2018
Mudam • 3 Park Drai Eechelen • 1499 Luxemburg
www.mudam.lu
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