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Myriam Mihindou, Au sol, Amygdales. Suspendue, Aer Bulla, 2018 - 2024
Au sol, Bois, cuivre, verre soufflé, encre, fumée. Suspendue, Tige d'aluminium émaillé et ionisé, verre soufflé • Dimensions variables • © Aurélien Mole courtesy artiste et galerie Maïa Muller (Paris)
Des dizaines de morceaux de savon marqués par l’usage et suspendus au mur comme des offrandes, des fourchettes réunies comme une armée, des fils de métal tordus en écritures : voilà un aperçu de l’exposition extrêmement sensorielle de Myriam Mihindou au Crac Occitanie, déclinaison sétoise d’un précédent accrochage présenté à la fin de l’année dernière au Palais de Tokyo, également intitulé « Praesentia ».
Car pour saluer la lauréate en 2022 du prix Aware, les deux institutions ont choisi d’unir leurs forces et leurs commissaires (Daria de Beauvais à Paris et Marie Cozette à Sète), dans l’idée d’une « écologie de projet » vertueuse, qui permet de mettre « des moyens très conséquents » au service de deux expositions plutôt qu’une seule, nous explique la directrice du Crac. Pour les chanceux qui peuvent faire le voyage, c’est aussi l’occasion de voir une même rétrospective avec deux scénographies différentes ; et de constater à quel point l’œuvre de Myriam Mihindou se déploie avec majesté sur les 1 000 m2 du Crac, espace immaculé en parfait contraste avec la brutalité du Palais de Tokyo.
Née en 1964 à Libreville, au Gabon, où elle grandit jusqu’à la fin des années 1980, Myriam Mihindou sort diplômée de l’École supérieure des beaux-arts de Bordeaux en 1993, avant de voyager, durant deux décennies, au Maroc, à La Réunion, en Égypte. Ici, le parcours de ses œuvres commence avec un mot sur un mur : « Praesentia ».
Myriam Mihindou, Praesentia, 2024
Tige d’aluminium ionisé • © Aurélien Mole courtesy de l’artiste et galerie Maïa Muller
« Myriam travaille beaucoup avec le langage, et de manière très physique », nous indique en préambule Marie Cozette. La présence, c’est de fait celle d’un corps qui apparaît dans les méandres tordus de cette inscription de métal, presque douloureuse dans ses nœuds quoique douce dans ses courbes.
Myriam Mihindou, Johnnie Walker, de la série Sculpture de chair, 1999–2000
Photographie cybachrome contrecollée sur dibond • © Aurélien Mole courtesy de l’artiste et galerie Maïa Muller
Cette présence se place d’emblée sous le signe d’une polysémie, entre puissance et protection, entre présence à soi et interconnexion avec le monde. Dans la première salle, la série « Le Patron » joue elle aussi avec les sens multiples de son titre, l’empruntant aux aiguilles des couturières : chaque « Patron » est composé de papiers de soie ou de calques trempés dans de l’encre ou du thé, et revêt une apparence picturale abstraite, en camaïeux de bruns, assemblage solide de matériaux fragiles, liés par des aiguilles. Il y a là une ambivalence, convoquant les sentiments mêlés des diasporas, la difficulté d’être « à la croisée de langues et de cultures différentes », souffle Marie Cozette.
Le corps surgit alors. Dans les empreintes de terre crue qu’enserrent des fourchettes – une série autour de la « domestication des corps », nous dit Marie Cozette, que l’artiste développe depuis plus de 20 ans et qui prend une salle entière (« Service », 2000–2024). Au travers d’une photographie, où apparaissent des vêtements dans la roche – un souvenir du Gabon où l’on enterre les habits des morts, au risque qu’ils surgissent un jour mystérieusement (Immatériel, 2016). Dans le collant déchiré comme une peau qu’on déteste, une peau de préjugés dont il faut se dévêtir pour se libérer, filmé lors d’une performance (La Robe envolée, 2008).
Myriam Mihindou, Service, 2000 – 2024
Fourchettes, cuillères en argent et acier, terre crue, céramique, verre, quartz, carbone, émail • Dimensions variables • © Aurélien Mole courtesy de l’artiste et galerie Maïa Muller
Il y a peu d’effets dans les vidéos de Myriam Mihindou, mais chaque résultat est bouleversant, dévastateur : dans Folle (2000), elle filme son pied tremblant, incapable de franchir une ligne blanche, maladroit et gesticulant sous les rires puissants d’une foule invisible. L’œuvre est posée au sol, et on ne peut la regarder qu’en surplomb, l’artiste nous renvoyant à un rôle ambigu, sans que l’on sache si l’on est le pied malhabile ou le rire moqueur.
Myriam Mihindou, Fleurs de Peau, 1999 – 2024
Savon de Marseille, savons, chanvre, épingles, aiguilles, cire, coton, latex, kaolin, sequins, blanc de Meudon, raku • Dimensions vaiables • © Aurélien Mole courtesy de l’artiste et galerie Maïa Muller
La salle la plus belle est sans conteste la dernière, immense déploiement d’une autre série suivie depuis plus de deux décennies, « Fleurs de peau » (1999–2024) : sur le mur sont accrochés, suspendus par de la ficelle, des morceaux de savons usagés et des sculptures en céramique, où se sont nichés des sequins, des aiguilles, du coton. On devine la main de l’artiste, le four enveloppant qui a cuit le raku jusqu’à en faire craqueler la surface, la peau caressée par les savons. Comme dans la plupart de ses œuvres, la sensorialité est palpable, complexe, hérissée. « On est dans quelque chose de l’ordre de l’ex-voto, de l’amulette », analyse Marie Cozette. Entre spiritualité et sensualité…
Myriam Mihindou – Praesentia
Du 8 février 2025 au 4 mai 2025
Crac Occitanie • 26 Quai Aspirant Herber • 34200 Sète
crac.laregion.fr
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