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Bande dessinée

Une bande de filles électrise la BD

le 22 janvier 2021 à 10h01

Même le festival d’Angoulême a fini par l’admettre : les femmes existent. Profitant des remises de prix saisonnières, Beaux Arts dirait même plus : de Claire Bretécher et Chantal Monteiller à aujourd’hui Aude Picault et Emil Ferris, elles ont écrit et dessiné quelques-unes des plus belles pages de la BD. Panorama.

Peut-être plus que les autres, c’est la forme du roman graphique qui a rendu visible les femmes dans la BD. Terme aux contours mal définis, où l’on avait tendance à ranger tout ce qui ne correspondait pas aux créations mainstream, le roman graphique est un espace associant destins personnels et faits historiques, où l’intime se fait politique. Il est dominé par deux grandes tendances : l’autofiction et la biographie de personnalités marquantes. La première a connu un succès aussi inattendu que retentissant emmené par la plume éblouissante de Marjane Satrapi, soutenue par la maison d’édition indé L’Association, qui publie entre 2000 et 2003 Persepolis, histoire de sa jeunesse en pleine révolution islamique iranienne. Bouleversant récit en noir et blanc, servi par un style graphique épuré et expressif, il demeure une référence et une source d’inspiration pour des autrices comme Zeina Abirached. Son ouvrage Mourir, partir, revenir – Le jeu des hirondelles raconte le quotidien de son pays natal, le Liban, broyé par des années de guerre, tout en faisant cet indispensable devoir de mémoire dont l’histoire officielle l’a privée. Elles sont plusieurs à avoir partagé leur combat personnel dans des ouvrages subtils et salvateurs, à l’instar de Lili Sohn dans La guerre des tétons, sur son cancer du sein.

José-Louis Bocquet & Catel, Olympe de Gouges
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José-Louis Bocquet & Catel, Olympe de Gouges, 2016

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éd. Casterman • © Casterman

Plus légères en apparence, les énergiques Margaux Motin et Pénélope Bagieu ont su tirer les ressorts de la presse dite féminine pour l’entraîner bien au-delà et explorer de nouvelles contrées. Bagieu est ainsi passée des anecdotes croustillantes de Joséphine à ses fameuses Culottées (citées par les professeurs des écoles primaires) sur les destins de femmes extraordinaires. La championne de ces biographies d’un nouveau type, incarnées, vivantes jusqu’au bout de la ligne, est sans nul doute Catel, qui, avec la complicité de José-Louis Bocquet (au scénario), s’est lancée dans une série retraçant la vie et la carrière carrière de femmes puissantes telles Olympe de Gouges, Kiki de Montparnasse ou Joséphine Baker – et à venir pour l’été 2021, Alice Guy, pionnière du cinéma. La série est publiée par Casterman qui, comme d’autres grosses maisons d’édition interloquées par les succès surprise de la bande dessinée alternative, regarde désormais d’un autre oeil ce type de projets originaux.

Marjane Satrapi, Persepolis
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Marjane Satrapi, Persepolis, 2017

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Monovolume, éd. l’Association • © L’Association

Réalisée aux crayons de couleurs, tout en volutes et en poésie, la biographie que Léonie Bischoff a consacré à l’écrivaine Anaïs Nin est une des révélations de cette année 2020. À saluer également, l’entraînante bio Cocteau, l’enfant terrible dessinée par Laureline Mattiussi, qui parvient à incarner la fougue du dessin et de la poésie de l’artiste aux multiples vies et talents. Enfin, dans la série des romans graphiques culte, impossible de ne pas citer Posy Simmonds, autrice de Tamara Drewe ou Gemma Bovery, deux grands succès de librairie adaptés au cinéma.

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