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Bande dessinée

Une bande de filles électrise la BD

le 22 janvier 2021 à 10h01

Même le festival d’Angoulême a fini par l’admettre : les femmes existent. Profitant des remises de prix saisonnières, Beaux Arts dirait même plus : de Claire Bretécher et Chantal Monteiller à aujourd’hui Aude Picault et Emil Ferris, elles ont écrit et dessiné quelques-unes des plus belles pages de la BD. Panorama.

Même le festival d’Angoulême a fini par l’admettre : les femmes existent. Profitant des remises de prix saisonnières, Beaux Arts dirait même plus : de Claire Bretécher et Chantal Monteiller à aujourd’hui Aude Picault et Emil Ferris, elles ont écrit et dessiné quelques-unes des plus belles pages de la BD. Panorama.

C’est une petite révolution dans le microcosme de l’art, certes institutionnelle, mais tout de même… Lorsque, le 15 janvier 2020, l’Académie des beauxarts ouvre pour la première fois ses portes à la bande dessinée en la personne de Catherine Meurisse (élue dans la section peinture), on sent venir un vent nouveau. Pour le 9e art et pour la place que les femmes y occupent. Hasard du calendrier, quelques semaines plus tard disparaît Claire Bretécher, incarnation à elle seule de l’impertinence et de l’humour. Cette apparition et cette disparition, quasi simultanées, rappellent tout ce que la bande dessinée doit aux femmes malgré la mauvaise foi d’un certain nombre de « spécialistes ». Il y a cinq ans, pour son édition 2016, les organisateurs du prestigieux Festival international de la bande dessinée d’Angoulême n’avaient sélectionné pour son Grand Prix que des hommes ! Parmi la trentaine d’heureux élus, une dizaine de courageux, Riad Sattouf en tête, avaient demandé à être retirés de la liste en signe de protestation. Et Florence Cestac de traiter le directeur de « crétin total » après ses justifications maladroites affirmant que l’histoire de la BD est essentiellement « d’obédience masculine ». Une bêtise, effectivement.

Nina Bunjevac, Bezimena
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Nina Bunjevac, Bezimena, 2018

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Ses contes pour adultes en noir et blanc font froid dans le dos. D’abord plasticienne, Nina Bunjevac (née en 1973) fait partie des nouvelles générations qui ont su bousculer le 9e art.

Ici Même Éditions • © Ici Même Éditions 2018 Bunjevac

Florence Cestac (seule femme à avoir reçu le Grand Prix à Angoulême) le sait bien, elle qui compte parmi les pionnières parties, dès 1968, à l’assaut d’un territoire occupé jusque-là par les hommes. Comme Chantal Montellier qui impressionne d’emblée avec ses histoires politico-policières publiées dans la revue Métal Hurlant (éd. les Humanoïdes associés). Les deux frondeuses participent à l’aventure de Ah ! Nana. Créée en 1976, cette première revue de bande dessinée féminine, explosive et trash, où sévit aussi Nicole Claveloux, est censurée au bout de neuf numéros pour cause de pornographie ! Claire Bretécher préfère, elle, poursuivre sa route en solitaire, après avoir fait une entrée fracassante en 1973 dans le Nouvel Observateur avec ses Frustrés, satire hilarante de nos sociétés consuméristes en mal d’amour.

Claire Bretécher, Petits travers
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Claire Bretécher, Petits travers, 2018

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Elle a le don d’appuyer là où ça fait mal. Rien ne résiste à l’humour décapant de la grande Claire Bretécher, figure tutélaire de la BD au féminin, disparue en 2020.

éd. Dargaud • © Dargaud

Mais il faut attendre les années 2000 pour que la BD féminine s’impose avec l’explosion des romans graphiques, terrain de prédilection d’une nouvelle génération d’autrices, et des initiatives collectives tel le lancement de la collection Traits féminins aux Éditions de l’An 2. Sans oublier la création en 2007 de l’association Artémisia par Chantal Montellier et Jeanne Puchol. En hommage à la peintre caravagesque Artemisia Gentileschi, elle remet chaque année un prix révélant des ouvrages magnifiques comme la biographie du pianiste Glenn Gould par Sandrine Revel (éd. Dargaud) ou le Mambo de Claire Braud (éd. l’Association). La liste est longue de celles qui renouvellent et font vibrer le 9e art. Preuve en est avec ce tour d’horizon révélant l’étendue des talents, la multitude des styles, des univers et des imaginaires. Pour confirmer une bonne fois pour toutes que la BD n’est pas l’apanage d’un genre et se conjugue au pluriel.

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