Caspar David Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages, vers 1817
huile sur toile • 98 x 74 cm • Coll. Hamburger Kunsthalle • © Bridgeman Art Library
Caspar David Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages (détail), vers 1817
Un mystérieux voyageur
Toutes les lignes de fuite du tableau convergent vers un seul et même point : la silhouette sombre du voyageur qui nous tourne le dos – un motif que l’on retrouve à de nombreuses reprises dans l’œuvre du peintre. Vêtu d’une élégante redingote vert foncé, sa chevelure blonde au vent, il semble inviter le spectateur à contempler, comme lui, le prodigieux spectacle de la nature. Qui est donc ce mystérieux explorateur ? Aujourd’hui encore, l’identité de cet homme questionne les experts. Si certains avancent qu’il s’agirait d’une connaissance de l’artiste, d’autres historiens de l’art affirment au contraire qu’il ne serait autre que Friedrich lui-même. Quoi qu’il en soit, l’anonymat du modèle renforce l’universalité de l’œuvre et de sa portée existentielle.
huile sur toile • 98 x 74 cm • Coll. Hamburger Kunsthalle
Caspar David Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages (détail), vers 1817
Horizon infini
Véritable maître de l’illusion, Caspar David Friedrich projette le spectateur sur des sommets qui n’existent que dans ses rêves. Sa touche veloutée traduit parfaitement les effets de brume et, à mesure que les tons s’adoucissent, la perspective semble toujours plus s’approfondir : le spectateur a alors l’impression de faire face à un horizon infini, à la fois grandiose, vertigineux et inquiétant. À travers la silhouette du voyageur, il contemple en fait le reflet de la condition humaine, et donc de sa propre finitude.
huile sur toile • 98 x 74 cm • Coll. Hamburger Kunsthalle
Caspar David Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages (détail), vers 1817
Un panorama imaginaire
Ce paysage céleste nimbé de brume évoque les sommets qui bordent la Saxe et la Bohême. Pourtant, ce panorama est bien le fruit de l’imaginaire du peintre ! Comme son contemporain Goethe, représentant du romantisme allemand en littérature, Caspar David Friedrich est adepte de longues marches méditatives dans la nature. L’artiste en profite alors pour croquer, dans un carnet, tout ce qui l’entoure. Une fois de retour dans son atelier, il reproduit ensuite ses esquisses sur la toile. Reliefs escarpés, arbres aux branches dénudées, paysage céleste, silhouette de dos : on retrouve dans Le Voyageur contemplant une mer de nuages tous les motifs de prédilection du peintre.
huile sur toile • 98 x 74 cm • Coll. Hamburger Kunsthalle
Caspar David Friedrich, Le voyageur contemplant une mer de nuages (détails), vers 1817
Une palette minimaliste
Du blanc, qui domine la toile, du noir, et à peine quelques touches de couleurs tout juste perceptibles (orange, jaune et vert) : comme pour son autre grand chef-d’œuvre, Le Moine au bord de la mer (1808–1810), l’artiste a ici opté pour une palette radicale aux tons extrêmement réduits. Si la partie inférieure est dominée par la roche noire, le peintre a ensuite alterné des plans clairs et obscurs, tandis que la partie supérieure de la composition laisse place à un ciel laiteux presque éblouissant. Dans ce tableau où cohabitent une infinie variété de blancs et de gris, les inquiétants éperons rocheux qui transpercent la brume évoquent les épreuves qui émaillent l’existence humaine, dont l’issue est l’élévation spirituelle.
huile sur toile • 98 x 74 cm • Coll. Hamburger Kunsthalle
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Un monument du romantisme allemand
Perché sur un rocher au sommet d’une montagne, un homme contemple, tournant le dos au spectateur, un paysage enveloppé de brume. Une mer de nuages à la beauté envoûtante, presque irréelle, de laquelle apparaissent au loin d’autres sommets, dont certains sont coiffés d’arbres. Chef-d’œuvre absolu de Caspar David Friedrich (1774–1840), il incarne la quintessence du romantisme allemand qui émerge en peinture au début du XIXe siècle. Omniprésente dans l’œuvre de Friedrich, la nature ne doit pas, pour lui, correspondre nécessairement au réel. Elle reflète avant tout, telle un miroir, l’âme tourmentée de l’artiste qui voit, dans chaque roche, chaque branche sinueuse ou chaque coin de ciel, une manifestation du divin.