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FRAC Franche-Comté

À Besançon, 300 ans d’extases

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C’est un phénomène complexe que la science ne peut encore aujourd’hui expliquer. Une « petite mort », relativement indescriptible. Au FRAC Franche-Comté, une exposition exigeante questionne l’extase et ses représentations, du XVIIe siècle à nos jours. Une exploration visuelle et sensible de l’indicible.
Ange Leccia, Audrey
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Ange Leccia, Audrey, 2009

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Collection Frac Franche-Comté • © Ange Leccia, Adagp, Paris. Photo : BD.R

Impossible de rester de marbre. À Rome, l’Extase de sainte Thérèse, sculptée entre 1647 et 1652 par Le Bernin, est un passage obligé pour tout amateur d’art. Chef-d’œuvre incontesté de l’histoire de l’art, aujourd’hui encore nimbé de mystère (sainte Thérèse jouit-elle, comme l’a écrit Lacan ?), il a – tout comme l’Extase de saint François du Caravage ou encore l’Évanouissement d’Esther de Nicolas Poussin – inspiré de nombreux artistes, les surréalistes en tête. Nombreux sont ceux qui, à travers les siècles et les styles, ont en effet tenté de représenter cet état pourtant relativement insaisissable, cet instant fugace et mystérieux, presque magique, où le corps et l’esprit s’abandonnent mutuellement. Un « vertige du temps » que le FRAC Franche-Comté tente, avec l’exposition « Syncopes et Extases. Vertiges du temps » non pas d’expliquer, mais d’explorer et, pourquoi pas, de recréer.

Anonyme et Balthasar Burkhard, « Tête de jeune homme en prière » et « Vague »
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Anonyme et Balthasar Burkhard, « Tête de jeune homme en prière » et « Vague », XVIIe siècle et 1995

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Collection musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon et Collection Frac Franche-Comté • © Photo : Pierre Guenat. © Balthasar Burkhard. Photo : Blaise Adilon

« La syncope, c’est le hors-soi, le hors-lieu et le hors-temps. »

Stéphanie Jamet, commissaire de l’exposition

Le temps est d’ailleurs la thématique de la collection de l’institution installée dans la Cité des Arts et imaginée par Kengo Kuma comme un vaisseau ultra-moderne valorisant les bâtiments en briques de l’ancien port fluvial, sur les bords du Doubs. Cette confrontation entre ancien et moderne – ou plutôt, devrait-on dire, cette conjugaison entre passé et présent – se retrouve aussi au cœur de l’exposition : grâce aux prêts du musée des Beaux-Arts de Dole ou de Besançon, ainsi que d’autres FRAC de France, les maîtres anciens rencontrent les contemporains. Ainsi, dans la première salle, ouverte sur un paisible paysage, l’Évanouissement d’Atalide de Charles Antoine Coypel (1750) fait-il face à une spirale hypnotique de William S. Burroughs, tandis que plus loin l’Évanouissement d’Esther devant Assuérus d’Isaac Fisches (fin du XVIIe) partage une cimaise immaculée avec un Neo Rauch tardif (Interview, 2006). Un anachronisme réjouissant qui, s’il ne fait pas à proprement sentir un « vertige du temps », révèle – selon Stéphanie Jamet, commissaire de l’exposition – la permanence du thème de l’extase dans l’histoire de l’art. « La syncope, c’est le hors-soi, le hors-lieu et le hors-temps », précise-t-elle, avant de rappeler l’étymologie du mot, venant du grec sun, « avec », et koptein,« couper ».

Vue de l’exposition “Syncopes et Extases. Vertiges du Temps” avec de gauche à droite : “Knock Up (Paul’s Boutique)” de Julien Tiberi, “L’évanouissement d’Atalide” de Charles Antoine Coypel et “Sans titre” d’Ann Veronica Janssens
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Vue de l’exposition “Syncopes et Extases. Vertiges du Temps” avec de gauche à droite : “Knock Up (Paul’s Boutique)” de Julien Tiberi, “L’évanouissement d’Atalide” de Charles Antoine Coypel et “Sans titre” d’Ann Veronica Janssens, 2019

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Frac Franche-Comté • © Photo : Blaise Adilon

Le parcours, qui rassemble 30 artistes, questionne, selon les mots de Stéphanie Jamet, « l’indicible de la représentation, le moment de tension qui existe entre la chute d’un corps et l’évasion de l’esprit ». Certaines œuvres réunies ici évoquent donc la syncope et ses effets physiques : on pense aux toiles iridescentes et vaporeuses de Julien Tiberi et Guillaume Boulley, qui rappellent le trouble de la vision avant l’évanouissement, mais aussi à la grande vague de paillettes d’Ann Veronica Janssens, qui renvoie à la liquéfaction du corps. Tandis que d’autres œuvres, au contraire, pourraient en quelque sorte les provoquer, comme Athen de Gerhard Richter. Cette imposante toile abstraite, peinte quatre ans avant la chute du Mur de Berlin, est traversée d’une épaisse bande sombre qui semble se déchirer : une rupture annonciatrice de l’événement à venir ? C’est en tout cas ce que suggère Stéphanie Jamet en évoquant une « syncope de l’Histoire ».

Gerhard Richter, Athen
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Gerhard Richter, Athen, 1985

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Collection Frac Grand Large – Hauts de France • © Gerhard Richter. © Photo : Blaise Adilon

Extases mystiques, sexuelles ou encore provoquées par des psychotropes… L’exposition tente d’embrasser le phénomène dans ses acceptions les plus larges, quitte à perdre parfois le visiteur. Certaines œuvres toutefois sauvent le propos, à l’image d’une vidéo psychédélique d’Ange Leccia, qui montre en boucle le visage d’une jeune femme allongée [ill. en une], renversant doucement sa tête de gauche à droite. De son regard hypnotique et profond, elle fixe le spectateur comme pour l’inviter à partager sa transe extatique. Une expérience envoûtante qui rappelle l’autre nom de l’extase : la petite mort.

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Syncopes et extases. Vertiges du temps

Du 13 octobre 2019 au 12 janvier 2020

Retrouvez dans l’Encyclo : Gerhard Richter

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