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Claude Monet, de gauche à droite : « Femme à l’ombrelle tournée vers la droite » (1886) ; « Femme à l’ombrelle, Madame Monet et son fils » (1875)
© Photo Dominique Chauvet
Auguste Renoir, de gauche à droite : « Bal au moulin de la Galette » (1876) ; « Danse à Bougival » (1883) ; « Danse à la campagne » (1883)
Avec Renoir, cap au sud
Pierre-Auguste Renoir sera l’un des pionniers de cette transhumance méridionale. Membre clé du mouvement impressionniste, il expose dès le début de sa carrière quelques chefs-d’œuvre emblématiques de son style d’alors, tel le célèbre Bal au moulin de la Galette (1876). Peinte sur la butte Montmartre, cette scène vibre comme un manifeste de ce tourbillon de jeunesse qui s’abat sur la peinture, celle de la bohème de Montmartre, figurée ici modelée par les ombres changeantes des feuillages, grâce à une touche colorée et très fluide. Dès les années 1880, Renoir mettra le cap au sud, d’abord lors d’un voyage en Algérie, puis par des séjours dans le Midi où il emmène Monet. Il finira par se fixer, en 1898, à Cagnes-sur-Mer.
© Photo Maurine Tric
Affiches du Paris-Lyon-Marseille (PLM)
Du gris au bleu… de Paris au Midi
« Je m’escrime et lutte avec le soleil. Et quel soleil ici. Il faudrait peindre ici avec de l’or et des pierreries, c’est admirable », écrit Monet à Rodin, en 1888, encore sous le choc. Pour les artistes modernes, l’échappée vers le Midi est en effet désormais possible. Ouverte en 1857, la ligne Paris-Lyon-Marseille (PLM), qui a permis le développement d’un tourisme méditerranéen et l’essor de nouvelles stations balnéaires, s’est un peu démocratisée. Le train à vapeur peut s’ébranler : les artistes, moins fortunés que la jet-set internationale qui se bouscule dorénavant sur la Côte d’Azur, s’embarquent à leur tour pour aller trouver l’inspiration dans des villages restés pittoresques, à Antibes, au Lavandou, à L’Estaque, près de Marseille, et même jusqu’à Collioure. La révolution de la lumière est en marche.
© Wagons-Lits Diffusion
Paul Signac, de gauche à droite : « Au temps de l’harmonie, l’âge d’or n’est pas dans le passé, il est dans l’avenir » (1895-1896) ; « Capo di Noli » (1898) ; « Femmes au puits » (1892)
De la couleur plein les toiles
Après les fondateurs de l’impressionnisme, la génération suivante va franchir une nouvelle étape dans la libération de la touche picturale. Eux la divisent littéralement en une succession de petits points colorés, produisant de stupéfiants mais non moins éclatants mélanges optiques. Ils se font appeler désormais divisionnistes ou pointillistes, et sont emmenés par Georges Seurat, qui, lui, ne migrera jamais. Contrairement à Henri-Edmond Cross, fasciné dès 1883 par la lumière qui « attire et affole » et les paysages bucoliques du Sud, ou Paul Signac, marin et grand amoureux du bleu intense de la Méditerranée, découverte à Saint-Tropez en 1892.
© Photo Maurine Tric
De gauche à droite : André Derain, « Collioure : le port de pêche » (1905) ; « Bateaux à Collioure » (1905) ; Maurice de Vlaminck, « La Partie de campagne » (1905)
Et les couleurs furent lâchées par les Fauves
La critique les appelle rapidement les « Fauves », et pour cause… La brutalité de leur palette ne laisse personne indifférent… Que ce soit dans les coloris violents des simples bouquets de fleurs peints par Louis Valtat, dans les vues de port aux quais jaunes de Marquet, les paysages aux sols roses de Manguin… les couleurs ne traduisent plus qu’une sensation colorée. Elles sont pures et parfois arbitraires. Étonnamment, la plupart de ces artistes sont originaires du Nord, preuve du pouvoir libérateur du soleil… À commencer par les deux initiateurs du mouvement fauve, André Derain et bien entendu Henri Matisse, invité à Saint-Tropez chez Paul Signac. Et qui confessera : « Je ne songeais plus qu’à faire chanter mes couleurs sans tenir compte de toutes les règles et les interdictions. »
© ADAGP, Paris 2020 / Photo Mautine Tric
André Derain, La Danse, 1906
Les transes de Derain
En 1905, Matisse séjourne à Collioure et invite André Derain à le rejoindre. Les deux hommes passent l’été ensemble à expérimenter de nouvelles esthétiques. Derain oscille encore entre les influences, celle du découpage strict des plans et des figures de l’Aixois Cézanne, celle des formes primitives de Gauguin. La Danse, peinte en 1906, s’inscrit dans cette veine, frise monumentale mais sans profondeur, sorte de danse vaudou aux couleurs outrancières. « Avec des couleurs pures nous obtenions des réactions plus fortes », confirme Matisse, en proie à cette émulation qui les pousse à la transgression.
