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Utagawa Hiroshige, Les Collines d’Inaba, vers 1853-1856
Estampe de la série des "Lieux célèbres des soixante et autres provinces" • 34,2 x 22,3 cm • Paris, musée national des arts asiatiques – Guimet • © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Photo de Harry Bréjat
Claude Monet, Les Rochers de Belle-Île, la Côte sauvage, 1886
Zoom sur l’écume
En perpétuel mouvement, l’eau donne du fil à retordre aux artistes. Mais Claude Monet (1840–1926) en devient maître grâce à ses touches enlevées, aptes à restituer les phénomènes insaisissables. Sur la côte sauvage de Belle-Île, le célèbre impressionniste brave les éléments pour étudier l’écume se brisant sur les rochers. Ce paysage innove par son cadrage resserré et une vue plongeante qui excluent presque entièrement le ciel. En isolant en gros plan l’eau et les rochers, et en se concentrant sur les textures et le mouvement de l’eau, l’artiste signe, en lieu et place d’une marine traditionnelle, un tableau presque abstrait !
Huile sur toile • 65,5 x 81,5 cm • Paris, musée d’Orsay • © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Photo de Adrien Didierjean
Giovanni Antonio Canal dit Canaletto, Vue du canal de Santa Chiara, à Venise, vers 1730
Théâtre vénitien
Pittoresque à souhait, la ville de Venise concurrence la nature en donnant lieu à de superbes paysages urbains. On reconnaît dans celui-ci la précision et la netteté du peintre italien Canaletto (1697–1768), connu pour ses vues de la Sérénissime, où des gondoles glissent paisiblement sur l’eau bleue, devant des palazzi aux arêtes bien nettes, soulignées par un soleil latéral qui leur confère une qualité photographique. Fils et frère de décorateurs de théâtre, l’artiste restitue parfaitement la perspective grâce à un outil secret, également prisé de Vermeer : la chambre noire !
Huile sur toile • 48,5 x 79 cm • Paris, Musée Cognacq- Jay • © RMN-Grand Palais / Photo de l'Agence Bulloz
Frederic Edwin Church, Paysage tropical, vers 1855
Paradis tropical
Les peintres partent en quête de paysages lointains, dont ils tirent des visions oniriques et idéalisées. Au cours de ses voyages en Amérique du Sud, notamment en Colombie en 1853, l’Américain Frederic Edwin Church (1826–1900) peint de superbes paysages tropicaux à l’atmosphère irréelle, gorgés de palmiers, de lianes et de cascades, qu’il voit comme des paradis terrestres. De leur présence délicate, de petits personnages et de minuscules oiseaux animent cet écrin de verdure luxuriant et paisible, qui se reflète sur une eau immobile. Par l’absence d’horizon visible, le tableau donne l’impression d’une bulle totalement isolée du monde, où le temps a suspendu son vol…
Huile sur toile • 28 x 41,3 cm • © Madrid, Collection Carmen Thyssen
Jean-François Millet, Le Printemps, entre 1868 et 1873
Verger magique
Heures de la journée, saisons, météo… Les artistes suivent de près tous ces paramètres qui, comme des éclairages de théâtre, modifient et animent sans cesse les paysages. Ce chef-d’œuvre de Jean-François Millet (1814–1875) représente cette magie : l’artiste dépeint le foisonnement d’un verger printanier, constellé de feuilles et de fleurs qui scintillent comme des étoiles. Auréolé d’un arc-en-ciel (signe d’un mélange de soleil et de pluie), ce paysage ensoleillé sous un ciel sombre semble à la fois diurne et nocturne, d’où son aspect irréel et miraculeux. L’œuvre fait partie de celles que l’artiste Laurent Pernot a choisi d’animer grâce à un dispositif d’éclairage fluctuant qui les rend vivantes et les transforme, comme si on les observait dans la nature au fil des variations de lumière.
Huile sur toile • 86 x 111 cm • Paris, musée d’Orsay • © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
François Auguste Biard, Magdalena-Bay, vue prise de la presqu’île des Tombeaux, au nord du Spitzberg ; effet d’aurore boréale, v. 1840
Tragédie boréale
Au XIXe siècle, l’esthétique du sublime magnifie l’impression de « terreur délicieuse » ressentie face à la beauté d’une nature grandiose et dangereuse. Le peintre voyageur François-Auguste Biard (1799–1882) s’est inspiré de ses expéditions scientifiques en Islande, au Groenland, puis en Scandinavie en 1839, pour construire ce spectaculaire paysage glacé, à la fois narratif et contemplatif, dans lequel se joue un terrible drame : sous les lumières dansantes et irréelles d’une aurore boréale (dont il s’agit de la toute première représentation en peinture), les restes d’un bateau coulent, fracassés contre un iceberg. Recroquevillé dans la neige, un naufragé attend un secours impossible aux côtés de ses compagnons morts… Frissons garantis !
Huile sur toile • 130 x 163 cm • Paris, musée du Louvre, département des Peintures • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Photo de Tony Querrec
Georgia O'Keeffe, Red, Yellow And Black Streak, 1924
Nouveaux horizons
Au XXe siècle, les sentiments de l’artiste prennent le dessus sur le réalisme et les règles classiques de la représentation d’un paysage. De son observation des terres arides de l’Ouest américain qui entourent son ranch isolé en plein désert du Nouveau-Mexique, Georgia O’Keeffe (1887–1986) tire ces enroulements de strates colorées qui créent une confusion entre ciel et terre. Dans cette vision envoûtante et enveloppante, seule une colline noire à l’horizon nous sépare de l’abstraction totale. Un chef-d’œuvre d’une pionnière de l’art moderne.
Huile sur toile • 101,3 x 81,3 cm • © Centre Pompidou (MNAM CCI Dist. RMN Grand Palais) / Photo de Audrey Laurans /
Paysage. Fenêtre sur la nature
Du 29 mars 2023 au 24 juillet 2023
Musée du Louvre-Lens • 99 Rue Paul Bert • 62300 Lens
www.louvrelens.fr
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Décor nippon
Arbres, rochers, ciel… Après avoir étudié un à un les différents éléments de la nature, les artistes rassemblent ces ingrédients pour composer leurs paysages. Modèle en la matière, cette estampe du maître japonais Utagawa Hiroshige (1797–1858) évoque un décor de théâtre avec sa division en trois strates (le ciel, l’eau et la terre, dont la courbe invite l’œil à plonger au centre de l’image), et ses différents plans successifs qui lui donnent de la profondeur – des arbres du premier plan, debout comme des personnages, aux reliefs gris-bleu à l’horizon, en passant par les collines verdoyantes aux fins contours noirs, telles des formes découpées que l’artiste aurait savamment disposées sur l’eau. Une belle démonstration d’art nippon, où l’harmonie naît de l’épure et de l’asymétrie.