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Mohamed Abusal, Un métro à Gaza, 2011
Photographie • © Mohamed Abusal
Le saviez-vous ? C’est dans les réserves de l’Institut du monde arabe que sont conservées les œuvres du musée national d’Art moderne et contemporain de la Palestine. Ce musée n’existe pas encore. Ou du moins ne s’incarne pas dans un bâtiment réel. Ses collections se sont constituées en exil, depuis sa création en 2016, grâce aux dons d’artistes du monde entier, sur le modèle des musées du Chili et de Sarajevo (le Mo.Co de Montpellier consacrait il y a quelques mois une exposition à ces trois musées créés à distance par des pays en guerre). Celui-ci ouvrira ses portes à Jérusalem, dès le conflit terminé, nous promet Elias Sanbar, commissaire général de la saison « Ce que la Palestine apporte au monde ». En attendant, il s’agit de faire mieux connaître ce pays dont on dit volontiers qu’il est « l’élite culturelle du monde arabe », nous explique-t-il encore.
Hamed Abdalla, Al-Thawra / La Révolution, 1968
Acrylique et techniques mixtes sur toile • Coll. du musée d’Art Moderne et contemporain de la Palestine • © MNAMCP / Nabil Boutros
À l’origine du projet, il y a l’envie de Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe, « d’avoir une manifestation autour de l’énergie culturelle palestinienne », précise Elias Sanbar : « cela faisait des années qu’il me demandait si un événement pouvait s’organiser ». Avec, d’abord, quatre expositions. La première naît de croisements entre la collection du musée national d’Art moderne et contemporain de la Palestine, celle de l’Institut du monde arabe et le projet du musée Sahab (« nuage » en arabe), impulsé par trois artistes (Mohamed Bourouissa, Mohamed Abusal et Salman Nawati) et une architecte (Sondos Al-Nakhala) : parti de Gaza, Sahab est un musée numérique, pensé pour « protéger le patrimoine archéologique, historique et artistique de cette enclave confinée », nous dit le cartel, et réinventer l’idée même du musée, dans un geste de « résistance ».
Rachid Koraïchi, Une nation en exil
Photographie • © Rachid Koraïchi
Ce premier chapitre permet d’entrevoir immédiatement deux dynamiques parallèles : celle des artistes palestiniens, imaginatifs face à la difficulté, et celle d’artistes du monde entier (Henri Cueco, Jef Aérosol, Jean-Michel Alberola), qui les accompagnent dans leur lutte pour la liberté.
Le deuxième chapitre est porté par la voix du poète Mahmoud Darwich (1941–2008), que connaît bien Elias Sanbar pour avoir été son traducteur en français et qui constitue, selon l’essayiste Bernard Noël (dont le texte est affiché), « la voix de la Palestine : la voix et non, comme on le dit, le porte-parole ». Un moment historique est ici rappelé, celui d’un jour de février 1983, qui a vu le poète déclamer son Éloge de l’ombre haute devant le Parlement palestinien en exil à Alger. La poésie apparaît alors dans toute sa puissance, et sa générosité, comme un acte de foi, en l’avenir comme en sa beauté.
À gauche, un photochrome d’ “Israël , mer de Galilée (lac de Tibériade)”, entre 1890 et 1905. À droite, une photographie “Landing” de Maeen Hammad, 2020-2023
© MNAMCP © Maeen Hammad
Un ensemble d’œuvres émouvant, où dominent un certain humour triste et une tendresse, armes d’un peuple face à l’adversité.
Le troisième chapitre (notre favori) se tourne résolument vers l’art contemporain palestinien : « Images de Palestine : une terre sainte ? Une terre habitée ! » met face-à-face des paysages photographiés au XIXe siècle, intrinsèquement orientalistes, et des œuvres contemporaines, qui racontent la vérité du pays aujourd’hui. Ce sont, par exemple, les petites annonces immobilières illustrées de maisons bombardées de Taysir Batniji (né en 1966), les images de jeunes faisant du parkour (un sport urbain) à Gaza par Shady Alassar (né en 1983,) ou encore les petits plaisirs quotidiens immortalisés par Tanya Habjouqa (née en 1975) : un pique-nique en bord de mer, une séance de méditation entre copines. Un ensemble d’œuvres émouvant, où dominent un certain humour triste et une tendresse, armes d’un peuple face à l’adversité.
Marc Trivier, Portrait de Jean Genet, 1985
Photographie en noir et blanc • Coll. du musée National d’Art Moderne et Contemporain de la Palestine • © Marc Trivier
Pour le dernier chapitre, direction le cinquième étage, où l’on zigzague dans le parcours labyrinthique de l’IMA pour atteindre une salle dédiée à Jean Genet (1910–1986), auteur « engagé dans la cause des peuples palestiniens », nous dit Elias Sanbar, et ce durant près de quinze ans. Contributeur de la Revue d’études palestiniennes, Jean Genet a notamment fait paraître en 1982 son poignant témoignage des massacres de deux camps de réfugiés, à Sabra et Chatila, qui virent près de 3 000 Palestiniens assassinés par des miliciens libanais armés par les forces israéliennes. Ses fidèles lecteurs seront probablement saisis devant l’alignement de manuscrits originaux, et surtout la mise en scène des deux valises données par l’auteur, deux semaines avant sa mort, à son avocat Roland Dumas, emplies de dizaines de documents (journaux, factures…) recouverts d’écritures.
Cette dernière exposition achève de lier la Palestine et la France : « Ce n’est pas un hasard que cela se passe ici, analyse Elias Sanbar. Le public français ne le réalise peut-être pas assez, mais il n’y a pas d’équivalent dans le monde de lieu actif sur la question de la reconnaissance de la culture arabe. Celle-ci est accueillie en France, et ce n’est pas tous les jours qu’on connaît un tel accueil. » Accueil qui se poursuit au quotidien avec des spectacles, des contes pour enfants, des projections, des concerts… Un riche agenda à surveiller de près, et ce jusqu’au mois de novembre.
Ce que la Palestine apporte au monde
Du 31 mai 2023 au 19 novembre 2023
Institut du monde arabe • 1, rue des Fossés Saint-Bernard • 75005 Paris
www.imarabe.org
À lire aussi
Ce que la Palestine apporte au monde • Collection Araborama • éditions du Seuil et de l’Institut du monde arabe • 336 pages • 25 €
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