© ADAGP, Paris 2020 / Photo Mautine Tric
Henri Matisse, de gauche à droite : « La Danse » (1910) ; « La Musique » (1910)
Matisse, l’homme du Nord devenu méditerranéen
L’histoire d’amour de Matisse, né au Cateau-Cambrésis (Nord), avec la Côte d’Azur ne cessera plus. Après des séjours réguliers à Collioure, il se fixera définitivement à Nice en 1917. Il a déjà rencontré le succès, créé ses magistrales figures de La Musique et La Danse pour le collectionneur Chtchoukine, encore audacieuses dans leur coloris mais déjà singulières. Après le fauvisme tapageur, sa peinture adopte une douce musicalité emportée par les arabesques des lignes. Désormais, seule la quête de l’émotion l’anime, dans une voie plus solitaire.
© 2020, Succession Matisse / Photo Dominique Chauvet
Pierre Bonnard, de gauche à droite : « Femmes au jardin : femme à la robe à pois blancs » (1891) ; « Femmes au jardin : femme assise au chat » (1891) ; « La Méditerranée » (1911) ; « Femmes au jardin : femme à la robe quadrillée » (1891) : « Femmes au jardin : femme à la pèlerine » (1891)
Bonnard, l’amour de Marthe et du Cannet
Si les grands courants d’avant-garde se sont épanouis dans le Midi, quelques individualités y trouvent aussi leur havre de paix. Ainsi du sage Pierre Bonnard, d’abord connu pour ses décors nabis colorés et japonisants. Si son séjour chez Manguin à Saint-Tropez ouvre sa peinture à une chromie plus chatoyante, Bonnard restera toujours attaché à la dimension intimiste de son travail. Il peindra de nombreuses images de sa tendre Marthe, avec qui il vivra des jours heureux dans sa maison aux allures de chalet sur les hauteurs du Cannet, où il se fixe dans les années 1920.
© Photo Maurine Tric
Raoul Dufy, de gauche à droite : « D’après Constantin Guys » (1935) ; « Place Saint-Pierre » (non daté) ; « Le Casino sur la jetée, Nice » (vers 1928) ; « La Jetée-promenade à Nice » (vers 1926) ; « Vue du Suquet » (non daté) ; « Chevaux et jockeys sous les arbres » (vers 1930)
Dufy, la jet-set en colorama
Le palace Negresco, la baie des Anges, les soirées au casino ou les après-midi sur le champ de courses. Ainsi va la vie sur la Côte, telle que la traduit en images Raoul Dufy, artiste singulier et touche-à-tout (céramiste, graveur, décorateur…), Fauve atypique, lui aussi Normand de naissance, n’ayant pas su résister à l’attraction du Sud. Peintre de la joie de vivre, il exalte dans sa peinture des paysages simples ou de ses chroniques de la vie mondaine emplis de couleurs vives, avec une passion pour le bleu.
© ADAGP, Paris 2020 / Photo Maurine Tric
Marc Chagall, de gauche à droite : « Les Mariés » [détail] (1960) ; « La branche » [détail] (1956-62) ; « Les coquelicots » [détail] (1949)
Chagall, la vie en bleu
Le bleu est aussi la couleur de Chagall. Et le sud de la France son port d’attache après l’exil depuis Vitebsk, dans sa Biélorussie natale, au milieu d’un siècle de tourments, entre la chute de l’Empire russe et les guerres mondiales. Marc Chagall est le créateur d’un univers complexe, onirique, empreint de références au folklore de son pays, à la mythologie et à la religion du Livre. Ses figures flottent sur des aplats colorés où fourmillent les symboles. Chagall finira par s’installer à Vence, où il travaillera à des projets monumentaux, comme celui du cycle du Message biblique offert à l’État français, qui fera construire à Nice un musée spécial pour l’abriter.
© ADAGP, Paris 2020 / Photo Maurine Tric
Monet, Renoir... Chagall. Voyages en Méditerranée
Du 19 mai 2021 au 2 janvier 2022
Bassins des Lumières • Impasse Brown de Colstoun • 33300 Bordeaux
www.culturespaces.com
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Naissance d’une impression, au fil de la Seine
Quoi de mieux que son jardin de Giverny, près de Vernon (Eure), où il s’installe en 1883, pour explorer davantage encore la voie de l’impressionnisme ? Là, les reflets sans cesse changeants de l’eau des bassins de nymphéas, l’ondulation des feuilles de saule pleureur, le perpétuel ballet des nuages donnent corps à cette idée chère à Claude Monet de retranscrire sur la toile les impressions immédiates produites en plein air, au contact de la nature. Né dans les années 1870 au fil de la Seine, de la Normandie à Paris, ce mouvement pictural révolutionnaire connaîtra bientôt un nouvel élan lorsque Monet le Havrais, emmené par Auguste Renoir, décidera de s’aventurer sur les rivages de la Méditerranée…