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Jacob Jordaens en 2 minutes

Jacob Jordaens (1593–1678) en bref

Disciple de Pierre Paul Rubens, Jacob Jordaens est devenu le premier peintre des Pays-Bas après la mort de ce dernier. Contemporain d’Antoine van Dyck, Jordaens a passé l’ensemble de sa carrière à Anvers, ville portuaire dont la place fut immense dans le commerce européen du XVIIe siècle. Dans un climat propice à la riche commande artistique, et dans le contexte d’une cohabitation plus apaisée que par le passé entre catholiques et protestants, Jordaens s’est créé une réputation d’excellence : peintre religieux, peintre d’histoire et de scène de genre. Son talent caravagesque et son don de coloriste séduisent un large public. Il dirige par ailleurs un atelier prospère qui témoigne de sa large fortune.

Jacob Jordaens, Autoportrait
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Jacob Jordaens, Autoportrait, vers 1648–1650

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Huile sur toile • 101 × 84 cm • Coll. fondation Roi Baudouin, Bruxelles

On a dit de lui

« Jordaens à lui seul est plus grand que tous les artistes qui ont imité Rubens durant tout le XVIIe siècle. » William Bürger

La vie de Jacob Jordaens en quelques dates

Ses débuts à Anvers

Jacob Jordaens est né et baptisé à Anvers en 1593. Venu au monde dans une famille aisée de marchands, il est l’aîné d’une fratrie de onze enfants. Sa famille compte également des négociants en art et des peintres, ce qui explique le choix de carrière du jeune garçon. Probablement en 1607, Jordaens entre comme apprenti dans l’atelier d’Adam van Noort, l’un de ses parents éloignés et ancien maître de Rubens. Moins d’une dizaine d’années plus tard, Jordaens est mentionné comme « peintre à la détrempe » (c’est-à-dire employant une émulsion à la colle) dans les registres de la corporation de la guilde de Saint-Luc. Le jeune artiste épouse la fille de son maître en 1616. Le couple donnera naissance à trois enfants.

Dans l’atelier de Rubens

À partir de 1617, tout comme Antoine van Dyck, Jordaens travaille dans l’atelier de Rubens. Le maître accorde une grande confiance à son disciple qu’il associe à ses commandes prestigieuses. Jordaens est notamment chargé de réaliser les cartons de tapisseries d’après les compositions de Rubens. N’ayant pas voyagé en Italie, comme le veut normalement l’usage, Jordaens acquiert auprès de lui la maîtrise du clair-obscur, de la monumentalité et d’un certain lyrisme.

L’autonomie de Jordaens

Mais Jordaens ne demeure pas dans l’ombre de Rubens. Dès 1628, il livre sa première grande peinture d’histoire sur le thème du martyre de sainte Apolline pour l’église des Augustins d’Anvers. Élevé dans la foi catholique, Jordaens s’est converti au calvinisme, mais il reste discret sur ses convictions et travaille, avec son esprit commerçant, pour les différentes congrégations religieuses. En 1630, Jordaens ouvre son propre atelier qui s’avère très actif et florissant au fil des ans. En 1640, il est une nouvelle fois sollicité par Rubens pour collaborer à une série de peintures mythologiques commandées par Philippe IV d’Espagne pour son pavillon de chasse.

Un artiste devenu majeur après la mort de Rubens

En 1640, Rubens décède. Van Dyck s’éteint l’année suivante. Jordaens devient dès lors le plus important artiste anversois. Vivant en bourgeois aisé, il travaille à des commandes passées par les grands du monde tels que la reine d’Angleterre. En 1648, Jordaens est par exemple missionné par Christine de Suède pour concevoir 35 peintures destinées à orner le plafond de la salle des États du château d’Uppsala (détruites depuis). En 1661, il intervient dans le nouvel hôtel de ville d’Amsterdam. Jacob Jordaens meurt le 18 octobre 1678, sans doute victime d’une épidémie sévissant à Anvers.

Ses œuvres clés

Jacob Jordaens, Adoration des bergers
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Jacob Jordaens, Adoration des bergers, 1616–1617

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Huile sur toile • 255 × 175 cm • Coll. musée de Grenoble • © Aurimages

Adoration des bergers, 1616–1617
Datant du début de sa carrière, cette toile ambitieuse et riche en personnages témoigne de l’influence de Rubens sur le jeune Jordaens. Il est fort possible que Jordaens connût l’Adoration des bergers de Rubens, toile qui faisait alors partie de la prédelle du triptyque de l’Adoration des mages de l’église Saint-Jean de Malines. Jordaens emprunte à Rubens sa composition baroque, la robustesse de ses personnages et la maîtrise du clair-obscur. Jordaens est particulièrement attiré par les scènes nocturnes, contexte qui lui permet de jouer avec la lumière et les ombres, les surgissements, l’expression d’un certain mystère et émerveillement.

Jacob Jordaens, Christ en croix
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Jacob Jordaens, Christ en croix, Début des années 1620

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Huile sur toile • 310 × 197 cm • Coll. Fondation Terninck, Anvers

Christ en croix, début des années 1620
Si la destination initiale de cette œuvre est inconnue, il s’agit très certainement d’un tableau conçu pour un retable, dans la lignée des commandes qu’honore habituellement Jordaens. Bien qu’il soit calviniste, Jordaens travaille pour les milieux catholiques anversois. Jordaens exprime dans cette œuvre son talent personnel, tout en poursuivant une certaine filiation avec Rubens : caravagisme, refus de l’idéalisme au profit d’un plus grand réalisme, et surtout une forte dramatisation de la mise en scène. Le spectateur est comme happé dans le drame de la Passion du Christ et participe à la scène au même titre que les personnages représentés. Le corps souffrant du Christ exprime le supplice ; la Vierge et saint Jean se démarquent par leur dignité ; et les femmes au pied du Calvaire incarnent l’affliction. Jordaens témoigne de son talent à représenter les sentiments humains.

Jacob Jordaens, Le roi boit !
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Jacob Jordaens, Le roi boit !, Vers 1638–1640

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Huile sur toile • 156 × 210 cm • Coll. musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles • Photo J. Geleyns – Art Photography

Le Roi boit, vers 1638–1640
Jordaens est connu pour ses scènes de genre à visée moralisatrice. Ici, il représente de riches bourgeois réunis pour l’Épiphanie. Ce thème populaire met en scène plusieurs générations attablées devant une table chargée de mets, profitant de la musique et se livrant à d’opulentes festivités. Conformément à son habitude, le peintre s’est inspiré d’études sur le vif de ses modèles, en particulier ses propres enfants. Le roi est ici carnavalesque. Coiffé d’une couronne de papier, il incite la société à boire. La scène est triviale. Derrière ce thème festif, traité dans un cadrage serré, Jordaens appelle en réalité à la modération et au contrôle des passions et des excès.

Par • le 24 juin 2024
Retrouvez dans l’Encyclo : Primitifs flamands Jacob Jordaens

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