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PHOTOGRAPHIE

À la MEP, les visions magiques de Viviane Sassen

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Publié le , mis à jour le
Photographe de mode reconnue pour la joyeuse exubérance de ses images colorées, Viviane Sassen sonde ses propres obsessions dans une œuvre personnelle traversée par l’étrange, le désir, la mort. La MEP lui consacre cet automne sa première rétrospective en France, exposant les multiples facettes de cette faiseuse d’images et de rêves à l’imagination sans limite.
Viviane Sassen, Eudocimus Ruber, de la série « Of Mud and Lotus »
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Viviane Sassen, Eudocimus Ruber, de la série « Of Mud and Lotus », 2017

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photographie • © Viviane Sassen et Stevenson, Johannesbourg-Le Cap-Amsterdam

Pour mettre de la couleur dans ce morne automne, c’est à la Maison européenne de la Photographie qu’il vous faudra aller. L’institution parisienne consacre à Viviane Sassen (née en 1972 à Amsterdam) sa première rétrospective en France, retraçant ainsi plus de trente années d’une carrière exemplaire, partagée entre la photographie de mode et une œuvre personnelle protéiforme qui s’aventure aussi bien du côté du collage, que de la peinture, de l’installation vidéo… Une envoûtante plongée dans l’univers de la photographe néerlandaise qui dévoile en creux toutes ses obsessions – les récits intimes, les corps, la couleur et la mort aussi.

Tout a commencé, comme dans les contes de fées, par des années de « pensées magiques ». Entre ses deux et cinq ans, Viviane Sassen grandit au Kenya, où son père exerce en tant que médecin. Quelques années à peine – autant dire une goutte d’eau dans l’océan d’une vie – qui marqueront profondément l’artiste, dont les souvenirs mêlés aux rêves d’enfant formeront le terreau fertile de son œuvre, caractérisée.

Viviane Sassen, Victoria, de la série « Flamboya »
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Viviane Sassen, Victoria, de la série « Flamboya », 2005

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photographie • © Viviane Sassen et Stevenson, Johannesbourg-Le Cap-Amsterdam

Inspirées par ses multiples allers-retours entre l’adolescence et l’âge adulte, ses troublantes séries « Flamboya », « Parasomnia » et « Umbra », qui ouvrent l’exposition, forment ainsi un grand récit visuel introspectif, dans lequel le réel revêt un manteau aux mille nuances d’ombres et de lumière.

Viviane Sassen, Autoportrait
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Viviane Sassen, Autoportrait, 1990

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photographie • © Viviane Sassen et Stevenson, Johannesbourg-Le Cap-Amsterdam

Dans cet univers ambigu, où l’on ne sait jamais vraiment quand commence le rêve, le corps est omniprésent, tantôt sensuel, tantôt sculptural. Lors de ses années d’études à Utrecht, Viviane Sassen, qui fut aussi mannequin, se réapproprie son enveloppe charnelle, son image et ses désirs, qu’elle met en scène dans toutes sortes de postures, de la plus voluptueuse à la plus grotesque.

Dans son projet de fin d’étude, « Zwaarte / Gravity », exposé pour la première fois à la MEP, c’est encore elle qui pose, au côté du cercueil de son père, dont la disparition brutale lui a inspiré cette émouvante série de dix-huit photographies marquée par le bouleversant Winter Journey du photographe japonais Nobuyoshi Araki.

L’influence du surréalisme

Comme pour mieux exorciser ses propres angoisses existentielles, la photographe s’échappe dans des réalités alternatives, invente des mondes où l’ordinaire côtoie l’extraordinaire. Ses travaux les plus récents, qui mêlent à la fois photographie, peinture, encre et collages, empruntent volontiers aux cadavres exquis surréalistes leur exubérante fantaisie, ici décuplée dans des formats monumentaux.

Viviane Sassen, À gauche, photographie de la série « Modern Alchemy » de 2022. À droite, vue de l’exposition « Viviane Sassen » à la MEP
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Viviane Sassen, À gauche, photographie de la série « Modern Alchemy » de 2022. À droite, vue de l’exposition « Viviane Sassen » à la MEP

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© Viviane Sassen et Stevenson, Johannesbourg-Le Cap-Amsterdam. Photo Quentin Chevrier / © Viviane Sassen et Stevenson, Johannesbourg-Le Cap-Amsterdam

Sur les cimaises se déploient ainsi de prodigieuses compositions hétéroclites – ici et là jaillissent des morceaux de corps, des éléments organiques, et toute une panoplie d’objets, imbriqués de manière à créer des êtres hybrides, mi-chimères intrigantes mi-paysages oniriques, qui semblent danser tels des pantins désarticulés dans un recoin de la salle. Figures humaines, animales et végétales fusionnent dans un tout cosmique, conjurant l’inéluctabilité de la mort si redoutée dans un formidable élan de vie.

Viviane Sassen, Adidas x Pharell
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Viviane Sassen, Adidas x Pharell, 2017

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photographie • © Viviane Sassen et Stevenson, Johannesbourg-Le Cap-Amsterdam

Indubitablement ensorcelés, on oublierait presque l’autre pan du travail de Sassen – son immense carrière de photographe de mode débutée aux côtés de la styliste Emmeline de Mooij et de magazines indépendants, avant de collaborer avec de prestigieuses marques de prêt-à-porter et maisons de haute couture (en vrac, Dior, Dries Van Noten, Louis Vuitton, Jacquemus…). Infatigable touche-à-tout, l’artiste revisite cette œuvre immense à travers une installation immersive époustouflante spécialement imaginée pour l’exposition. Le point final d’une magistrale rétrospective, qui donne à voir dans un tourbillon de couleurs et de formes l’imagination sans limite d’une photographe qui, dans un monde saturé d’image, ne cesse de se réinventer.

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Viviane Sassen

Du 18 octobre 2023 au 11 février 2024

www.mep-fr.org

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