Nouvelles tendances : les mondes parallèles du dessin contemporain
Nouvelles tendances : les mondes parallèles du dessin contemporain
De mai à juin, le dessin bourgeonne dans toute la France à travers de nombreux salons et expositions. L’occasion pour Beaux Arts d’explorer les univers parallèles de 20 artistes au crayonné fantastique. Le printemps sera graphique ou ne sera pas !
TENDANCE
4. Fort en geste
Parce qu’il s’accompagne en général de peu de fioritures, le dessin ne filtre pas beaucoup les gestes de l’artiste. Il les laisse bien visibles et leur cède pour ainsi dire la première place. Les emportements nerveux qui tracent des lignes folles, les méticuleux coloriages, les quadrillages maniaques qui ne s’écartent pas d’un fil d’un processus décidé en amont témoignent avec une désarmante transparence de la volonté et du doigté de leurs auteurs. Le dessin s’affiche ainsi comme le résultat de gestes programmés ou intuitifs, leur caisse de résonance et leur espace de gestation.
L’œuvre est toujours un peu son propre brouillon. Nombreux sont les dessins qui s’amusent et se suffisent de cette simultanéité des étapes (préparation des matériaux, mise en condition physique de l’exécutant, définition d’un programme et passage à l’action, avec ses éventuels ratés en cours de route). L’œuvre, le plus souvent abstraite, se tient alors tout entière dans les gestes, leur exactitude ou leurs maladresses qui prennent valeur de manifeste : le dessin est une pensée (ou une imagination) agissante. Rouler le papier comme le fait la jeune artiste Mara Fortunatović (ou feint de le faire, ces trompeuses feuilles sont en métal), c’est rendre grâce au support du dessin, tout en le poussant pourtant dans la dimension du volume et de la sculpture.
C’est aussi montrer que le dessin commence dans le blanc et les plis d’une feuille vierge, qui espérait peut-être autre chose. Se multiplient aussi les performances (filmées ou live) graphiques où l’artiste se montre, indécis ou au contraire inspiré et comme habité par un secret dessein. Ce qu’il faut retenir des séances de dessin en direct d’un Dennis Oppenheim, d’un Matthew Barney (et ses « Drawing Restraint ») ou de celles, aujourd’hui d’un Emmanuel Béranger, c’est le processus, les tressautements du corps, la condition physique du dessinateur, ce sportif en puissance. Dessiner, c’est aussi risquer de tomber.
Mara Fortunatović : entre sculptures et dessins
Née en 1987 à Paris, où elle vit.
Portrait de Mara Fortunatovic
Courtesy Archiraar Gallery, Ixelles © Mara Fortunatovic.
Bien qu’elle soit présentée dans le contexte d’un salon du dessin, Mara Fortunatović œuvre dans le champ de la sculpture, minimaliste et épurée. Mais il est vrai que ses volumes, aux formes courbes, élancées, à la blancheur immaculée, évoquent avec grâce des lignes dessinées qui se seraient aventurées hors d’une feuille de papier pour rejoindre l’espace. Il y a aussi que ces sculptures, anguleuses, géométriques mais, pour certaines, tout en rondeurs, semblent en attente, comme suspendues à l’usage qui pourrait en être fait. À l’image de ces rouleaux de papier (impossibles pourtant à déplier puisqu’ils sont faits d’aluminium peint).
Représentée par les galeries Archiraar (Bruxelles) et Double V (Paris-Marseille).
Mara Fortunatović, Rariores Sylvae, 2015
Courtesy Katharina Hinsberg et Drawing Room, Hamburg / Photo Helge Mundt, Hamburg
À voir à Drawing Now Art Fair
Du 19 au 22 mai
Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.
Katharina Hinsberg : papiers suppliciés
Née en 1967 à Karslruhe, vit à Neuss (Allemagne).
Portrait de Katharina Hinsberg
© RDarnaud
Pour cette série, Katharina Hinsberg applique des lignes sur du papier blanc à l’aide d’encre de Chine, de graphite ou de crayons de couleur, puis entaille le papier avec un scalpel et un couteau. Les lignes dessinées sont ainsi coupées, leurs cicatrices forment des boursouflures charnues qui se tordent à la surface pour créer une composition sinueuse mais verticale. L’Allemande a par ailleurs l’habitude de déployer dans l’espace de vastes installations graphiques, usant de divers matériaux, comme les pelotes de laine ou les Post-it.
Représentée par Drawing Room (Hambourg).
Katharina Hinsberg, Filet, 2015
© Katharina Hinsberg et Drawing Room, Hamburg / Photo Helge Mundt, Hamburg.
À voir à Drawing Now Art Fair
Du 19 au 22 mai
Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.
Cécile Bart : bandes optiques
Née en 1958 à Dijon, vit à Marsannay-la-Côte (Côte-d’Or).
Portrait de Cecile Bart
Photo Anthony Lanneretonne
Ses installations tendent des lamelles ou des écrans de papier translucides et colorés que fait scintiller la lumière en les traversant. Son travail de dessin poursuit de comparables effets chromatiques et prend valeur, comme ici, d’esquisses à ses interventions dans l’espace. Les bandeaux s’entrecroisent et semblent continuer leur route bien au-delà du cadre qui leur est imparti. Cécile Bart, multipliant les interférences (entre l’espace et son motif abstrait, entre les couleurs, les formes et le déplacement du spectateur), crée ainsi un art optique dépouillé de tout effet trop ostentatoire.
Représentée par Gilles Drouault galerie / multiples (Paris).
Cécile Bart, Peinture murale 2 Interferencias (détail), 2013
Courtesy Gilles Drouault galerie/multiples, Paris © Cécile Bart.
À voir à Drawing Now Art Fair
Du 19 au 22 mai
Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.
Emmanuel Béranger : un corps en mouvement
Né en 1997 à Nantes, vit à Poitiers.
Portrait d’Emmanuel Beranger
Photo Lucille Saillant
Le travail bondissant d’Emmanuel Béranger trouve place au Carreau du Temple, dans le cadre d’une exposition intitulée « Hyperdrawing », qui se tient simultanément au Frac Picardie ainsi qu’à la Maison de la culture d’Amiens. Sa commissaire, Joana P.R. Neves, propose, à travers des oeuvres réalisées pendant la durée de l’exposition ou juste avant son vernissage, de mettre en avant le geste performatif à l’oeuvre dans le dessin et les règles qu’il se donne. Emmanuel Béranger fait ainsi dépendre le tracé graphique des mouvements de son corps en extension. Du dessin comme une pratique sportive où la ligne visée, n’est pas la ligne d’arrivée.
Emmanuel Béranger, Saut n°2, 2019–2021
Photo Lucille Saillant
À voir à Drawing Now Art Fair
Du 19 au 22 mai
Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller, 75003 Paris.
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