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Ange Leccia, La Déraison du Louvre, 2006
Film • 15 minutes • © Ange Leccia / © Adagp, Paris 2018
Déployées sur deux étages, les œuvres magnétiques d’Ange Leccia apparaissent comme des touches lumineuses dans la pénombre de l’espace d’exposition. Dans un premier temps, le visiteur sera sans doute déconcerté par leur banalité. Parcourant un instant du regard l’espace, il retrouvera des images issues de la télévision, d’autres quelque peu stéréotypées, des explosions, de jolies jeunes filles, une mer qui s’échoue sur la plage, des statues antiques… Somme toute, rien de bien original, rien qui ne s’extrait vraiment de la culture visuelle de notre époque.
Car, de fait, pour Ange Leccia, le choix des sujets importe tout autant que leur traitement. Né en 1952 en Corse, ce vidéaste et plasticien semble animé par l’idée que les images nous mentent sans cesse, qu’elles ne se révèlent jamais pleinement, que quelque chose, sous leur surface, s’y cache. Elles ne se suffisent pas à elles-mêmes et sont, selon Ange Leccia, toujours à redécouvrir, à réinterpréter au regard de nouvelles images, de nouveaux contextes.
Ange Leccia, Poussière d’étoiles, 2017
Vidéo • 28 min 50 sec • © Ange Leccia / © Adagp, Paris 2018
La vidéo est, pour ce plasticien, une matière mouvante, une matière dont le sens ne sera jamais figé.
Ainsi, lors de ses voyages – en Asie ou au Moyen Orient – et à Paris où il travaille, le plasticien filme en permanence, les individus et les paysages. Avec le montage, ou au moyen d’installations vidéo, il ne cesse de piocher dans son réservoir de rushs, de rapprocher des images anciennes de prises nouvelles, chaque fragment vidéo s’enrichissant d’un sens nouveau. Créée pour l’exposition, l’œuvre Palmyre met en parallèle des images tournées par l’artiste sur le site archéologique avant les destructions orchestrées par Daech et des extraits de reportages pour la télévision traitant de la guerre en Yougoslavie. La vidéo est, pour ce plasticien, une matière mouvante, une matière dont le sens ne sera jamais figé.
Ange Leccia, La Mer, 1991-2016
Arrangement vidéo • En boucle • © Ange Leccia / © Adagp, Paris 2018
Oscillant sans cesse entre douceur, mélancolie et violence politique, l’œuvre d’Ange Leccia procède ainsi par rapprochement, collage, répétition et superposition d’images. Un exemple symptomatique en est La Mer, une des vidéos les plus reconnues et emblématiques de l’artiste. Il s’agit d’une image de la mer corse s’échouant sur une plage de sable noir. Tournant en boucle, la vidéo est toujours en mouvement, car réactualisée par l’artiste qui n’a cessé de filmer cette mer depuis 1991. « Elle est le métronome, le sablier de l’exposition », affirme-t-il.
Ange Leccia, Marilyn, 2008
Photomontage • 221 × 154 cm • © Ange Leccia / © Adagp, Paris 2018
Cette réinterprétation constante d’un même objet est caractéristique du travail d’Ange Leccia, en prise avec un doute permanent. Nombre de ses vidéos s’attachent à manipuler, distordre, fragiliser, ajouter des couches, des filtres à la matière filmique. C’est le cas de la vidéo des statues pétrifiées, tournée par l’artiste alors en résidence à la Villa Médicis (de 1981 à 1983). Entre opacité et transparence, jouant sur le grain de l’image, cette œuvre est le fruit d’un long processus de post-production, de lecture et relecture d’un rush initial. Ange Leccia veut s’approcher de cette image, tenter de la comprendre et peut-être l’éroder comme peuvent l’être ces statues. Il la projette sur un mur, la filme ensuite avec une caméra argentique, puis numérique, et la projette de nouveau, la capturant une nouvelle fois… Le résultat est troublant et irradie par ses couleurs délavées, son grain, sa surface noyée, comme voilée d’une pellicule de poussière mi-numérique, mi-argentique. Le visiteur n’aura plus qu’à contempler, peut-être perdra-t-il ses repères et sa vue se troublera.
Ange Leccia
Du 19 janvier 2018 au 15 avril 2018
Centre des arts - Enghien-les-Bains • 12-16 Rue de la Libération • 95880 Enghien-les-Bains
www.cda95.fr
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