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DOSSIER

Nouvelles tendances : les mondes parallèles du dessin contemporain

le 2 mai 2022 à 16h05

De mai à juin, le dessin bourgeonne dans toute la France à travers de nombreux salons et expositions. L’occasion pour Beaux Arts d’explorer les univers parallèles de 20 artistes au crayonné fantastique. Le printemps sera graphique ou ne sera pas !

Le dessin divague. Il est le support souple et friable de rêveries floues d’où surgissent furtivement des créatures qui ne tiennent pas en place. Car même si certains artistes croquent leurs modèles d’un trait somme toute réaliste, bien que les proportions soient, ici et là, délibérément aberrantes, il n’en demeure pas moins que les personnages présents sont, pour la plupart, à peine humains. Les contours de leur silhouette s’étiolent vite, leur squelette se délite, leur chair s’ourle de bourrelets fantastiques, les traits de leur visage s’obscurcissent ou s’illuminent de taches d’encre. Et toutes ces déformations, excroissances, rondeurs ou retouches effrontées finissent par faire apparaître quelqu’un d’autre. En lieu et place d’un seul portrait, le dessin en accouche de deux, voire de trois, et bien plus encore. Qu’ils jouent des ombres portées ou du dédoublement des corps, les artistes laissent advenir la présence de figures spectrales. Le dessin est ainsi un des lieux privilégiés de l’apparition du double, d’un autre que soi, coïncidant aussi avec la remise en question actuelle des certitudes liées au genre et au sexe. Mieux, cette manière d’errer à travers la figure humaine est finalement une façon de laisser faire le crayon et l’esprit. Et d’abandonner sa position d’auteur pour l’automatisme intuitif et collectif, à l’égal des surréalistes mais aussi, avant eux, de Victor Hugo dessinateur et spirite.

Rithika Merchant : fusion mythologique

Née en 1986 à Mumbai (Inde), elle vit à Barcelone. Représentée par la galerie LJ (Paris).

Portrait de Rithika Arcadia
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Portrait de Rithika Arcadia

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Courtesy Galerie LJ, Paris et Rithika Merchant.

Puisant dans un vaste répertoire de formes et de motifs, allant des traités de botanique aux images des arts et traditions populaires des siècles passés, Rithika Merchant dresse des dessins dynamiques et truculents où se manifeste sa fascination pour la mythologie, indienne mais pas seulement. L’artiste a en effet quitté l’Inde au milieu des années 2000, pour étudier à New York, avant d’enchaîner les résidences en Europe (au Portugal, en Grèce, en Roumanie) et s’installer pour l’heure en Espagne. Ses oeuvres sur papier, où le collage et le pliage viennent compliquer des compositions déjà denses, vibrent d’êtres merveilleux et de motifs géométriques qui happent l’oeil et tendent au spectateur d’intrigantes invitations à rejoindre leur monde crypté. La maison Chloé n’a d’ailleurs pas résisté en faisant appel à l’artiste pour imaginer des motifs.

Représenté par la galerie LJ (Paris).

Rithika Merchant, Spiritual Revolution
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Rithika Merchant, Spiritual Revolution, 2021

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Courtesy Galerie LJ, Paris et Rithika Merchant.

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À voir à DDessinParis

Du 20 au 22 mai

Le Molière • 40 rue de Richelieu, 75001, Paris.

https://ddessinparis.com/

Ruth Marten : portraits fantastiques

Née en 1949 à New York, où elle vit et travaille.

Ruth Marten
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Ruth Marten

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© Ruth Marten.

L’artiste new-yorkaise altère ou plutôt sublime des personnages issus d’estampes des XVIIIe et XIXe siècles ou de photographies de la fin du XIXe. Elle fait apparaître sur ces inconnus d’étranges excroissances, des chevelures extravagantes, des costumes aux couleurs vives qui contrastent avec le noir et blanc original et se fondent tout en souplesse avec les éléments du décor. Drôles et cocasses, ces portraits liftés émettent aussi une tonalité fantastique. C’est peut-être l’esprit de ces personnages morts et enterrés depuis des lustres que Ruth Marten réveille ainsi, laissant surgir dans ces dessins leurs fantômes.

Représentée par Van der Grinten Galerie (Cologne).

Ruth Marten, Green Man
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Ruth Marten, Green Man, 2014

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© Ruth Marten, New York / Courtesy Van der Grinten Galerie, Cologne.

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À voir à Drawing Now Art Fair

Du 19 au 22 mai

Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.

https://www.drawingnowartfair.com/

Léo Dorfner : fragments nocturnes

Né en 1985 à Paris, où il vit et travaille.

