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Anciennement Paris-Beijing, la galerie de la rue de Turbigo enchante dès l’entrée de la foire, notamment grâce à trois (jeunes) artistes femmes. On s’arrête d’abord sur Léa Belooussovitch et ses dessins sur feutre, qui dissimulent dans un flou étudié des photos de presse violentes ; si son travail commence à être bien connu après son exposition au MAMC+ de Saint-Étienne, il est bon de le revoir en pleine « guerre des images » russo-ukrainienne. À ses côtés, et infiniment plus légère, Marion Charlet poursuit son exploration estivale de paysages et de vues d’intérieur inondés de lumière, qui préfigurent les vacances dans une palette acidulée : entre une bouée rose et une chaise longue, le regard s’attarde et rêve de cet ailleurs sucré. On craque également pour les peintures mélancoliques à la palette tout aussi exaltée de Marion Bataillard, qui donnent à voir des personnages pris dans une ultra-moderne solitude… Sans oublier, enfin, un grand dessin à l’encre de Chine de Justin Weiler, échappée noire et blanche entre les larges feuilles d’une Plante en vitrine (2019).
Vue du stand de la Galerie PARIS B
© Maurine Tric
Galerie PARIS-B
Stand A6
Réjouissant accrochage que celui de la toute jeune galerie Romero-Paprocki, menée par Guido Romero Pierini and Tristan Paprocki. Un battement d’ailes nous y attire, celui des oiseaux en voie de disparition peints par Lou Ros : tous intitulés Cuicui, ils sont peints à l’acrylique et à la bombe sur un large support marouflé sur carton. Colorés, vibrants de larges coups de pinceau apparents, ces oiseaux merveilleux ont aussi quelque chose de vif qui touche au cœur… Pendant ce temps, au sol, les drôles de bonhommes du jeune Max Coulon nous reniflent les jambes. Pour leur donner chair, l’artiste coule du béton teinté dans des vêtements pour enfants et des masques de carnaval, assemble le tout et donne naissance à ce petit peuple fantastique, qui évoque tout à la fois des nains de jardin et des sculptures en rocaille. On ouvrira également les yeux sur l’amusant mobilier en fibre de verre spécialement conçu par Leo Orta pour le stand de la galerie, immobilisant des traits tremblants et des masses de couleur pour en faire des assises et une table… Avant de finir sur les toiles de Mario Picardo, couvertes d’une matière ultra-pop (le polyuréthane) aux allures de minuscules confettis.
Vue du stand de la Galerie Romero-Paprocki
© Maurine Tric
Galerie Romero-Paprocki
Stand H6
Il est de ces artistes dont on aime à voir, au détour d’une allée, des dizaines d’œuvres d’un coup : chic, Alain Gutharc expose tout un mur de dessins d’Edi Dubien ! D’ailleurs, les visiteurs sont nombreux à se masser devant cette géniale galerie de portraits, témoignage éloquent et synthétique des recherches du peintre – dont les personnages jeunes, androgynes, sensuels explorent une identité trouble, et entrent en conversation avec des animaux, chiens ou corbeaux, et des plantes fragiles. Un délice ! Qui ne nous prive pas, cela dit, d’un regard attentif sur les œuvres voisines. On retiendra notamment La Véritable Dimension des choses (2016) d’Estefanía Peñafiel Loaiza, soit la photographie d’une main aux doigts tachés. Une beauté ! Et peu importe si le portrait bleu de Kris Knight nous tourne le dos, son charme mélancolique nous plaît au milieu du brouhaha de la foire…
Vue du stand de la Galerie Alain Gutharc
© Maurine Tric
Galerie Alain Gutharc
Stand A9
Il n’est ni très grand ni tape-à-l’œil. Pourtant, le stand de la galerie bruxelloise Irène Laub offre l’un des accrochages les plus élégants de cette édition d’Art Paris. Tout en finesse et en harmonie, il attire l’œil avec des agglomérations de papiers déchirés signés Guillermo Mora, qui choisit ses couleurs selon les vêtements de ses modèles dont il fait le portrait résolument abstrait, et utilise la déchirure comme point de contact entre la peinture et la sculpture ; autre œuvre présentée, un pliage réalisé à partir d’acrylique et de peinture de silicone séchées. Son voisin ? Le peintre belge Gauthier Hubert, auteur du Portrait d’un homme faisant des yeux de merlan frit (2021), ironique et énigmatique. Dans ses yeux, une petite touche couleur carotte répond à l’œuvre toute proche de Fernanda Fragateiro, un écrin d’acier inoxydable où s’est niché un livre aux pages orange fluo… On aime également les œuvres sur papier de José Pedro Croft, déclinaisons de milliers de lignes géométriques jouant – elles aussi – d’accumulations.
Vue du stand de la Galerie Irène Laub
© Maurine Tric
Irène Laub Gallery
Stand D4
Installée dans le calme de la fin d’une allée, la galerie lilloise Bacqueville offre un joli solo show à l’artiste Thomas Devaux (né en 1980), qui réinvente radicalement le médium photographique. Ceux qui se recoiffent discrètement dans le reflets des vitres seront ici servis, l’artiste utilisant un verre dichroïque au puissant effet miroitant. Regarder ses œuvres, c’est donc un peu se regarder soi, et le décor qui s’y reflète. Parfois, y apparaissent des badauds aux bras alourdis de courses. Parfois, les formes sont absolument abstraites, floutant à l’extrême des images de rayons de supermarchés. Car l’artiste mène une réflexion sur la consommation, s’attaquant aux couleurs du marketing pour se les réapproprier dans un geste pictural épuré et d’une beauté délavée. Sculpturales, ses photos-objets sèment le doute, se regardent longtemps, et ouvrent un temps de respiration dans un stand singulièrement aéré et contemplatif.
Vue du stand de la Galerie Bacqueville
© Maurine Tric
Galerie Bacqueville
Stand B1
130 galeries, c’est plutôt long à explorer… Mais il suffit d’une seule œuvre pour nous redonner courage et nous attirer irrésistiblement dans le stand de la galerie parisienne GB Agency. En l’occurrence, une photographie d’Elina Brotherus, où l’artiste originaire d’Helsinki se met en scène derrière un drap blanc dans une forêt, et transparaît comme un spectre, les bras écartés. On pense à une scène fugitive du film Parle avec elle (2002), où Pedro Almodóvar filme justement un corps malade qui disparaît puis apparaît sous un drap blanc… Habité de grâce, ce cliché d’Elina Brotherus répond à une autre série douloureuse et autobiographique, une exploration en images de l’infertilité. Quelques belles œuvres complètent ce stand décidément très convaincant : des dessins tumultueux de l’Iranienne Tirdad Hashemi, d’autres infiniment plus sages de Paul Heintz, une œuvre alchimique de Dove Allouche qui nous mène dans l’infiniment petit d’une toile ancienne… De quoi finir notre visite en beauté.
Vue du stand de la Galerie GB Agency
© Maurine Tric
GB Agency
Stand D14
Art Paris 2022
Du 7 avril 2022 au 10 avril 2022
24e édition
Grand Palais Éphémère • 2 Place Joffre • 75007 Paris
www.grandpalais.fr
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