Ses cauchemars flottants nous interrogent. Que font ces deux hommes à quatre pattes avec cette chèvre sur leurs dos ? Keyezua est une conteuse moderne. Née en Angola en 1988, elle est diplômée de l’Académie royale des beaux-arts de La Haye. C’est en brisant les codes des imaginaires et des clichés largement véhiculés autour de l’Afrique qu’elle propose depuis plusieurs années une œuvre protéiforme, souvent drôle. À AKAA, les deux œuvres exposées sur le stand de la MOV’ART Gallery sont aussi éloquentes que dérangeantes : dans Floating Nightmares, l’artiste impose au spectateur de repenser la question de la migration avec un langage surréaliste… Sailing Back to Africa as Dutch Woman, issue de la série FORTIA, interpelle aussi avec sa mystérieuse impératrice masquée. Chacune des œuvres de cette série met en scène un masque différent porté par l’artiste et occultant totalement son visage, son regard, ses émotions… Ces sublimes artefacts ont été créés en collaboration avec des artisans déficients.
Keyezua, Floating Nightmares 03, 2018
120 × 80 cm • © Galerie Mov’Art
MOV’ART Gallery
Depuis plusieurs années, la First Floor Gallery à Harare collabore avec de jeunes artistes du Zimbabwe. Et cette année, c’est une sélection exclusivement féminine qu’elle propose. Gros coup de cœur pour l’artiste Amanda Mushate (née en 1995). Elle y présente des petites toiles ultra-colorées où s’entrelacent des lignes et des formes. Paysages ? Flux ? Connexions ? Ces œuvres dévoilent une vision vibrante révélant la complexité du monde qui nous entoure. Bien qu’elle n’ait bénéficié de son premier solo show qu’en 2018, les collectionneurs locaux et internationaux ne s’y sont pas trompés.
Amanda Mushate, Lapa Katshana Part 1, 2019
Huile sur toile • 60 × 36 cm • © First Floor Gallery Harare
First Floor Gallery
Stand C11
Pour sa deuxième participation à AKAA, la galerie sud-africaine Dyman présente une sélection d’artistes peintres, photographes ou même explorant la tapisserie. L’une des grandes révélations de leur sélection est Justice Mukheli, photographe sud-africain natif de Soweto, qui offre des images empreintes de douceur et de nostalgie. Ses portraits exposés à AKAA dévoilent des enfants dans des moments intimes et sereins, pleins d’émotions, révélant le lien personnel de l’auteur avec ses modèles, qu’il décrit comme des amis et des êtres chers. Des images qui se dressent contre les injonctions à ne pas pleurer ni à laisser paraître ses sentiments aux hommes d’Afrique du Sud. Des antihéros contemporains.
Justice Mukheli, Through Their Eyes, 2019
Photographie • 54 × 80 × 3,5 cm • © Galerie Dyman
Dyman Gallery
Stand C14
En choisissant le designer international Cheick Diallo, la fondatrice de la Bamako Art Gallery, Kadiatou Oumar Sylla, a souhaité offrir une vitrine aux artistes locaux. Né en 1960, figure de proue du design au Mali, Cheick Diallo œuvre pour son pays en formant des artisans tisserands, forgerons, cordonniers, sculpteurs, potiers. Il les associe à la réalisation de bon nombre de ses œuvres où il ressuscite les matériaux dits pauvres : ferraille, plastique, papiers d’emballage, tissu, bois, terre… pour réaliser du mobilier et des objets fonctionnels. Son implication dans la valorisation du design « Made in Africa » va au-delà de son travail personnel : depuis 2004, il a fondé l’Association des Designers Africains (ADA). En véritable chantre du savoir-faire, il fait opérer sa magie en concevant des objets du quotidien à travers une vision contemporaine et résolument novatrice.
Cheick Diallo, Fauteuil Sansa
Métal et fils de nylon • 80 × 80 × 90 cm • © Bamako Art Gallery
Bamako Art Gallery
Stand A2
L’un des points forts de la foire reste l’installation monumentale dans la nef du Carreau du Temple. Pour cette édition, c’est en réponse au thème « Inventer la ville » que les organisatrices Victoria Mann et Armelle Dakouo ont pensé à Houston Maludi, artiste de Kinshasa représenté par la galerie Magnin-A. Cet artiste, depuis des années, dessine obsessionnellement sa ville dans un enchevêtrement de lignes. Pour mettre en volume ses dessins, c’est le Jardin d’hiver de Jean Dubuffet exposé au Centre Pompidou qui lui a donné l’idée de créer des œuvres en 3D, pensées comme des espaces pénétrables. Ainsi, en visitant L’Ordre et le chaos, le spectateur se promène dans Kinshasa, entrant à l’intérieur d’une sorte de microcosme, une structure tapissée de reproductions de deux dessins de l’artiste. Pour compléter cette immersion, des œuvres originales accrochées sur les cimaises à l’intérieur et à l’extérieur offriront aux collectionneurs la possibilité d’acquérir des œuvres de ce grand artiste.
Houston Maludi, Red Time, 2019
Encre de chine sur toile • Courtesy Magnin-A
Galerie Magnin-A
Nef principale
AKAA 2019
Du 9 novembre 2019 au 11 novembre 2019
Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller • 75003 Paris
www.carreaudutemple.eu
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