Portrait de Léo Dorfner
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Portrait de Léo Dorfner

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© Hugo Godart

Multipliant les fenêtres ouvertes sur des images d’une vie nocturne exaltante, sinon débridée, Léo Dorfner compose des dessins trépidants. À tel point que certains « écrans » affichent des motifs ou des visages déformés, et quelque peu inquiétants. Les couleurs, ce rose chair jauni, ces rouges cramoisis, ces teintes luisantes impriment aussi aux corps et aux objets figurés la patine fripée de la lassitude. L’artiste dresse ainsi un tableau fragmenté de ses contemporains, ballottés par le flot des images numériques qu’ils nourrissent eux-mêmes dans une dérive punk.

Représenté par la galerie Claire Gastaud (Paris-Clermont-Ferrand).

Léo Dorfner, The Air that I Breathe
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Léo Dorfner, The Air that I Breathe, 2021

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Courtesy galerie Claire Gastaud, Paris

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À voir à Drawing Now Art Fair

Du 19 au 22 mai

Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.

https://www.drawingnowartfair.com/

Neïla Czermak Ichti : la vie rêvée de Neïla

Née en 1996 à Paris, elle vit à Marseille.

Portrait de Neïla Czermak Ichti
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Portrait de Neïla Czermak Ichti

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© Neïla Czermak Ichti.

Ses dessins ont une part autobiographique qu’il n’est certes pas nécessaire de décoder pour les apprécier, mais que Neïla Czermak Ichti assume en remontant à la source de son œuvre. « J’étais terrifiée par la perte, terrifiée par l’oubli, explique-t-elle. J’étais cette enfant bizarre qui prenait des photos de tout le monde, qui enregistrait les conversations, qui gardait les petits bouts de papier avec des écritures, qui retenait les détails, ne jetait jamais rien et posait trop de questions. J’ai toujours voulu tout garder et tout archiver. » Son art est pourtant davantage qu’un enregistrement fidèle de ce qui se passe autour d’elle ou de l’image des êtres qu’elle côtoie : dans ses compositions, denses, et à travers son trait, anguleux, semblent en effet s’immiscer des bribes de ses propres rêveries, malicieuses et tendres.

Représentée par Anne Barrault (Paris).

Neïla Czermak Ichti, Prête
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Neïla Czermak Ichti, Prête, 2018

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Courtesy galerie Anne Barrault, Paris / © image Aurélien Mole.

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À voir à Drawing Now Art Fair

Du 19 au 22 mai

Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.

https://www.drawingnowartfair.com/

Gert & Uwe Tobias : créatures félines et volatiles

Nés en 1973 à Brașov (Roumanie), ils vivent à Cologne.

Portrait de Gert & Uwe Tobias
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Portrait de Gert & Uwe Tobias

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Courtesy Gert & Uwe Tobias et Rodolphe Janssen, Bruxelles / Photo Alistair Overbruck.

Les deux frères travaillent une large variété de supports et techniques, parmi lesquels la gravure sur bois, la gouache et la céramique. Dans chacune de leurs oeuvres se retrouvent les influences de l’art vernaculaire de la Roumanie, où ils sont nés. Motifs de costumes folkloriques, masques de fêtes villageoises, personnages de contes et légendes merveilleux, bestiaires inquiétants, tout un trésor d’images et d’imagination populaires est ainsi passé à la moulinette de leurs pinceaux ensorcelants. Comme ici, cette figure de vieille dame bleutée que vient hanter une créature féline et volatile.

Représentés par Rodolphe Janssen (Bruxelles).

Nommés au 15e Prix de dessin de la fondation d’art contemporain Daniel & Florence Guerlain.

Gert & Uwe Tobias, Untitled
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Gert & Uwe Tobias, Untitled, 2018

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Courtesy Gert & Uwe Tobias et Rodolphe Janssen, Bruxelles / Photo Alistair Overbruck.© Adagp, Paris, 2022

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À voir au Salon du dessin

Du 18 au 23 mai

Palais Brongniart • 16 Pl. de la Bourse, 75002 Paris.

https://www.salondudessin.com/fr

Lenny Rébéré : fusains charnels

Né en 1994 à Lyon, il vit à Paris et travaille avec le collectif d’artistes Le Houloc (Aubervilliers).

Lenny Rébéré
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Lenny Rébéré

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© Lenny Rébéré

Lascive et érotique en diable, cette scène de baiser fougueux dessinée en noir et blanc par le jeune Lenny Rébéré voit les contours de ses protagonistes étirés, allongés, caressés par les coups de fusain qui la trace. Il semble que les plis des rideaux tendus derrière le couple se déversent et débordent sur lui au point d’en gondoler les contours et de rendre tout (le papier comme la scène) plus charnel. Une image s’incrustant dans celle-ci (un bras langoureusement suspendu en l’air) vient mystérieusement s’inviter aux ébats, rendus plus oniriques encore par le fait que le dessin se voit au filtre d’un verre teinté.

Représenté par Isabelle Gounod (Paris).

Lenny Rébéré, Ghost Flows
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Lenny Rébéré, Ghost Flows, 2022

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© Lenny Rébéré

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À voir à Drawing Now Art Fair

Du 19 au 22 mai

Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.

https://www.drawingnowartfair.com/

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